28.06.2006
"Ciel Blanc"
«Le bonheur se mesure à la couleur des cieux. C’est une sonde qui scande chacune de mes foulées. A chaque rebond, assouplies par le manteau des herbes folles de l’aurore, quelques gouttes de rosée s’accrochent à mes chevilles emmitouflées et parées pour la course, atteignent timidement ma peau et rafraîchissent la naissance de mes genoux échauffés par l’asphalte parcouru. Sur le chemin, je lève la tête jusqu’à sentir, laryngées, mes respirations dont je sacrifie l’ampleur au miroitement de mon visage dans chaque nuage. Aspiré par ce mouvement, ravi par ce spectacle cotonneux de l’univers, mon pouls commande à mes attaches, qui ne sont plus rivées au sol, qui ne supportent plus l’apesanteur, ralentissent, par saccades, et se nimbent d’une infinie sérénité. Il n’est plus impérieux de courir; il n’est plus nécessaire de nourrir de folles inquiétudes auprès du temps qui passe; il est juste possible de contempler la masse opaque et vierge de toute nuance de bleu des cumulus réunis en tapis épais pour, croirait-on, s’abattre sur la foule des errants, des sans feu ni lieu comme des habitants abrités au coin de l’âtre rassurant de leur maisonnée. Rien ne semble pouvoir être épargné sauf à celui ou celle qui regarde son destin autrement, tête vers le ciel, épaules renversées, visage offert à tous les vents, sans crainte de mourir de plaisir sous la pluie, qui s’abat bientôt et résonne des derniers soupirs de la nuit, qui se retire en silence. » asfkt
21:00 Publié dans Nature aux mille désirs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



