11.04.2009

"C'est quoi l'histoire?"



« Ici, dans mes toilettes, il n’y a personne. Les yeux sont restés dans le tiroir de mon bureau. J’ai fermé à clef pour éviter que tes mots ne me sautent au visage. Les boucles de tes « e », les tourments de tes « s » parce qu’un serment d’amour, tu n’as jamais su faire. Il a toujours fallu que tu mettes ça au pluriel. Des « je t’aime » à n’en plus finir, à décompter comme les petits pois parmi les carottes sur le bord d’une assiette au déjeuner.
Ici, dans mon placard, il n’y a pas d’âme en vie. Les ombres m’accompagnent : ça m’aide bien. Notamment à m’aveugler sur mon sort et à oublier l’heure du dîner : l’heure où tu m’appelais, l’heure où tu venais, et dans les dix minutes, nous étions au lit. Au moins, tu ne fumais pas pendant ce temps. Il y avait tout à faire, tout à reconstruire, et tout le plaisir était pour toi et moi. Et moi, pendant ce temps, j’accumulais les raisons d’avoir faim, des bonnes pour une fois.
Ici, dans mon appartement, ça sent la solitude qui se construit doucement, comme un mur, d’une solidité impénétrable. Qui a dit que l’imputrescibilité ne concernait pas la fin des relations intimes ? Je ne sais pas, mais sûrement pas un amant, ou alors je ne me rappelle plus son odeur.
Ici, il commence à faire bon vivre, alors il est temps de se mettre à l’oeuvre. Quand il est trop agréable de vivre bien, on oublierait presque sa tâche, son éternel amour, l’Art, qui nous attend comme un vieil amant qui n’aurait de vieux que le temps qu’il a passé à nous attendre ; mais qui serait beau avec une manière d’éternité ; une cigarette à la main, les cheveux poivre et sel dans les yeux, barrant le regard et l’arrêtant sur nous, sur moi, parce que l’horizon, sans moi, c’est vain, moins bleu, moins beau, moins infini. « Ca ne donne même plus envie qu’il y ait d’océan en dessous » dis tu… Tu as raison. Moi qui ne voulais pas attendre la fin de mon histoire, et toi qui voulais que je reste encore un peu, juste pour voir, pour écrire, on ne sait jamais, si l’envie te reprenait disais tu… L’envie m’a reprise. Alors je suis revenue. Voila l’histoire… »

ASFKT

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Commentaires

J'aime beaucoup ce texte, mais j'ai etait particulierement sensible au passage:
"Les boucles de tes "e", les tourments de tes "s" parce qu'un serment d'amour, tu n'as jamais su faire".
merci

Ecrit par : yoshitsune | 16.04.2009

Merci à toi Jay...
mille bisous

Ecrit par : anesofi | 16.04.2009

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