01.08.2009

"Le docte roman de la "dick"* generation?"

En achetant le livre de Mademoiselle C.C**, on se dit tout en sortant, fébrile, les treize euros de son porte monnaie :

« Ce récit fulgurant va me retourner. Je vais en fermer les yeux pour ne pas lire son malheur, à elle, dans les pages qui vont suivre. C’est sûr, vu le titre, elle a dû morfler, elle a dû passer par des drogues frelatées qu’on n'imagine même pas… et les Ramones et le détergent de la cuvette injecté dans les veines, et Christiane F et ses pauvres petits 13 ans, droguée, prostituée, tout ça… c’est de la littérature pour des Madames Bovary, des survivantes qui s’ennuyaient, qui se pâmaient devant la déliquescence, la décadence des jeunes de son temps, du classique quoi… »

 

En remontant l’avenue qui menait à mon domicile, je continuais à me persuader  à coups de « Mais … » Et cela donnait, à peu de choses près, ceci :

 

« Mais là, attention. Même Valérie Valère risque, au vu du regard neutre de Mademoiselle Claire sur la couverture, d’aller se rhabiller dans son 32 d’antan. Je crois même que l’écriture et la narration de ladite succube vont me décoiffer grave au point que Bret Easton Ellis et le roman à l’écriture la plus violente que tous les films d’horreur que j’ai vus, à savoir le chef d’œuvre American Psycho, vont passer à la trappe…. Bref tous ces grands auteurs, Dee Dee Ramones compris, vont se coucher à plate couture devant le roman de la nouvelle égérie de cette génération qu’on ne comprend plus, je répète, « la génération trash », pour faire plaisir à l’auteure qui elle, la nomme ainsi, et l’éditeur inquiet peut être de que ce mot ne soit pas bien compris, a ajouté un bandeau rouge vendeur, comme une manière de référence à Francis S. Fiztgerald et sa Génération Perdue : « Génération Addict ». Sauf qu’entre F.S. Fitzgerald et Mademoiselle Chaal, il y a autant de ressemblance qu’entre une panthère et un petit pois perdu dans une boîte de carottes… »

Les conserves ne pouvant pas tout résumer, il faut poursuivre l’analyse plus loin, car on ne voudrait pas que le lecteur pense que ce roman soit de celui dont on ne dit rien…

Alors… Outre le fait que c’est écrit en police de caractère 25 et qu’il y a peu de pages, le seul avantage que représente ce témoignage d’une fille riche, qui expérimente un peu tout, mais qui en fait surtout des tonnes, est qu’on peut le lire en une demi heure. Aux toilettes par exemple, ou à la place de tricoter du point mousse. Ou entre deux épisodes de « The love and the Restless ».

Mais, si l’on doit résumer le livre à 10% selon les conventions du résumé de texte, on pourrait dire sans trahir les pensées de l’auteure, qui n’ont rien de pascaliennes, qu’il y a autant de substance vénéneuse dans son livre que dans un livre d’Enyd Blyton qui aurait raconté la vieillesse d’un Oui Oui au pays des Poneys et qui se serait suicidé sur le tard. En tombant du poney.

Et encore. Cette hypothèse d’un Oui Oui auto destructeur serait bien plus révoltante que la vie de Mademoiselle C. qui présente ses dernières relations à trois, sa première cigarette à 7 ans trois quarts ou presque, son dévouement en tant que cow-girl, comme quelque chose de tout à fait typique de sa génération à elle…. En plus, elle est peut être préparationnaire à l’X ou à L’ENS.. Elle est en maths sups. Rendez-vous compte. Et en outre, comble de l’auto destruction, elle a failli faire mannequin et elle est belle. Elle l’affirme…

Toutefois, au delà des platitudes du récit, un court paragraphe vient, et c’est là tout le ridicule, contredire le témoignage qui nous tomberait presque des mains s’il n’y avait cette intéressante citation d’Edwige Feuillère en guise d’anti pasti littéraire  et qui dit en substance qu’il n’y a pas de différence entre les générations, pas tant que cela, à part que l’ancienne, ou celle d’avant, avait la « décence de tirer les rideaux ». Avec une telle mise en ou bouche, on se surprend à penser que le roman va être au diapason des mots de l'inventive comédienne. Ce n’est pas le cas, et le roman ne vaut que pour ces paroles importées, n’ayant rien à voir avec l’auteure.

 

Le comble de la niaiserie est atteint lorsque Mademoiselle C. décrète, juste avant l'épilogue que l'on attendait comme l'on attend la fin d'un film de série Z dont le seul avantage est qu'il est projeté dans une salle qui nous fait profiter de la climatisation et que dehors il fait chaud, qu’elle a (re)trouvé la foi, « parce que mec, elle est chrétienne"!. La page 126 devrait être une révélation. Elle fait penser aux Jonas Brothers.

De là à ce que ce roman soit une commande de sa papauté seize-aryenne, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pourtant pas, préférant placer l’aspect pornographique du récit dans cette déclaration prosélyte.

Bref, si, par mégarde, on achète sur un coup de tête ou sous l’emprise d’une overdose de camomille ce livre ci, qu’on se rassure en refermant ce roman qui parle d’enculades et de baise certes, mais avec une telle absence de talent – car pour dire la violence crue, il faut avoir la manière, le talent de la raconter, à condition qu’elle ait laissé un goût âpre qui ait façonné le talent littéraire, ce qui n’est pas le cas de la pauvrette auteure ici – qu’on en baille d’ennui, on peut se rassurer sur le génie des auteurs de la beat génération, mais aussi sur tous les auteurs cités au début, de l’exceptionnelle Valère Valère en passant par Ellis, en n’oubliant pas Bukoswky, et l’on recommandera à la jeune Claire de les lire pendant son été, entre deux stages de chef scoot, en même temps que la correspondance privée de Flaubert qui racontait ses douces orgies avec des dames de grande valeur mais à la vertu très humble… ce que n’est pas Mademoiselle C. »

 

asfkt

* En anglais, "Dick" signifie "bite" ou "queue".

** Cette critique est purement et délibérément corrosive, absolument subjective, et ne rend pas compte de ce qu'il faudra aimer le livre ou pas de C.Chaal. Il n'existe pas de prêt-à-aimer-ou-à-penser en matière de goût.

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Commentaires

Je n'ai pas relu.
Aussi si fautes de frappe il y a, merci de me les souligner au feutre.
l'auteure

Ecrit par : anna | 01.08.2009

Bonjour Anne.

Tu es radieuse.
J'aime bien ton texte!!!! Tu écris trop bien. C'est mieux que dans les journaux, alors... j'attends de te lire dans l'un d'eux!
On peut se voir? je t'invite... où tu veux et quand tu veux!!!
Bientôt j'espère?

S.

Ecrit par : Simon | 04.08.2009

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