18.07.2009
"Le désespoir orchestre la mort"
Quand on est adulé, puis terni, puis méprisé, mis à part quelques fanatiques qui auraient su nous aimer, nous saisir dans notre être profond, au travers de l’art que l’on maîtrise, ou bien qui nous aimerait aveuglément, l’on risque de ne plus pouvoir rétablir la vérité. Il semble que tout a déjà été dit, répété, prophéties, mensonges, affabulations, et l’on a oublié que l’être adulé était avant tout un homme artiste, l’un ne pouvant plus jamais se séparer de l’autre, les limites de l’un se confondant avec les extrémités les plus lointaines, pour le commun des mortels.
Il se peut que la démesure de l’adulation, le dévouement, l’adoration vouées à Michael Jackson, depuis Thriller, par la planète entière, était l’exacte mesure de la démesure qui le caractérisa toute sa vie.
Il se peut que si l’on s’était contenté de s’interroger sur "l’anatomie de son art" comme il le disait lui même, au lieu de le questionner de manière vulgaire et odieuse sur son anatomie à lui, il aurait vécu une vie plus agréable, plus sereine, et enfin, une intimité que les médias lui auront toujours refusée, extorquée, volée et finalement définitivement supprimée depuis son plus jeune âge.
Dès 1993, les deux procès retentissants concernant Michael Jackson, l’auront considérablement affaibli, tourmenté, sali et emmené lentement vers le désespoir. Le pire est que ces procès, comme le dit Ian Halperin (Unmasked: the final years of Michael Jackson) , nous aurons privé de ce que Michael aurait pu produire au grand jour: sa musique elle même, qui aurait pu prendre un tour encore plus créatif, inattendu si Michael n’avait pas été cloué au pilori et voué aux gémonies.
Je ne sais pas ce qui a tué Michael Jackson, mais je sais que beaucoup de choses, toutes plus erronées les unes que les autres seront écrites, vendues, dans le seul et unique but de faire du profit, même après sa mort. Cette histoire est pratiquement devenue l'histoire personnelle de tous ceux qui ont un tant soit peu écouté une chanson de Michael. La tristesse est si grande qu'elle prend alors les allures d'une tragédie universelle. En effet, sa vie était devenue l'affaire de tous; par voie de conséquence, sa mort est devenue l'histoire de tout un chacun, entraînant la honte, le remords chez ceux et celles qui le crurent coupable des infamies dont on l'accusait, jusqu'à celles et ceux qui ne prêtèrent jamais foi à ces propos diffamatoires basés sur des tentatives d'extorsion de fonds d'une riche célébrité.
Je faisais, hélas, partie des premiers, croyant la déferlante médiatique alors que depuis mon adolescence, je connaissais un engouement, voire je vouais et voue toujours un culte à la musique de Michael. Cette issue dramatique a eu pour effet positif d'éloigner définitivement, depuis peu, mes achats du dimanche de la presse à scandale que je me targuais de lire, au contresens même de l'intellectuelle que je suis, et de cette paperasserie-ci, il n'y en aura plus chez moi, même pas dans mes lieux d'aisance, parce qu'elle ne mérite pas l'à côté du siège où l'on se pose pour se délester.
Il est possible que Michael ait décidé de partir, si tant est que l’on puisse décider d’un tel départ, si tant est que l’on puisse préférer la disparition définitive, l’extinction du feu intérieur à la vie sur cette terre, et ceux qui vous regardent mourir réalisent alors à quel point cette existence doit être devenue insupportable… Mais ceux qui vous regardent dépérir peuvent aussi détourner le regard. Et je me demande si cette perspective ne vous précipite pas vers la mort. Quand la perspective de subir un affront mondial, parce que l'on ne sera plus que l'ombre d'un pauvre soi souffrant, pour n'importe quel artiste, plutôt que de risquer de décevoir le public, et d'avoir l'impression de le trahir, si profondément dans son âme, le néant n'est il pas avec toute l'horreur qu'il implique la voie funeste qui s'avance comme la seule issue possible?
Je pose la question autrement, sans quoi l'on pourrait m'accuser de défendre non seulement la théorie, mais le suicide lui même: peut on imaginer qu'une âme nourrisse tant d'amour pour ceux qui lui vouent une adoration sans bornes que mieux vaut la mort que l'humiliation de les décevoir même un court instant? L'artiste est celui qui aime l'humanité jusqu'au sacrifice de sa propre vie. Il aime ceux qui l'aiment, qui lui font cet honneur, plus que lui même, comme l'ami qui pense au bien de l'autre avant que de penser à son bien propre.
Il faut aussi alors entendre le désespoir comme l’unique maître d’œuvre d’une telle orchestration. Si la mort n’arrive pas, mais si elle est l’issue certaine d’un état de santé qui se dégrade à la vitesse de la lumière qui fait battre votre coeur, alors pourquoi ne pas en finir plutôt que d’attendre que la mort ne passe vous chercher et n'humilie l'artiste sur scène ?
La disparition d’un musicien de l’envergure de Michael Jackson plonge le monde dans le désarroi le plus total, parce que son art était si maîtrisé, il en avait une vision et une représentation si profonde qu’il était parvenu très tôt à faire rêver la planète, à lui donner autre chose que le quotidien sordide auquel l’humanité entière est confrontée.
Or, la vie de Michael n’a jamais peut être été qu’une immense prison, du début, roué de coups par son père, jusqu’à la fin, emprisonné par la cupidité d’un entourage, du plus ordinaire de son personnel de maison, jusqu’à de très puissantes organisations sectaires ou/et dangereuses (à ce sujet, voir le livre sus cité de Ian Halperin).
Il était finalement un enfant dans un corps d’adulte, maltraité jusqu’au bout, mais dont l’âme s’échappait grâce à la musique qu’il créait.
C’était sûrement sa seule résistance, la seule île que personne autour de lui ne pouvait lui voler, ainsi que les arts en général, notamment le dessin et peut être l’écriture.
Personne ne peut soupçonner les souffrances d’autrui s’il ne les a pas vécues lui même, et personne ne peut comprendre ce que c’est que d’avoir été privé d’enfance et en plus d’être doué d’un don si puissant que celui ci ajoute une sensibilité accrue au monde, à ses propres manques, et aux traumatismes subis.
Au coeur de l’enfant Michael, l’artiste était déjà un vieil homme sage, dont la technique musicale était parfaite, et les pas de danse tels des notes aux accords parfaits quelque soit la gamme jouée. Son épanouissement ne pouvait que passer par un rayonnement international, tant la verticalité du projet était déjà atteinte, si jeune.
Dans l’homme, l’enfant était déjà mort puisque l’on exigeait de lui un travail de forçat que l’on n’aurait même pas réclamé à un adulte consentant.
Dans l’homme et l’enfant, le génie est éternel, et le rêve universel, gravé, et pouvant être écouté, renouvelé à l’infini. Michael Jackson appartient à l’espèce rare des poètes maudits, aimés et pleurés à tout jamais. »
ASFKT
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20.10.2008
"Parce que je ne veux rien"
Car si je voulais quelque chose, il se pourrait que je ne vale rien. Tendre vers l’acquisition d’un objet, qui n’en est même plus un, puisque même plus une fin à atteindre, mais une chose qui encercle la zone-cerveau de mon reptile, et qui le barre en tous sens, jusqu’à le saturer de cette seule et obsessionnelle idée: ne plus souffrir.
Et si l’on ne tend plus vers un objectif, même un seul dans la journée, sauf à agir mécaniquement grâce à des engrenages bien huilés au préalable, l’idée devient fixe. Et à se fixer ainsi, on fige sa liberté et on devient son chien, prêt à tout pour obéir à la loi de la compulsion: je me noierai dans la bouche de l’enfer, j’enterrerai ma terreur sous des monceaux de céréales mélangées à du lait lyophilisé, et j’oublierai le seul amour indispensable: celui des battements de mon cœur qui s’accélère après la dévoration des agapes.
Cette fixation de l’angoisse, d’une mal aimée de soi, qui avait tant à donner, lui tourne le dos et lui dit qu’elle devient elle-même une chose, elle devient ce qu’elle ingère, elle est à 1 euro le kilo. Autant dire qu’elle n’est presque, peut être, une rien du tout.
Happée par l’appropriation de toutes les douleurs, elle ne pense plus: elle imagine, elle se laisse prendre aux chimères du schéma qui détruit ce qu’elle était avant, une femme émancipée.
Alors elle s’imagine, avant l’achat qui lui tourne la tête à force d’être ressassé, elle s’imagine que ce qu’elle va acheter va lui apporter un peu de plaisir dans cette morne journée où les vêtements la serrent, étriqués autour de son âme qu’elle a du mal à contenir, c’est trop petit maintenant… l’anima a besoin de souffle, de vie, mais elle ne peut souffler, ni inspirer, juste retenir sa respiration.
A la fin de la journée, il n’y a plus ni crépuscule ni aurore. Juste une nuit qui n’est pas encore tombée, mais la bouffe immobilise la trotteuse, plonge le temps dans l’indéfini, l’illimité. Il est 17H45 et tout s’achève avec la dernière bouchée qui coule en elle, pâte absurde et dont la sapidité est portée disparue depuis la deuxième bouchée.
Et pourtant, dans son sachet, la céréale abondamment achetée semblait si appétissante, tant gorgée de vie que sûrement elle allait lui transmettre un peu de son bonheur acquis au prix d’un soleil biologiquement contrôlé.
La nuit commence à 18 h pour Anna. La nuit n’est pas rythmée par l’alternance chrono biologique, mais elle n’est sombre que par de ces artifices, voiles jetés sur tous les miroirs, volets clôts, portes double tournées, téléphones coupés, enregistreurs seuls, veuillez ne laisser aucun message, émotions mises à la question, interdites de réponse, assignées à résidence jusqu’au lendemain matin.
Elle ne les laissera pas s’exprimer, elles tourmenteront juste son corps pendant la nuit artificiellement précoce.
L’achat alimentaire, la dévoration des maigres espérances, qui passaient avant acte pour l’unique plaisir de la journée, et maintenant broyée par la machine dévorante que je deviens, mais que je ne suis pas. Car ce que je suis consiste en un être qui ne sait pas quoi faire de ses talents, et que tue l’humilité, qui devient humiliation pour l’écriture qui pousse, qui cherche à sortir de cette bouche qui ne sait pas qu’ingurgiter, mais parler, dire, exprimer, aimer, crier, vivre.
Au terme du terme, je me coucherai, j’oblitérerai tout ce qui m’a fait mal, je jetterai au feu de mes cauchemars tout ceci et tout cela, et dans la torpeur du huis clos, sans toi Anna, je me perdrai pour toujours.
Ne me quitte plus, ne me quitte pas, reste auprès de mes révoltes toute la journée durant. Une chance, une voie, une lutte et tout rejaillira. »
ASFKT
17:30 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
31.07.2008
"Le bling-bling dans la peau"
Aux oustiders.
Seule une longue lutte contre soi même peut tourner à l’avantage de celui qu’on donnait perdant.
Et tandis que cela me gagne, j’y laisse mes plumes. Heureusement c’est l’été. Quoi ? pourquoi je ferais pas d’humour ? parce que ma situation est désespérée et que je vous désespère? Ouais. Je sais.
Mais quoi ? j’ai plus un rond. Je suis dans un complet marasme. Je nage en pleine réalité excrémentielle. Comme si à chaque fois que je remettais les pieds sur terre, un énorme étron de chien, racé et catégorisé classe « chiens dangeureux », attendait que je lui marche dedans pour confirmer mon appartenance à la race des "sans-fric-et-qui en-dépensent-quand-même!".
Suis-je fou? Pour dépenser l’argent que je n’ai pas? non. Je suis juste en dessous des normes de sécurité de ce qu'on appelle "la vie normale". Moi je dirais: vivable. Autrement dit, de cette vie que vous menez en rêve parce qu'au lieu de la consommer avec délice, vous ne faites que la prévoir, la taxant de "peut mieux faire au prochain tiers du Trésor Public, et en tirant, juste pour qu'elle dure le plus longtemps possible et vous avez bien raison, des plans sur la comète pour le futur de vos arrière petits enfants. Bien sûr, votre maison dont la première pierre devrait déjà être posée si vous aviez eu cette fichue promotion, n'est pas en reste parmi vos projets de vie comme on dit, pas vrai hein ? comme si la vie était un futur et qu'on passait son temps à la préparer, comme si on devait passer un concours d'entrée pour avoir le droit de vivre au présent...
Quoi ? je suis jaloux ? je suis envieux ? U peu que je le suis! Vous vous rendez compte de ce que vous possédez? Vous avez tout. Clefs en mains!
Mais si vous avez tout. Tout ce que je n’ai pas : le sens de la prévoyance, une vraie caisse à vous tout seul, l’instinct prudent, le débordement festif plus que rare, et la crue compulsive, vous ne connaissez pas.
Car ce que vous n’avez pas ou supportez très bien et que j’ai en plein dans le visage dès que me lève, cela se nomme l’ennui. Massif, énorme, qui vous tombe dessus comme un mur qui s’écroule et vous essayez de déblayer les combles mais à chaque fois d’autres pierres s’écroulent et vous recommencez.
Appelez moi Tantale. Je ne vous en voudrais pas. Allez. C’est de bonne grâce.
Je cristallise vos angoisses, celles qui vous font faire vos besoins sous vous quand votre banquier vous appelle pour vous dire que vous avez un découvert. Je suis de celui qui vous fait frissonner lorsque vous voyez des émissions-reportages sur les gens endettés. Ca vous fait peur. Ne vous inquiétez pas: ça me fait peur aussi.
Je voudrais dédicacer ce texte à ceux qui sont devenus mes proches: maisons de crédit, généreux donateurs, philanthropes en tout genre, ou plutôt de ce genre qui s’étalent en sourires financièrement lavés de tout soupçon sur les encarts publicitaires.com… tous ceux-ci auxquels vous pouvez demander de l’argent en donnant le salaire qui vous passe par la tête, qui ne vérifie pas les informations, et qui vous prête de l’argent à un taux de 18% pour les moins rancuniers. Je voudrais leur dire que leurs appels me font toujours plaisir, leurs réprimandes, leurs humiliations permanentes, leur harcèlement moral et téléphonique, leur acharnement, lequel somme toute fait plaisir à voir, quand l'on sait que la France est un ramassis de faionéants qui ne communiquent jamais les informations, qui cloisonne les secteurs et qui se tourne les pouces dans la plupart des métiers à en croire les médias!
Je n’ai, en effet, jamais vu de travailleurs aussi résolument attachés à leur tâche qui semble devenir chez eux un sacerdoce. Et quand votre métier n’est plus un simple métier, mais devient une jouissance à part entière, voire le seul orgasme possible au cours des 24 heures qui nous sont allouées, alors il est bien compréhensible que cette servitude devienne une addiction, la seule qui soit l’envers d’une humanité qui se perd à force de travailler plus pour gagner tout autant, et que je nomme: la barbarie. »
ASFKT
14:10 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
29.05.2008
"Imprenable Forteresse"
«Tous étaient très embarrassés. Tous réunis autour de l’architecture reconstituée de la Forteresse Imprenable. Tous en costumes étroits, près du corps, tous les cheveux longs, certains plus clairs que d’autres, certains bouclés naturellement, certains ondulés, sombres, d’autres soyeux, fins, lisses, chavirés sur le côté d’une nuque fine et délicate.
D’autres, la tête mollement appuyée sur une main comme des enfants boudeurs devant un problème de mathématiques comprenant des histoires de trains qui croisent des bus, et qui sachant que des avions se croisent dans le ciel, signe ancestral et superstitieux que quelqu’un pense à vous, doivent calculer la vitesse à laquelle se rencontreront les nuages et la pluie quand un parachutiste fera le grand saut depuis l’avion en marche arrière…
Et d’autres enfin, au fond, la tête tournée vers la fenêtre pensant à une autre solution, une mèche de cheveux longue et blondie au soleil, afin de trouver le moyen d’accéder à cette forteresse imprenable que le général en chef avait surnommée: l’île aux deux trésors.
Au fond de la salle, l’un deux dit nonchalamment:
-Non mais… pourrais je savoir pourquoi déjà –et il dessina dans les airs d’invisibles guillemets- on surnomme cette Forteresse «l’Ile aux deux Trésors ?»
Agacé, le plus âgé d’entre les Longs cheveux répondit:
-On t’a déjà dit ! Tu nous écoutes ou pas ?! On la surnomme ainsi parce que la forteresse abrite une île qui contient deux trésors. L’un, mais ça on te l’a dit mille fois soupira t il… est parait il, plus doux que la soie, plus délicieux que le miel fraîchement pollennisé au dos des abeilles. Bref, tout le monde en rêve. Et l’autre trésor est son opposé, plus acéré que l’acier du guerrier le plus brave, plus froid que les lèvres d’une morte…
-Ouais… et donc où est le trésor ici ? Dans ce cas-là, je veux dire ?
Tous les Longs Cheveux se regardèrent… et levèrent les yeux au ciel. L’un, dans un bruit retentissant, laissa tomber sa tête sur le bureau en signe de découragement.
Celui portant le costume le plus cintré et le plus élégant lui dit calmement en s’avançant vers lui:
-Ecoute. C’est la dernière fois que je te le dis ok? C’est un trésor parce que sous l’armure, il y a une richesse inébranlable, infinie, et il faut se colleter avec la lame tranchante du refus pour parvenir à accéder à cette richesse là. Tu as compris ou je dois répéter?
-Non. J’avais compris. Ce n’est pas la peine de s’énerver. Tu vas te détendre aussi toi!
Le costume cintré regarda son homologue avec mépris, de très haut, et dédaigna de lui répondre. Ils se penchèrent tous de nouveau sur le corps de la forteresse imprenable que l’un deux avait réussi à retracer au fusain d’après ses souvenirs…
(Ceci est le début d'une nouvelle qui ne continuera pas ici. Elle verra son achèvement sur le papier. Cet incipit a un objet et plusieurs sujets. Et signifie que l'auteur voir clair, et sait très bien que ce début d'histoire virtuellement inscrite ici marque et appuie l'achèvement d'une histoire réelle, achevée depuis longtemps, et dont la fin a été signalée depuis longtemps, également, à la personne concernée.
Cette personne doit trouver la paix, se changer elle même, pour elle même, pour son bien. L'auteur n'est plus quelqu'un qui supporte, dans tous les sens du terme).
ASFKT
22:35 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.04.2007
"Un jour différent à chaque fois"
"Chaque jour, Tatiana se dit que c'est différent. Elle se dit ferme, net et précis:
"Cette fois-ci, c'est autre chose. Ce matin, ca va être autrement".
Et encore, hier soir, elle a rêvé de ce matin. En se couchant, elle a imaginé sa matinée. Elle en a fait les plans. Comme un architecte.
C'aurait été stupide de faire ça heure par heure, comme à l'école comme quand on nous faisait nos emplois du temps. Non modifiables. Non transgressables. Non acceptables. De vulgaires bouts de papiers en forme de tableau, sans aucune surprise, aussi fades que la prof de dessin tous les lundi matin.
Elle, elle ne dessine plus ses rêves du lendemain par plots horaires, mais par endroits d'une neutralité à faire se pâmer une jeune novice qui vient d'entrer dans les Ordres. Pourquoi? Elle a toutes les réponses dans sa manche: l'absence de couleurs est la tonalité que j'ai choisi pour mes lieux de rêves car ceux-ci ont pour mission de révéler leur beauté intrinsèque. A chaque fois, je m'improvise "relookeuse" et comme ces gens de la télévision qui font d'un pauvre type habillé avec des frusques tout droit sorties des années 70, laid à l'extérieur mais "beau à l'intérieur", moi, je suis chargée de révéler la magnificence de mes lieux de vie.
Je rêve non plus en me projetant dans les heures à venir, mais en me transportant dans des lieux à parfaire. Je rêve: non plus heure par heure, mais par endroits, lieux, coins de porte, angles morts et placards à balais. Tout est utilisable. Tout est digne de participer aux rêve de la journée.
Ca ne veut pas dire pour autant qu'il s'agit là de moitiés de songes qui ne passeront pas l'épreuve de la réalité. Mes rêves ne sont pas mangés par les mites parce que moi, je ne suis pas qu'une rêveuse. Je rêve en fonction de lieux, et comme un fabricant de toitures, je place mes rêves à l'abri des intempéries. Aux rêves, il leur faut du solide, du concret, des terres où se poser pour grandir.
Ca commence le soir. Je m'allonge, je regarde le pafond si blanc et ma main munie d'un invisible pinceau y dessine les plans de ma journée qui ne va pas tarder à venir, dès que le soleil sera levé. Ce ne sont là que des esquisses, aussi je ne prends pas le temps de peindre les petits détails, comme se rendre au supermarché ou aller poster une lettre à un service de résiliation d'abonnements. C'est ce genre d'empoisonnements quotidiens qui effritent les songes.
En effet, mes lettres obligées ne sont jamais de vraies missives, parce qu'elles sont fonctionnelles, destinées à des gens qui n'ont pas besoin de poésie mais d'informations soit sur l'état de mes finances, soit sur les raisons qui m'ont poussée à me détacher du produit qu'ils me livraient tous les trente jours. Rien de poétique, juste des comptes à rendre. C'est le désespoir des petites gens ces lettres de résiliation: on ne connaît pas son interlocuteur, alors on dit Madame, Monsieur, on n'écrit qu'une seule phrase commençant par "cette lettre pour vous informer que..." et puis il ne faut plus rien dire sur une feuille qui n'est habillée que de cette seule sentence d'abandon.
On bredouille une vague formule de politesse dont on ne pense pas un mot et puis on s'oblige à aller poster le maigre colis. La frustration est grande, de ne pas pouvoir leur dire autre chose, mais face aux services administratifs, on a le devoir de se taire et de ne dire que le strict minimum. Tout ce qui n'est pas information n'est pas intéressant. Et vous n'êtes intéressant que si vous incarnez l'objet à informer et à gaver de produits ciblés. Le reste est une perte de temps. Autrement dit, on s'en fout.
Et vous devriez en faire autant afin que votre vie puisse mieux être saucissonnée par ceux qui veulent la combler par des amuse gueules au prix forfaitaire de 5,50 euros par mois pour tout savoir des gens célèbres ou presque.
Face à ces obligations de divertissement, moi, je continue à dessiner mes rêves. Demain, je dessinerai et je planterai mes tréteaux au milieu de la salle à manger. Ca durera le temps qu'il faut. J'aurais des tubes de peinture partout et même sur le visage.
Ensuite, ça se passera dans le jardin de la résidence. Je lirai les pieds nus et je sentirai le calme de la brise s'infiltrer en moi. Toute la gamme des verts qui m'entoure, je la ferai mienne, je sentirai la fraîcheur mentholée des herbes sur ma langue et les feuillages pénétreront mes veines pour donner un sang neuf à pomper pour mon coeur. Je plapiterai de joie parce que je serai entourée de la seule paix qui vaille. Le bruit des travailleurs de la route juste à côté ne me gênera pas parce que ce sera comme une symphonie mêlée à la nature.
Le soir, ce sera au tour du fauteuil pourpre d'acueillir mes songes. Je m'y installerai et mon regard jouera avec les ombres de Blue Velvet, mes chevilles le taquineront jusu'à ce que je me lève pour jouer au jeu de cache cache avec ce chat qui sait tout, devine tout et a les mêmes songes que moi.
Les heures ne compteront plus. J'aurais habillé de mes songes chaque endroit de ma vie au quotidien. J'aurais forcé la réalité à épouser mes rêves les plus fous. Et le soir, en m'étendant nue sous mes draps, j'effacerai tous mes rêves désuets, accomplis, et j'en retracerai d'autres, avec d'autres plans, d'autres envies, d'autres joies.
Demain, j'investirai d'autres lieux inconnus. Un centre équestre, une forêt, une page d'écriture manuscrite sur un ordinateur grand comme une télévision murale, un livre à lire perchée sur la machine à laver, et Blue sur la fenêtre, échaffaudant des rêves félins au travers des hautes herbes du parc."
asfkt
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15.11.2006
"Allo Votre Royauté?"
"Elle se prépare. Se farde. S’habille. Se sourit. Fait la moue dans le miroir. Fait des grimaces, pour rire. S’approche du combiné de téléphone. J’appelle ? Non… je n’appelle pas. Non, ce n’est pas une heure pour appeler. Pourquoi y aurait-il une heure pour appeler quelqu’un qu’on aime ? Surtout s’il s’agit de Dieu. Il a dit : « Je serai là pour toi à toute heure, en cas de besoin, je serai là, pour toi, je serai toujours là, quoiqu’il arrive, car je t’aime. » Autant appeler. C’est urgent. Il s’agit d’assistance à une femme qui l’aime. Il ne pourra pas refuser. Elle sera elle-même. Il sera lui-même. Nul besoin de prendre d’infinis détours même si la partie durait longtemps. S’éclaircit la voix. Se démaquille. Il la sait naturelle. Il la connaît comme s’il l’avait toujours sue de fond en comble.
-Allo ?
-Oui ?
-Je pensais que je tomberais sur votre répondeur.
-Non. Je sais qu’il s’agit de toi lorsque je vois sur mon divin téléphone « numéro inconnu » ou « appel masqué ». Mais dis moi, portes-tu des masques ?
-En ce moment ?
-Eh bien oui, pas l’année prochaine. Il serait trop tard.
-Bah c'est-à-dire votre majesté, j’ai bien un masque vénitien, mais…
-Non, tu ne portes pas de masque, c’est tout ce que je voulais savoir.
-Vous ne me demandez pas pourquoi je vous appelle ?
-Non. Je le sais.
-D’accord. J’ai acheté des poissons tropicaux, ils sont très beaux, j’ai envie de les montrer, de faire découvrir ces éléments souples et liquides comme la vie. J’ai envie…
-Oui ?
-Je voudrais dire : « regarde comme ils sont beaux ? Et tu as vu les plantes dont j’ai enterré les racines sous ce sable fin ? Et regarde comment j’ai agencé la chose". J’ai envie de sourire, je voudrais partager, je voudrais faire des chatouilles, je voudrais …
-Des chatouilles ? est ce que tu te l’autoriserais maintenant ? alors que l'an dernier, je le dis presque en silence, il y avait une femme qui ne s'autorisait plus rien?
-Oui. Votre seigneurie, oui !
-Mais qui ?
-Comment ça qui ?
-Avec qui ?
-...
-Avec qui voudrais tu partager cela? Ma question est pourtant claire. Tu es une femme de Lettres. Et même si tu ne l'étais pas, tu n'aurais pas besoin de me faire répéter cette question simple comme une chaussette esseulée. Voyons, Anne...
-Je voudrais partager cela... Un point c'est tout. Je sais qui je suis. Maintenant.
-Son nom Anne? je le dis très gentiment, car je te connais, tu vas te braquer. Mais tu ne répondras pas, car tu es d'un naturel secret. N'est ce pas?
-Non! pas vrai!
-...Passons alors. Et donc, tu sais qui tu es ? olah ! princesse Anne, que se passe t il ?
-Non, je ne voulais pas dire cela…
-Mais si tu voulais dire cela. Et tu as raison. Car qui tu es, et qui tu seras et ce que tu deviendras, tu le sais ou presque. Etait si difficile ?
-Dieu, c’est encore difficile, tellement difficile...
-Il te faut être patiente.
-Mais ne le suis-je pas ?
-Toi ? patiente ? allons mon enfant, tu ne l’es pas.
-Mais il me semble attendre depuis des lustres.
-Et mon fils sur son chemin de croix, tu ne crois pas qu’il a attendu des lustres ?
-Si !! si !! mais je ne suis pas d’essence divine.
-Tu n’es pas divine. Mais ce que tu as en toi est d’essence divine.
-Mais tout le monde a cela en lui, en son cœur.
-Certains. Mais aussi le temps n’est pas venu pour eux.
-Pourquoi ça met tant de temps ?
-Parce que le temps est leur allié. Ils le découvriront.
-Mais…
-Et alors tu ne seras alors plus jamais seule.
Et il raccrocha. Elle avait encore tant de choses à apprendre. Tant de choses à découvrir. Tant de choses à comprendre chez lui, en lui. Patiente. Que c’était long. Elle s’étira toute en longueur, comme une chatte s’éveillant d’un long sommeil félin. Enigmatique, Dieu l’était. Chacune de ces paroles avait un sens profond. Il fallait réfléchir. Loin de tout ce bruit. Loin… » asfkt
22:50 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
14.07.2006
"Entre les mots"
Est-il difficile de concevoir un monde où les mots que l’on se dit auraient vraiment un sens, où l’on écouterait vraiment ce que son interlocuteur dirait, un monde où l’on ne se précipiterait pas sur le Verbe, en tous cas, sans avoir attendu, c'est à dire écouter jusqu’au bout et dans toutes ses intentions, ce que dit l’autre qui veut nous parler ? sans penser qu’à tout prix, il faudra se défendre d’une parole dont l’on est persuadé, sans même l’avoir entendu, qu’elle va nous agresser et qu’il va falloir s’en défendre ?
Voici un texte qui explique comment serait un tel monde :
« Imaginons un monde dans lequel les personnes ne parlent pas à la légère ».
Ce parler à la légère n'est pas outrageant ou péjoratif de ma part, ici. Je ne le cite pas pour accuser les paroles d'un manque de poids. Au contraire. En effet, parler à la légère, c'est aussi laisser les mots s'envoler avec le vent et retomber doucement au fond des coeurs. Mais c'est également parfois se laisser emporter par une colère dévastatrice et qui après nous fait nous dire: "mais qu'ai ce que j'ai dit?... mais pourquoi j'ai dit ça? Qu'est ce qui m'a pris là?".
S'ensuivent des reproches violents que l'on s'adresse à soi même dans les dix minutes qui approchent la fin du combat de paroles.
L'homme se traite de tous les noms qui finissent par "on" et "aze".
La fille utilise les mêmes mots, mais au féminin.
Et chacun est mécontent, triste comme un jour sans fin, et a une grosse boule en grosse laine qui pique, au fond de la gorge. Chacun ravale ses larmes. De rage ou de mélancolie. Et on ne sait plus quoi dire ou faire pour s'en sortir.
Après coup, on se dit:
"C'est bête..."
Et les larmes ancrent profondément le coeur de bris de glace, de remords et de tristesse.
Dans ce monde, « les mots sont des cadeaux ou des offenses qui mettent en jeu sa persona et celle de l’interlocuteur, l’image sociale, l’honneur. Il convient donc de prendre le temps de réfléchir avant de parler. Durant ce temps où une personne a la parole, mais s’en sert dans le silence, les autres attendent poliment que les mots sortent. Un autre moment de silence suit la parole, durant laquelle celle-ci produit son effet sur les interlocuteurs, qui mûrissent à leur tour une parole adaptée. Les vides de ces discours », loin d’être des « blancs » pénibles qu’il faudrait à tout prix meubler, sont en fait des moments pleins, « où chacun sait que l’autre y confie ses « pensées, ses anticipations du point de l’autre », et pendant ce silence, prend « en considération la signification et la valeur des paroles prononcées. Chacun mesure les implications de ce qui est dit. Dans un tel monde, (…) », on comprend enfin que « les mots ont un pouvoir, un poids, et que certains ne doivent pas être prononcés à la légère. Quel monde ce serait ! »
G. Apfeldorfer
L’auteur émet ici un souhait, teinté d’ironie à la fin. Il veut nous dire quelque chose : à savoir que ce monde de paroles vraiment échangées n’est pas impossible. Il existe. Mais il ne faut pas qu’il existe ponctuellement, et que la commune mesure soit l’énervement, l’agression contre soi et les autres. Il ne faut pas que le dialogue tourne au combat.
Ce dialogue qu’il décrit, ne doit pas être réservé aux moments où l’on s’aime et où il est, de toute évidence, plus facile, de s’écouter. Il faut aussi puiser en soi une sagesse, une force, et une qualité d’écoute même dans les moments difficiles afin de pacifier et d’apaiser nos maux.
asfkt
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