16.09.2008

"Michaël Myers ou le psychokiller au pas inéluctablement lent"

"Mike Myers est un type sûr de lui. Pour tuer, il ne court jamais. Inutile de galoper, comme tous ses jeunes confrères sanglants et avides de chair frâiche et rosée, de celle que l'on trouve uniquement sur la fille pré pubère, vierge, et au minois ponctué de jolies tâches de rousseur. C'est absolument rhédibitoire de s'affaier en tous sens alors qu'il suffit de tuer à point. Et d'ailleurs quand Michaël voit son jeune collègue arracheur d'yeux-par-trop-vertueux dans "See no Evil",  monter les escaliers quatre à quatre dès qu'il entend la cloche de la chambre 87 retentir, dénonçant ainsi le rythme éminemment érotique de l'enlacement de deux jeunes adultes consentants, il rit. Derrière son masque, parce que celui ci le lui permet: il a pris une taille XXL pour que sa mâchoire prognathe puisse s'agiter et éclairer son visage que l'on suppose simiesque.

Il se souvient: dans Halloween II, il marche dans le dédale de couloirs de l'hopital général où s'est réfugiée Jamie Lee, sa très jolie demi soeur, afin d'échapper à ses coups de couteau irréfutablement et drôlement bien aiguisés, pour le coup! Il se rappelle...tête penchée un quart vers la fenêtre de sa cellule dont il s'échappera quand tout le monde sera mort s'il ne brise pas, avant, la nuque de Jerry, son geôlier au demeurant fort sympathique (mais un psychokiller vit dans l'instant présent, et n'éprouve aucune empathie, pour qui que ce soit comme on le sait), car oui, Michaël (prononcer à l'américaine: MAÏÏÏKHÔÖÖÖL), est immortel.

Il a tout son temps, celui que vous perdez à tenter de lui échapper!
Il se souvient encore: en cherchant Jamie Lee, pliée-cachée dans le remonte plats mécanique, étouffant des sanglots de terreur, il tombe sur une infirmière, toute jolie elle aussi, serrée au plus près dans son uniforme blanc juste au dessus du genou, ses sabots blancs résonnant presque élégamment sur le sol carrelé de l'hopital.

Michaël se revoit: derrière elle, marchant lentement, et elle, presque courant déjà... mais inutile Sherry!!!!! Tu as beau courir, faire de l'endurance, ou même t'entraîner pour le 200 mètres haies et faire un bon timing à l'entraînement.
A fortiori... tu ne m'échapperas pas.

Effectivement. L'infirmière se retrouve très vite, ses sabots blancs gigotant vainement dans le vide, 1 mètre au dessus du sol, parce que Mike la suspend au dessus de tout soupçon, par son coutelas gentimenrt planté dans le dos.

Aucun bruit ne sort de la bouche pulpeuse de l'infirmière empallée.
Trop mal peut être? ... Mike ne sait pas. Il ne ressent rien, encore moins la douleur.

C'est du passé. Hélas. Mais bientôt, il recommencera. Pour quelle raison? il n'en a aucune. C'est ce qui le rend invincible. Incompréhensible, parce qu'imprévisible.

Une mécanique de destruction des masses. Pour le plus grand plaisir du spectateur."

ASFKT

27.05.2008

"Monsieur Jones et le royaume du crâne de cristal à 300 millions de dollars"

A Y.N.G., altiste confirmé et ayant vu, lui, le film, contrairement à moi ;)! 

"Episode I"         

 "Dans le dernier film de Steven Spielberg, Indiana, allusion fort peu masquée aux Cheyennes massacrés et aux Mohicans donc le susdit est en fait, non pas Daniel Day Lewis, mais Monsieur Jones lui-même, on est submergé. Avant même que le film ne commence, en tous les cas, c’est ce qui s'est passé pour moi: alors que j'étais en train de m'installer au creux de mon fauteuil de cinéma, un bruit de tiroir caisse a brutalement résonné telle une trompette sous mon fessier, un jour de garde.

J’ai sursauté! j’ai regardé tout le monde autour de moi! J'ai failli protester, manifester, et ai commencé à m'écrier:

 «Mais que Diable se passe-t'… », mais la salle était déjà plongée dans l’obscurité.

 

Je me suis alors rassise, voyant qu'il ne servait de rien de fâcher tout le monde, et j’ai littéralement plongé dans le film.

Et la, l'illumination m'a aveuglée, n'en déplaise à Siddharta. Ce n'était pas qu'un simple film. Non. C'était LE film. Celui de de l’an 2008. C'était le film qui venait de rapporter, grâce à mon séant ci assis, le dernier dollar qu’il fallait pour qu’il remporte au box office mondial 300 millions de la monnaie en cours là-bas, chez nos frères, les Américains, les Sauveurs, enfin ceux d’Omaha Beach, mais ça c’est dans un autre film, une histoire avec un certain Privé nommé Ryan paraît-il...

 

Mais j'arrêtais mes calculs financiers et le pro rata de ce que j'avais payé pour ma place. Je me concentrais désormais sur le chef d'oeuvre.

Le film commença. Tous les yeux se rivèrent à l’écran et nous fûmes malgré nous, ramenés au présent de l'indicatif tant la trame narrative du film était forte et annulait tout ce qui s'était passé avant. Avant ce soir, avant "Ben Hur", avant "Les chariots vont au Nord mais j'irai au Sud, car telle est ma légende" avec Monsieur Smith...

Et c'est le film, ça y est! il s'est déjà passé 20 minutes de prologue sans aucune image balayant un écran blanc lancinant, mais ça valait la peine.

Monsieur Ford apparaît alors à l’écran. L’image tressaute car il est assoupi et Steven S. a certainement voulu donner une «French Touch» à son film en posant la caméra sur le ventre rebondi du héros. La caméra s’inverse et l’on peut lire le titre du livre parcouru par Indiana:

How to succeed in your sexual life when you’re an old man (in only TWO lessons)».

L’auteur du livre n’est pas dévoilé, mais de suite, une dame âgée dont je situe à peu près l’âge autour de 85 ans à la tonalité de sa voix franchement tremblotante, commence à murmurer à côté de moi à son mari somnolant: «Ah tu vois ! je te l’avais dit que le film était sponsorisé par la firme Viagra. Tu vois! On va l’acheter aussi!»

Puis il y a un «Cut ». Ah c’était une publicité en fait, commandée par H. Ford lui-même afin d’augmenter son forfait téléphonique depuis l’Amérique et financer sa cinquantième maison de campagne en Normandie.

 

Le film commence alors, ça y est, on y est là! 10 minutes de plus se sont écoulées mais Steven S. pense aussi à la sexualité des Seniors et c'est tout à son honneur. On ne  peut décemment lui en vouloir.

Alors, au début du film, c’est la nuit. On retrouve monsieur Ford encore assoupi, mais cette fois ci, sur sa chaire favorite de l’université de Middleton. Seule une loupiotte éclaire son visage et ses triples foyers masquant son glaucome commençant et son regard presque aussi vitreux que le contenu d’une huître. Puis des larmes commencent à couler le long de ses joues flapies par tout ce temps passé à faire des abdominaux, et les souvenirs des trois premiers Indiana Jones.

"Je suis fatigué" pense t il en voix off.

"I’m tired" confirme une voix venant d’outre tombe et grésillant dans le haut parleur.

D’un coup, nous nous trouvons projetés par la magie du cinéma deux semaines plus tard : monsieur Ford n’a pas bougé de son siège. Il n’a pas pu se lever pour le tournage, alors Steven a attendu que sa crise d’arthrose passe. Ils l’avaient installé ainsi dans son fauteuil de professeur-chercheur-aventurier-archéologue-du-temple-maudit dès le début du tournage. Mais l'homme s’est penché et est resté coincé ainsi pendant deux semaines. Steven s’en voulant d’avoir engagé un coaching trop intensif pour le vieux Ford, il a laissé la caméra tourner pendant ce temps et est allé au "Orange for Plazza" dîner et ripailler aux frais de la princesse.

Soudainement, un orage éclate, et dans un éclair, sous les bruits tonitruants du Dieu Mars qui se déchaîne, une très jeune femme, blonde et bien proportionnée sous tous rapports selon les normes, évidemment en vigueur, apparaît dans l’embrasure de la porte attenant à la salle de cours de monsieur Jones-Ford. Ce dernier s’éveille à ce moment, écarquille les yeux, bouge ses oreilles depuis sa nuque jusque ses joues, dernière souplesse qu’il a su conserver, et murmure d’une voix sourde, rauque, sûrement à cause de sa dernière crise d’asthme:

-Mais… qui êtes vous… ?

 

La très jeune femme qui affiche fièrement ses vingt printemps en faisant tressauter sa poitrine rebondie tout en descendant les marches de l’amphithéâtre, rejetant sa chevelure platine en arrière d’un coup d’épaule, lui rétorque:

-Je suis Jeanne, Monsieur Jones. Et mon nom est d’Arc. Et je cherche le cristal qui me revient de droit, comme l’indique mon nom. Il se trouve dans un royaume fait de crânes et comme j’ai lu dans les pages jaunes que vous étiez aussi archéologue quand vous n’avez pas vos crises d’arthrite, je viens à vous afin que vous m’aidiez à récupérer mon bien..."

 

ASFKT

 

05.11.2006

"A l'épreuve des balles"

"Impartialité. Justice. Liberté. "V pour Vendetta". Les frères Wachowsky, plus que dans Matrix, font de ce film un chef d'oeuvre d'esthétisme, en même temps qu'ils créent un personnage, ,V, rédempteur qui attend l'heure, à chaque minute, tous les 5 novembre. Plutôt qu'une philosophie binaire matrixienne, le bien/le mal, plutôt que ce manichéisme simplissime, ils font de V pour vendetta un véritable pamphlet politique et révolutionnaire.

Contre la corruption, contre la torture, contre le mensonge d'un gouvernement qui manipule son peuple, et utilise l'arme la plus puissante qui soit donnée à l'être humain assoiffé de pouvoir, comme à celui qui n'en a pas, qui n'en a plus, et qui en est victime. Ce n'est pas Oppenheimer et sa bombe, ce ne sont même pas les armes bactériologiques, ce n'est pas le terrorisme, plus que tout cela, et ce qui commande toutes ces armes, est la grande maîtresse qui nous empêche de réaliser notre bonheur: la Peur.

Manipuler un peuple, manipuler les hommes et les femmes en leur faisant croire que l'ennemi n'est pas intérieur, mais extérieur... Le chancelier détruit des zones de son pays, et les médias prennent le relais en faisant porter la très grande faute sur le terrorisme et bannit du même coup tout ce qui n'est pas dans la norme: épuration ethnique, homophobie, auto da fé des livres qui sont et resteront à jamais les seuls moyens qu'ont les humains à leur disposition afin d'être libres: penser par eux mêmes.

 Qui dit la vérité? faut il croire l'information? ce film rappelle et dénonce tout système autoritariste et dictatorial, tortionnaire et injustement libre... Hiltler, Staline, Pinochet... mais plus récemment... à notre époque? dans quel système vivons nous? sommes nous libres? quel pays nous domine et manipule au plan mondial?

 V, le héros de ce film, dont on ne découvrira jamais le visage se cache sous un masque non par peur ou honte de montrer la plastique de celui-ci, que l'on imagine défiguré par la torture, subie il y a 20 ans, mais parce seule compte l'Idée Révolutionnaire qu'il porte en lui; seule persistera, après sa disparition, si elle intervient, la force de ses convictions, au travers des siècles, tel Socrate en son temps. V est un Socrate des temps modernes. Plus de quatre siècles après la mort de celui qui ne prétendit jamais être, et encore moins être sage, il s'avère qu'il avait raison d'implorer ses compagnons de ne pas le pleurer: son esprit, sa manière d'être, son refus du prêt-à-penser, la force de son âme sont toujours à l'oeuvre en certains d'entre nous. PLus que jamais vivant, à travers moi, plus que jamais présent à travers ma lutte, plus que jamais puissant en mon corps.

-Comment osez vous dit Evi, (tres belle Nathalie Portman), à V?

-J'ose tout ce qu'il sied à un homme d'oser. Qui n'ose pas ne serait pas un homme".

 Avec toute l'élégance qui lui sied, V défie ceux qui mentent et se mentent à eux mêmes. Cette réplique très belle n'est pas des Wachowsky, mais est tirée de Macbeth. William Shakespeare, pour vous servir.

V aime Evi et s'aperçoit que jamais il n'aurait cru qu'il fût possible d'aimer autant une femme. Evi perd son amour dans la mort, mais elle dit aussi que tous autour d'elle perdent un frère, une soeur, un père, une mère, car V était chaque citoyen, qui osa ce que nul n'avait osé et délivra leur coeur de la peur qui les terrorisait.

A l'aube de sa vie, si l'on sait que l'on sait que la seule condition pour ne pas mourir est de dénoncer quelqu'un que l'on sait bon et que l'on aime, que fait on? la peur de mourir, le tremblement de tout son être, les tripes qui se vident sous les mitraillettes prêtes à cracher leurs balles sur soi? peut on résister à la peur de mourir pour protéger et etre fidèle jusqu'au bout à celui dit vrai?

Qui aimerait suffisamment pour ne pas avouer ou vendre quelqu'un sous la torture? qui le ferait? le feriez vous? diriez vous "non" à celui qui tient votre vie entre ses mains et qui vous somme de donner un nom?

...

Les Idées survivent aux hommes. Morts au nom d'une idée, morts pour que nous puissions exister, mais pas en vain.

Impartialité. Justice. Liberté

 

"V pour Vendetta"."

 

asfkt

 

 

22.10.2006

La bas... à Corléone

"Al... La force du Parrain, est dans la relation filiale profondément sanguine entre Don Corleone, Marlon brando, blindé d'expérience de la mafia à l'ancienne, sans pitié, et l'un de ses fils, Michael, son opposé. Au soir de sa vie, le Parrain  comprend, noyé au coeur des rivières de sang qui coulent des veines des ennemis qu'il a fait tués jusqu'aux sanglots versés sur le corps de ceux qui appartenaient à sa propre chair, tués à leur tour, que son temps est passé, et surtout, qu'il faut arrêter cette vendetta, engrenages rodés et huilés de haine viscérale. Trop tard. Il meurt, au cours de ce qu'il avait vécu certainement avec son fils préféré, Michael - Al pacino, lorsque il jouait au jeu de cache cache avec lui, quand son fils n'etait qu'un petit garçon.

Médaillé au plus haut rang de l'armée prestigieuse, Michael lui décide avant tout de ne pas entrer dans ce clan. Il est un Corléone. Mais il est autre: un jeune homme droit, honnête, ces histoires le répugnent, il aime son père mais se tient à distance. Son père qui comprend son choix l'aime comme il est, aussi différent de lui soit il: plus que cela, la fierté dans le regard, il voit son fils prendre un autre chemin, celui de la loyauté.

 

Mais impitoyablement, qui touche au père touche au fils. Lorsque Don Corleone meurt peu apres ces cinq balles qui ont pénétré son corps, Michael, renonce à presque tout, sauf l'amour d'une femme, qu'il ne peut et ne veut pas perdre. Il l'aime, mais au fur et à mesure du film, michael se transforme en Parrain, plus dur, inhumain, froid comme la glace avec ses ennemis, ou ceux dont il sent qu'il l'ont trahi ou vont le trahir. L'intuition du prédateur et l'instinct sauvage sont désormais en lui. Forces nobles, reconnaissance du danger, connaissance de qui est ou ne sera pas là. Mais forces au service d'un mal, parce que forces uniquement fondées sur l'amour du pouvoir, la honte de ne pas avoir été plus là, plus tôt,  pour son père.

La force devient rage intérieure. Erreur: la maîtrise de ses instincts se révélerait elle incomplète jusqu'à  le détruire? plusieurs interpretations existent, plusieurs voies sont possibles pour michael....Ces réponses sont dans les séquelles du parrain, les II et III.

Dans son rôle et dans le Parrain I, rien de cette violence intérieur ne transparait: Al pacino est impeccable, calme et sombre de sobriété. Son sang est froid.  Seul persiste en lui une part, l'amour pour la femme qu'il a épousé. Alors qu'elle lui demande effondrée, si c'est lui qui a commandité le meurtre du mari de sa propre soeur, il lui jure, apres quelques secondes de silence, la tête dans les bras amoureux de son épouse, que ce n'est pas lui.

Il dit juste: "non".

Pour une fois, al pacino ne surjoue pas. Le gentil michael dont les freres qui se croyaient des caids de la pègre et dont ils se moquaient gentiment, s'est transformé en froid sibérien. Le lien avec son père étant celui du sang et au delà de l'amour, il devient plus que ne l'etait son père, il devient redoutable, rien ne transparaît. Lui seul connait sa vérité".

Al pacino. Le parrain I. Applause."

 

KT