12.04.2009

"Cette bague là"

"Il est devenu très rare que j'écrive sur l'amour, encore moins sur l'amour que je pourrais inspirer. Parfois, je regarde la photo où je porte un débardeur bleu. Je me trouve un air si radieux, si joli, les cheveux au naturel, que si j'étais un monsieur anne sophie, je m'appellerais, d'abord David, et je crois que je tomberais amoureux. Parfois je me dis: "tu mérites de t'aimer Anna, tu es si jolie, et alors toutes ces années à te demander si tu allais décider de vivre, ou alors de mourir... Moi je te trouve belle, ton âme est toute en volutes artistiques, et ces fossettes au creux des joues te vont à ravir. Regarde comme tu es adorable. Et peut être même qu'un jour, tu pourrais t'adorer. D'où vient le fait que quelques fois, par beau temps, tu sors, tu offres ton visage au soleil, mais que brutalement tu quittes les lieux, le banc et que tu te sermonnes, comme si tu n'avais pas le droit d'avoir du plaisir. Tu connais la triste réponse, et tu as de nouveau cette tête d'enfant que tout le monde aime, sauf toi. Capricieuse, certes, mais rebellée, jamais. Révoltée, non.

A cinq ans, tu n'as pas claqué la porte de chez toi, en disant à tes parents: "Anne Sophie part. Je quitte. Au revoir." Même si tu savais lire depuis pas mal de temps, ce qui était un fait pas très ordinaire, conviens-en... mais tu n'as pas prononcé ces mots, et tu n'as pas manifesté une quelconque colère vis à vis de ton père, ni de ta mère. Peut être aurait il fallu le faire. Mais à quatre ans trois quarts, où serais tu allée? pas très loin avec de si petites jambes, et ta collation sous le bras. Tu serais allée au bout de la rue? mais dans quel sens? à droite, c'est une voie sans issue, et à gauche, c'était la grande route. De là à ce qu'un camionneur fou te roule dessus, tes couettes et toi, vous auriez eu l'air fin, toutes coupées en morceaux. Tes parents auraient été furieux, la collation gâchée, l'imperméable rouge tellement détesté, lui par contre, aurait eu sa dose. Il en serait mort et d'ailleurs tu n'aurais pas pu le mettre après tout ça.

Donc finalement, cinq ans, c'était trop tôt. Mais l'aurais tu fait après? l'as tu fait? non. Une fois de plus. Pourquoi? il y avait de quoi pourtant! Ca aurait évité peut être à tout le monde de faire face à tes caprices. Mais dans ta tête, ca n'était pas des caprices, c'était des fugues spirituelles, eh oui tu connaissais déjà Bach à l'époque et son art si précieux... Tu n'étais pas contente, aussi je pense que tu aurais pu t'en aller en Italie, faire un beau voyage, puisque tu y étais déjà lorsque ton père refusait de regarder la jolie bague que tu portais au doigt et que tu lui montrais à trois reprises. Je me demande pourquoi d'ailleurs tu acceptais de lui tenir la main à moins que tu n'aies voulu l'emmener en promenade. Je me demande même la raison pour laquelle il tenait la tienne. Peut être pour que tu ne t'en ailles pas. On sait bien comme tu étais. Comme la fois où tu échappais à ta mère, et que tu courais sur le trottoir, tout près de la route, et que le fameux camionneur fou justement passait. Et ta mère qui criait: "Anne-Sophie, non!" et toi qui courais! Comme si tu avais eu l'intention de te jeter sous les roues du camion!!!Non tu voulais juste prendre un peu le large, comme toute petite fille de trois ans qui se respecte. Ce fameux jour à Rovato, où ton père, une fois de plus t'a ignorée, et n'a pas daigné regarder cette bague que tu lui montrais au bout de ton joli petit annulaire, un bijou de pacotille certes mais tout de même, tu t'es arrachée à ton père, littéralement tu as oté ta main de la sienne et tu es partie dans le sens inverse. Et je pense que tu aurais dû continuer ta route. Six ans c'est jeune, mais je pense que tu aurais pu faire quelques jours de "parents buissonniers", ca ne leur aurait pas fait de mal, et à toi non plus, sauf que tu n'aurais rien eu à manger. Mais ça ne te faisait pas vraiment peur de faire grève à ce moment là. Tout était possible. Et peut être que tu aurais pu leur faire comprendre que tu n'étais pas là que pour l'apparence, la beauté, la joliesse en miniature, le petit bout qui sait tout faire, y compris se taire ou piquer de grosses colères, mais que par dessus tout, tu étais juste en train de dire à mots, tout bas: "aimez moi pour le tout petit être que je suis, et pas pour mes couettes!"

ASFKT

 

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