08.05.2009

"Invitation"

 

-Est-ce que tu veux mourir ? demanda la vieille femme à la petite fille. C’était plus une très gentille invitation qu’une question effrayante, encore moins un avertissement destiné à la faire changer sa manière de vivre dangereusement.

         Mourir ne semblait pas présenter un quelconque danger pour la petite fille, en tous les cas, à ce moment là. La vieille ouvrait les bras, souriait, son ventre bosselé de plis, de rides et de rebonds accumulés au fil des kilogrammes surajoutés à force de vivre bien finalement, ne faisaient pas particulièrement envie à l’enfant. Si vieillir, c’était ressembler à ça, valait mieux mourir immédiatement. Ca s’imposait. Le ventre de la vieille qui plus est, ne lui faisait même pas envie en tant que petite enfant, qui se serait blotti dans le giron grand maternel.

         La petite fille posa un doigt sur sa bouche, l’air interdit, l’air de réfléchir comme ces enfants qui mûrissent un nouveau jeu. Sauf que le jeu ici était de se jeter du toboggan avec la certitude de tomber dans le vide. Et mourir pour la petite fille, ça signifiait seulement ça. Ca voulait dire ne plus pouvoir rejouer. Jamais.

La vieille femme reposa la question avec plus d’insistance :

-         Tu veux mourir ou bien… ?

La petite fille hésitait. Elle se trouvait quand même un peu jeune non ? Ses parents disaient que c’était dans l’ordre des choses qu’ils meurent avant elle. Mais aussi ça l’obligeait à assister à leur enterrement si elle leur survivait. Ca n’était pas du jeu. Et surtout, c’était des coups à être envoyée dans un orphelinat, elle aurait été une « sans famille » comme Rémi, le garçon de la télévision, et ça la rendait plus triste que lorsqu’elle se faisait mal en tombant. Ca risquait d’être même insupportable de ne plus voir ses parents. Et de rester là, seule, avec sa corde à sauter. Avec des inconnus en guise de nouveaux parents.

Donc, c’était une solution pour quitter ses parents avant qu’ils ne la quittent, que de mourir avant eux. On racontait autour d’elle aussi que lorsque les gens grandissaient, ils souffraient parce qu’ils étaient des adultes désormais, mais ça se résumait à des âmes d’enfants dans des corps trop grands. Et alors, ça leur faisait mal, ils ne savaient pas comment faire, ils commençaient à s’aimer entre eux, puis à se détester, puis ils se quittaient, les enfants eux en faisaient les frais, en plus de ceux des avocats, et même… parfois les adultes tombaient malades, ou avaient des accidents et c’était grave puisqu’on pouvait mourir sans être prévenu de la date ! Par exemple, la mère de sa copine Valérie était ainsi morte aveugle parce qu’elle s’était cognée contre une vitre qu’elle n’avait évidemment pas vu. En fait, son amie lui dit qu’elle avait un cancer incurable, mais elle, elle l’avait vue se cogner contre cette glace, et son élan l’avait emportée sur le sol. Donc pour elle, peu importait que ce soit le cancer qui l’ait rendue aveugle. Le fait était qu’une vitre l’avait tuée. Voilà.

A bien y regarder, grandir, c’était souffrir, voir les gens mourir, ou alors mourir soi même une fois grand.

Au vu de ces déductions rapides, la petite fille donna sa réponse :

-Oui. »

ASFKT

 

 

 

 

09.03.2009

"Plant d'un arbre"

   « La méthode est simple : au début on met en terre un semis. On le recouvre de terreau. On lui montre qu’on a décidé de le chérir, de le nourrir, et de l’arroser régulièrement. Viennent de mauvaises herbes, un jour que l’on pensait pluvieux quand on y repense, mais on ne s’attendait pas à ce que celles-ci s’infiltrent parmi le jeune semis. On se penche sur la petite invasion. Et on arrache doucement les herbes qui se sont plantées là. Au départ, elles vivaient autour sans empêcher le semis de lever, mais elles ont transformé en assaut ce qui au départ n’était qu’un commensalisme de bon aloi. Deux organismes vivant l’un avec l’autre, ni au dépens de l’un ni de l’autre, mais en bonne intelligence: il s’agissait bien d’une association de deux organismes d’espèces différentes, mais profitable pour l’un d’eux, et sans bénéfice ni danger pour l’autre.

Le paysagiste arrache d’un coup sec les petites herbes qui commençaient à piétiner et à se nourrir du suc des jeunes pousses. Deux ou trois jours se passent. Et les mauvaises herbes ne sont pas seulement réapparues, mais elles sont venues en nombre, plus fortes, plus épaisses, et se propagent dans le pot nourrissant à toute vitesse. Le paysagiste se dit qu’il aurait dû utiliser un désherbant la fois dernière. Mais il n’en a pas. Les boutiques sont vides. Le commensalisme est répandu, et personne n’a de soucis de ce genre, le semis se sacrifiant toujours et n’étant donc jamais attaqué par son hôte envahissant.

Le jardinier décide donc, chemin faisant jusque la cabane où il range ses outils, de prendre la bonne décision : le semis s’est révolté. Il n’est pas inscrit dans ses composantes de se rebeller ainsi, et c’est parce qu’il a refusé de jouer ce jeu, que les mauvaises herbes se sont mises en guerre.

Il revient donc, armé d’une petite pioche, considère le pot où le semis encore vert et jeune, essaie de pousser tant bien que mal. Une larme coule le long de sa joue de paysagiste. Il n’a pas l’habitude. Il n’est pas un bourreau.  Il n’est pas un tyran. Il n’est pas un sélectionneur d’espèces. Alors, à grands coupe de pioche, il ravage la terre, lacère le terreau et ôte la vie au semis. »

ASFKT

 

 

 

 

22.10.2008

"Partir"

"La nuit tombe de plus en plus à la précocité du jour qui point. Il n'y a pas de remède. J'ai cherché. J'ai lutté. Et je n'ai pas trouvé. Je n'ai pas vaincu. Il se peut que les gens ne comprennent pas. Il se peut que les gens entendent, après coup. Il se peut que rien ne se passe. Il se peut qu'on oublie vite. Tout se peut, sauf les sommets, même de petits monts, même de petites côtes. Crier ne sert plus à rien, ni dire. Ecrire est de plus en plus difficile. Des traces, sans larmes."

 

asfkt

29.06.2006

"Le coût d'une vie"

"La vie, en soi, ça coûte: si on suppose que les composites des existences se déroulent sur 75 belles années auxquelles on ajoute, mettons, deux années de maladie, longue dure, puis fatale, ça commence à faire. Les gens qui vivent coûtent cher aux administrateurs, surtout s'ils décident d'exister sur un mode brutal et intensif. Le haut débit, ça n'a jamais été rentable et ceux qui ont défendu cette sombre billevesée sont des propagateurs de mensonges vils et éhontés.

C'est certes admirable que de vouloir vivre: cela mérite une médaille à remettre à l'Hotel de Ville quand l'être vivant rogne sur ses vieux jours, mais il n'est absolument pas question de remettre, sans rien attendre en retour, une quelconque espèce trébuchante à ce dernier. Les administrateurs ont beaucoup réfléchi au problème que pose la Vie et  ils sont tous parvenus à une conclusion, d'une impitoyable logique. Cette vérité ne plaiera pas du tout au peuple car, a priori  -et les administrateurs, pour se donner bonne conscience, s'en persuadent à grands renforts de réunions étudiées pour- la vérité ne peut être consensuelle.

 Entendez-le! crient ils à qui mieux mieux, pour s'entraîner à ne jamais faiblir: "la vérité ne peut que faire l'effet d'une lame de rasoir sur la gorge des citoyens: luisante, tranchante, sans appel". Que ça vale pour eux aussi ne les regarde pas. Pour l'instant.

 La prochaine loi humaine ne prendra ainsi que quelques lignes de syllogisme et tout le monde sera à même de comprendre, de renâcler aussi, de manifester, de se révolter, mais pendant ce temps, même si la populace met en place de nouveaux patrons supposés aptes à la diriger, serviles comme ils sont, ils n'auront pas le temps de se rendre compte que la nouvelle direction est exactement la même que l'ancienne.

Le syllogisme perdurera dans sa forme et dans son temps et sera édicté comme suit: de même qu'il faudrait un salaire maximum pour ceux qui gagnent beaucoup trop -puisqu'il a été imposé un salaire minimum à ceux qui triment et n'ont rien ou presque, de même il faut (incorrect glissement de terrain grammatical mais personne ne s'en rendra compte car si "nul n'est censé ignorer la loi", nul n'est censé la comprendre du premier coup, les administrateurs entendant par là les arcanes de celle-ci, et tirer sans crier gare sur le bât qui blesse), il faut donc imposer un âge de fin de vie au delà duquel il faudra mourir et c'est ce que la loi attendra de nous. Des requêtes pourront être effectuées dans les deux jours qui suivent l'âge maximal de permission de vie, et devront être expressément motivées pour qu'elles soient examinées. Presque aucun recours ne sera autorisé sauf en cas d'accident ou de défaillance de l'une ou l'autre des deux parties.

 Bien loin d'etre totalitaire, cette mesure sera un vrai bonheur pour tous, l'avènement d'une nouvelle ère. Chacun voudra réussir sa vie et profiter de celle-ci dans les bornes de la loi salavatrice avant de décéder. Chacun s'empressera de ne plus perdre son temps à manifester et à se répandre en jérémiades et lamentations de toutes sortes sur les murs, car chacun sera trop occupé à réussir sa vie comme on passe un examen de passage obligatoire pour pénétrer l'année suivante.

Songeuse à la lecture de ces lignes écrites par la grande administration, anna fut prise d'insoutenables mots de coeur et de nausées semblables à celles qu'elle avaient rencontrées lors de sa dernière indigestion de rollmops: la vie, pensa-t-elle, devrait être remboursée par la sécurité sociale. Le plus tôt serait le mieux."

 

asfkt

26.12.2005

non!!!

tt ira

non. il me faut lutter. pour moi. pour ceux qui m'aiment. la méditation. je craque. mais je ne peux pas abandonner. merde! j'ai envie de tout envoyer valser dans mon appartement. mais qu'est ce que j'ai? mais dites moi ce que j'ai. pourquoi je suis comme ça.

mon moyen de me sauver: méditer. échapper à la pulsion de destruction de moi meme.

j'ai tellement d'amour pour les autres. et si peu pour moi.

méditer. en rechapper. se repeter ça tte la nuit.tt ira bien. battante je suis. battante je resterai. je ne me laisserai pas couler.

trouver mon équilibre.

je vous aime: maman, papa, ma soeur et fred, et bien sûr, mon amour, toi que j'aime, toi, toi, toi. toi...

mon éternel amour. toi.

 

toi...

Déréliction

 

Vers la Mort... est ce que quelqu'un peut en parler avec tout le détachement nécessaire pour en parler comme si rien n'était? comme si ça n'était rien que de soudainement disparaître? si ça ne pouvait faire de mal à personne, et que moi, j'arrête de souffrir pour rien? je ne peux même pas parler de la mort, du non être, en tant que philosophe, parce que devant la douleur qui me broie, qui fissure tout ce que je suis, pas la moindre parcelle qui puisse en réchapper sur le long terme, je ne suis pas philosophe. La nécessité d'en finir avec toute cette douleur, cette obscurité qui envahit tous mes soleils, cette solitude cramponnée à moi comme une bernicle à un rocher, comme l'anorexie boulimie à mes corps défendants, me tire vers la nuit.

Je ne peux pas dire pourquoi, je ne peux pas répéter ce que je vis, redire ce que j'ai déjà écrit, l'anorexie boulimie, et son contraire, je n'y arrive plus. Je ne suis pas à ma place dans ce monde.

 

Comme la panthère de rainer, je regarde les barreaux de ma cage et je baisse la nuque, comme un fauve emprisonné, qui perd ses émois à s'user l'échine que l'acier trempé des barreaux de son vide intérieur. Imaginez une seule douleur, comme si l'on arrachait un ongle lamelle par lamelle, des heures durant, ma maladie me fait cela, m'inflige cela, je me perds, je m'en veux, de ne pas parvenir à en sortir.

 

Trois mois, trois semaines, et ceux qui m'aiment. Et moi je me noie. j'ai si peur. je ne sais pas quoi faire, ni quoi dire,  si affaiblie de répéter ce que je dis déjà, fatiguée de fatiguer les gens qui m'aiment, et qui partiront, me laisseront, parce que je ne parviens pas à danser devant la mort, à lui faire la grimace. Pour vivre...