11.03.2009
"Martyre au soleil"
«Une enfant que le père soustrait à son propre regard, qui jamais ne la regarde, ou alors met à l’index tout ce qu’une petite fille peut avoir comme rondeurs, plis et défauts, ou exigences à son oreille, insupportables, est destinée, malgré elle, à vivre au cœur des ombres qui peuplent les jardins résonnant des pas de ceux qui forment une famille délimitée et unie, même si le soleil venait à décliner.
Elle est comme cet astre qui brille sans le savoir, simplement parce que sa fonction est d’éclairer, de réchauffer sans penser ni à lui, ni à demain. Comme lui, elle ne sait pas que le jour d’après, elle se lèvera, elle aussi. Tout ce que son père ne lui donne pas comme amour bienveillant, elle le prend pour argent comptant. Et attend encore, pour commencer à vivre, avancer, se tenir debout, aimer même… que son père la reconnaisse.
Jour après jour, elle se maintient dans l’attente d’un baiser, d’une main caressant ses cheveux, d’un compliment, d’un accord sur sa présence, son existence, son importance, mais nuit après nuit, son âme d’enfant compte les promesses jamais faites, les paroles jamais prononcées et elle croit que le néant dont elle est venue, l’appelle de ses vœux, puisque personne, ni même celui qui compte plus que tout pour elle, ne lui dit qu’elle a bien fait de venir, et que son squelette de petite fille est la promesse d’une belle âme en construction, d’un esprit fort et chaleureux et qu’avec elle est née le désir d’être père, et de la chérir pour l’élever au dessus des nuages.
Les après midi, elle les passe sur cette chaise qu’elle place à côté du fauteuil paternel, et joue à lui parler et à se répondre, et quand son père rentre du travail, elle saute du siège, court se jeter dans ses bras, mais ces derniers ne s’ouvrent pas, tout surpris et encombrés par cet amour, et se désencombrent au plus vite de cette fillette… en la remettant gentiment à sa place, à côté, au loin, plus loin, du côté de l’épouse, qui doit aimer, parce que lui, ca ne le concerne pas ces histoires de fillette, de père présent ou pas, il ne sait pas l’amour…
A 37 ans, on garde un air enfantin, comme s’il était toujours possible d’ouvrir les yeux plus grands, et de sourire plus largement, pour qu’enfin le père vieillissant mais à l’image intacte conservée au chaud dans les souvenirs d’Anne, la voit, la reconnaisse, avoue, rattrape, les instants, les moments, les trente années, perdues, oubliées, secrètes, niées, et lui dise quelques mots d’amour… ou de peine de ne pas avoir su l’aimer, mais des mots toujours… quand même…même s’il est tard!
Quoiqu’il se soit passé, la nuit est maintenant tombée. Et Anne retourne à son obscurité, et ce néant où rien n’existe, même pas elle, puisqu’elle n’existe pas dans les bras de son père. Pourtant, exceptionnellement, vient une idée à son âme coupable: il se pourrait que puisque le soleil se lève tous les matins, il s’éveille encore de ses draps tout en or, demain, encore à l’aurore. Et si lui le peut, peut être qu’Anne pourrait passer un peu de temps à le regarder s’ébrouer de ses multiples lits aux courbes montagneuses.
Vient alors l’aurore. Anne ose; sort, s’assoit, éteint les étoiles dans le ciel, une à une, et voit le soleil s’éveiller comme un amour sort des bras d’une nuit envoûtante. Ses rayons la regardent, et elle plisse le nez, les yeux… un éternuement produit une petite explosion de joie en ce matin différent des autres, parce que le soleil, pour lui dire qu’elle est aimée, l’a juste chatouillée, et la fait se sentir vivante parmi les dunes, vivante malgré le désamour, vivante malgré la naissance, vivante pour désirer, et commencer d’espérer, de croire, en elle-même. Elle n’est plus une femme soumise à une improbable conquête ; elle n’est plus un témoin, faute de preuves, se dit-elle. Car pour témoigner, il faut avoir vu, senti, entendu, posséder un exemple, un souvenir, et d’amour émanant de son père, il n’existe, à ce jour, aucune trace. »
ASFKT
21:09 Publié dans Aimer | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
09.03.2009
"Plant d'un arbre"
« La méthode est simple : au début on met en terre un semis. On le recouvre de terreau. On lui montre qu’on a décidé de le chérir, de le nourrir, et de l’arroser régulièrement. Viennent de mauvaises herbes, un jour que l’on pensait pluvieux quand on y repense, mais on ne s’attendait pas à ce que celles-ci s’infiltrent parmi le jeune semis. On se penche sur la petite invasion. Et on arrache doucement les herbes qui se sont plantées là. Au départ, elles vivaient autour sans empêcher le semis de lever, mais elles ont transformé en assaut ce qui au départ n’était qu’un commensalisme de bon aloi. Deux organismes vivant l’un avec l’autre, ni au dépens de l’un ni de l’autre, mais en bonne intelligence: il s’agissait bien d’une association de deux organismes d’espèces différentes, mais profitable pour l’un d’eux, et sans bénéfice ni danger pour l’autre.
Le paysagiste arrache d’un coup sec les petites herbes qui commençaient à piétiner et à se nourrir du suc des jeunes pousses. Deux ou trois jours se passent. Et les mauvaises herbes ne sont pas seulement réapparues, mais elles sont venues en nombre, plus fortes, plus épaisses, et se propagent dans le pot nourrissant à toute vitesse. Le paysagiste se dit qu’il aurait dû utiliser un désherbant la fois dernière. Mais il n’en a pas. Les boutiques sont vides. Le commensalisme est répandu, et personne n’a de soucis de ce genre, le semis se sacrifiant toujours et n’étant donc jamais attaqué par son hôte envahissant.
Le jardinier décide donc, chemin faisant jusque la cabane où il range ses outils, de prendre la bonne décision : le semis s’est révolté. Il n’est pas inscrit dans ses composantes de se rebeller ainsi, et c’est parce qu’il a refusé de jouer ce jeu, que les mauvaises herbes se sont mises en guerre.
Il revient donc, armé d’une petite pioche, considère le pot où le semis encore vert et jeune, essaie de pousser tant bien que mal. Une larme coule le long de sa joue de paysagiste. Il n’a pas l’habitude. Il n’est pas un bourreau. Il n’est pas un tyran. Il n’est pas un sélectionneur d’espèces. Alors, à grands coupe de pioche, il ravage la terre, lacère le terreau et ôte la vie au semis. »
ASFKT
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"Après l'amour"
« La scène se passe dans l’anti chambre des ruines d’une maison qui fût autrefois une très belle demeure. C’est là que la femme se réfugie, refusant d’entrer dans la pièce de couchage, préférant rester à la porte, ramassée sur elle-même, la tête dans les genoux. Ses cheveux dans les yeux rappellent qui elle est. Un homme arrive, habillé en costume de ville, sortant d’une fête, le col défait et l’air intrigué par cette femme. L’alliance qu’il porte à la main gauche porte les mêmes initiales que celle que porte la femme à terre pour unique bijou. Ils sont frère et sœur. L’homme s’assied près de cette femme et il attire la main de celle-ci sur son cœur. Un dialogue s’engage.
H : -Votre bienveillance, nourrie de douceur, d’attachement aux principes de l’amour partagé, et votre inquiétude permanente, en quête du bonheur de l’autre, anime votre visage. Tantôt vous étiez vivante, Anne, et vos pommettes ressemblaient à de petits monticules ensoleillés par la chaleur des étés ; ainsi quand vous étiez enfant, et que vous passiez les après midi à courir, à embrasser la nature que vous offriez à vos mains, et participiez à des jeux de cache-cache avec vos meilleurs amis. Les cheveux relevés en queue de cheval vous donnaient un air scandinave échappé des chaleurs de l’Espagne. Vous souvenez vous ?
Vos pommettes saillantes attirent les baisers aujourd’hui, et vous les offriez encore hier à qui vous aimiez. Vous enquériez-vous d’avoir la certitude réconfortante que celui qui embrassait vos tempes vous aimait d’un même amour ?
Aujourd’hui, vous n’avez plus ces jolies rougeurs, et êtes pâle comme si le sang s’était retiré de vos lèvres. Dans votre âme, il n’y a plus ces questions d’autrefois qui affluaient à votre bouche, et se succédaient jusqu’à ce que les points les suspendent… Je lis dans cette âme ci Anne. Et je vois votre état. Et je sens votre douleur. Vous partez et vous avez raison parce que votre cœur vous murmure les paroles sensées que vous abaissez d’une tonalité pour ne pas les entendre. Il ne s’agit que de chuchotements, et la vérité n’éclate pas souvent au grand jour, mais nait et grandit parfois jusqu’à ce que la falsification des sentiments soit devenue une réalité, insupportable, prégnante, indéniablement présente.
On entend, si l’on s’approche de vous, comme je le fais désormais, des sons, des mots et des phrases qui vous accablent de ce qui vous paraîtra comme un bienfait dans quelques temps qui peut être ne seront pas si longs. On écoute, Anne, ce que celui que vous aimez a négligé de saisir lorsque vous souffriez. Ses paroles et les vôtres se mêlent et vos défenses se sont écroulées. Comme si ses injonctions avaient eu plus d’effet, de poids, et de valeur que votre propre bien être.
Votre sang vous intime le bonheur, et éclate au visage de n’importe quel sire vous prendrait pour un passe temps, même favori. Votre fierté, altière, et votre combativité se liguent contre un prélat qui fait passer avant toutes choses, vous comprise, ramenée au rang d’objet d’amour inconditionnel, ses activités, ses chasses gardées, ses dépendances, dont vous faites partie. Et votre amour, descendant d’une longue lignée de femmes qui ne confondent pas complaisance et devoir, tente de vous protéger, par un départ qu’il vous faut préparer.
Votre main dans la mienne tremble de douleur, et votre gorge si avenante, est aujourd’hui percluse parce que vous n’osez pas vous dire, et déglutir est devenu une épopée, une guerre pour rester en vie. Vous gardez la chambre, et restez seule, et n’avez pu dispenser votre savoir aujourd’hui. Mais vous restez là, à ne savoir que faire, et attendez d’être enfin prise au sérieux, pensez vous, en oubliant que l’amour n’est pas la souffrance.
Je sens votre main qui se serre, se révolte et recherche la plume pour écrire, à vous à qui l’on a dit que vous vous noyiez dans les livres et que vous les rabâchiez. Vous voudriez que j’excuse ses mots contre vous, mais si je dois vous révéler l’exacte appellation de ce genre d’individus, je dirais qu’il s’agit d’un mécréant, qui vous connaît si mal qu’il en vient à nier ce qui vous tient le plus à cœur. Où est l’amour la dedans ? Où est ce respect pour la femme de Lettres que vous êtes ? Etes vous celle qui accepte tout, parangon de tous les sacrifices, et lui idiome de tous les débilitants de ce monde ? Même un ignorant ne vous aurait pas dit ça et votre amour pourrait encore se justifier. Mais, à aucun moment, quelque homme qui vous aime ne vous aurait reproché la noyade dans l'instruction, le désir de comprendre, alors que lui coule dans une situation peu enviable, que vous ne lui reprochez même pas!
Accepter tout et faire de l’amour son Maître, c’est devenir son chien. Erigez un homme qui boîte en Dieu, et vous deviendrez sa béquille, et quand il vous aura usée, vous ne serez plus qu’un bâton et vous vous briserez sur la rocaille d’un amour sec, dur et froid. Cet amour est une injure faite à vos charmes, à votre capacité à donner et à régner sur votre propre cœur.
Dire qu’il ne vous mérite pas est un euphémisme. Vous avez tout donné, y compris vos jours de labeur. Vous partez et dites à celui qui disait vous aimer qu’il n’est plus temps pour lui, que ses instants sont passés et révolus, et qu’une fille de ferme, à la componction grossière, suffira à combler ses attentes. L’amour physique ne résout pas tout, mais est ici un leurre qu’il sait très bien agiter en votre présence. La sensualité que vous connaîtrez dans les bras d’un homme honnête et droit est ce que vous recherchez. Vous êtes ma sœur, mon autre, et je vous vois jour après jour, périr sous les promesses d’un homme qui ne les tiendra pas, mais qui comme l’on dit, en langue vulgaire, joue la montre.
A ces mots la femme, hoche la tête, se tourne vers l’homme… il l’embrasse sur la bouche longuement. Elle en semble soulagée et pose sa tête sur son épaule. Elle ânnone:
F : -Je sais que vous dites vrai. Que ne m’aime t il comme vous, que ne mérité-je pas l’amour dans toute sa passion et sa vertu? Je suis déjà loin. Pourtant, je ne sais plus ce qu’est le vrai, ni le faux, ni ce que peut être un honnête amour, ni même… ni même ce qu’il m’est permis d’espérer. Je n’ai plus d’espoir. Je voudrais qu’on m’en donne un peu, que l’on m’offre cette chance.
H : -Vous êtes l’espoir. Vous n’avez pas besoin d’en quémander, ni même d’en donner à qui ne le mérite sûrement pas. Aimez vous comme je vous aime.
A ces mots, ils se lèvent et partent. Anne se retourne. Regarde quelque chose qui n’est pas visible, jauge la situation, et murmure, quoique fermement, un "adieu". Elle reprend la main de son frère et s’en va. »
ASFKT
19:16 Publié dans partir | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
06.03.2009
"Des canines enfantines"
Mais il est beau. Il ne présente pas ses petites canines acérées à la première venue. Et vous, vous le trouvez magnifique, quoiqu’il fasse, qu’il dise, ou agisse, même en dépit du bon sens.
On ne peut pas ne plus aimer quelqu’un si vraiment on aime cet autre que soi. Je me souviens que mon ami me reprochait en riant d’être un cœur d’artichaut, et de tomber amoureuse du premier sourire venu. Alors qu’à travers les mille sourires que je croisais, qui sous le feu des rampes à danser, qui sous le soleil des cinq derniers étés, qui sous la pluie réveillant l’ombre d’un espoir, je ne cherchais que la blancheur du sien, l’épaisseur de ses lèvres roses et sensuelles, et la tendresse de ses baisers dont je recherche encore la trace sur mes lèvres, sèches à présent, et closes par la colère.
Il ne se doutait pas que parmi toutes ces mâchoires d’hommes qui pouvaient m’attirer, pas une n’avait le tracé carré de la sienne, ni ne laissait supposer l’odeur ambrée de ces joues tendres vers le cou. Il ne pensait pas que seule, la ressemblance, même infime, jusqu’à un très lointain air de famille que mon imagination recréait, je ne cherchais que lui quand il n’était pas là. Et faute de trouver, je restais à l’attendre et tombais dans le désespoir.
Je demandais trop, et je voulais toute sa présence, à mes côtés parce qu’il fallait qu’il comprenne cet homme là : j’étais tombée ! Je m’étais fait mal et j’en étais ravie !
En effet, il ne s’agissait pas de genoux écorchés, encore moins de coups portés à la hanche, mais de l’Amour, qui m’avait obligée à m’arrêter près de lui. Et à ne plus vouloir que lui, pour maintenant, demain, et tous les autres jours.
Et dès qu’il s’en allait, j’étais comme une enfant morte. Pourquoi ne pouvais-je pas sortir avec lui ? Pourquoi est ce que moi je devais rester chez moi, tandis que lui avait sa vie tout de même ?
Moi je trouvais qu’on était bien ainsi, et de toute façon, quand je manifestais le fait que je me sentais seule, n’osant avouer « seule sans toi ! », mon ami partait quand même. Et moi je ne savais pas sortir seule, je ne trouvais pas que cela se fît de ne pas être avec son amour au dehors.
Je pensais qu’il devinait mes pensées, je pensais qu’il savait à quel point l’amour pour lui avait pris la première place dans ma vie. A chaque minute, à chaque seconde, je n’étais plus moi, j’étais lui. C’en était un scandale.
Mon ami me demandait de l’aimer moins alors. Et le plus souvent, je me reproche de l’avoir trop ceci, trop cela… n’est ce pas bête ? Autant dire que je ne sais pas aimer dans la mesure, autant me dire et c’est ce que je me dis que je ne sais pas aimer tout court.
La plupart du temps, quand je ne saisis plus le sens de la vie, et de ce soleil qui me coule sur les épaules tel un vivant parmi les morts, je m’adresse tous les reproches du monde, je suis celle qui n’a pas su écouter ce qu’il voulait me dire, ou ce qu’il aurait fallu que j’entende et je suis celle qui a trop exigé, trop demandé sans rien attendre en retour, je ne l’ai pas laissé me donner quoi que ce soit parce que je ne sais pas recevoir.
Je ne sais que donner, je ne suis qu’une handicapée de la réception. Il ne faut pas sonner à ma porte pour m’inviter à m’aimer parce que je ne saurais pas quoi dire.
Alors je reste là, seule avec mon amour, et mes cheveux pour cacher ma détresse qui tue mes espoirs. »
asfkt
18:17 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.03.2009
"L'amour du pauvre garçon"
Que l’amour peut il bien être lorsqu’il provient d’une source faible, j'ai nommé, pour plus de clarté: le pauvre garçon ? un pauvre garçon n’est pas un garçon pauvre, et le fait qu’il soit désargenté ou pas, opulent ou sur la paille, riche comme Crésus, ou fauché comme les blés qu’il ne ramassera jamais, n’a aucune espèce d’importance pour la femme attendrie par "le pauvre garçon".
Le pauvre garçon, pauvret, ou encore imbécile malheureux, n’est pas seulement un être attendrissant pour celles qui veulent racheter à tout prix la condition de celui qui se satisfait crânement non pas de son ignorance, mais de sa persistance à croire qu’il sait, qu’il est sur la bonne voie, et que même s’il dit qu’il va changer, il s’avère que rien ne peut transformer sa nature. Précisons : sa nature d’être crâne, superstitieuse, ridiculement prétentieuse, et qui ne peut que perdurer en l’état.
Le pauvre garçon a subséquemment un destin plus triste que celui des plus grands criminels : il sabote sa vie parce qu’il ne sait pas la vivre, et vous qui pensiez qu’avec votre pieuse vertu et toutes vos bonnes qualités, il ne vous tondrait pas la laine sur le dos, vous voila fort marrie… son destin est morne, voué à l’échec et sans aucune possibilité, sauf miracle, de rémission. Donc pas de possibilité du tout, finalement.
Pourquoi ces lendemains sans fête pour le pauvre type?
Parce qu'il s’agit là d’un encéphalogramme plat et même si vous vous révoltez, essayez de tout faire changer, vous voilà dans de beaux draps… l’autre a autant de chance de faire preuve de courage et d’honneur qu’une tique en a de ne pas se laisser tomber sur le premier passant à chair fraîche et odorante venu…
Vous voulez aimer quoiqu’il arrive, vous sacrifier et sublimer l’amour jusqu’à son zénith ? Alors renoncez sur le champ à tomber sur quelqu’un de normalement constitué, car vous vous préparez gentiment à transcender l’humaine condition avec le prototype du type à qui tout manque, et qui va donc tout vous demander, y compris d’accepter l’inacceptable, ce que vous ferez à force d’excuses, de promesses dont vous savez qu’elles ne seront jamais tenues, de déceptions, et finalement d’usure du temps, et de désamour, surtout de soi.
En effet, vivre une relation amoureuse avec un genre pareil vous rend myope, bientôt aveugle, sourde, et à la fin, insensible : non seulement vous ne sentirez plus vos douleurs infligées par cet être précieux et égoïste qui a pris soin de prendre place sur le piédestal que vous lui époussetez tous les jours où il ne fait que vous mentir, bassement et sagement et sans rechigner s’il vous plaît, mais aussi vous avez laisser passer de belles occasions de vous livrer entièrement à un autre, aimable, attentionné, gentil, intelligent et cultivé.
D'ailleurs, même avec un signal lumineux sur le front, vous ne le voyez pas et vous n’en voulez même pas. Vous, vous voulez le mauvais, celui qui part de zéro; il y a toute la plomberie du cerveau à refaire, vous voulez l’aider, lui montrer que la vie est pleine de belles choses à apprendre, et cet amour là que vous lui offrez, plus il se comporte en triste individu, plus vous l’aimez, parce que vous ne voulez pas vous avouer que ce cas là est pathologique, qu’un homme abreuvé au mauvais tuteur ne peut pas être bon, jamais, parce qu’il ne peut être que ce qu’il est.
Alors ? alors au bout d’un moment, vous obéissez à cette lente destruction de vous-même, et à ce lent avilissement et vous acceptez d’être mal-aimée, et en plus de ne rien dire, de tenir dans la relation comme un fier petit soldat qui va se faire massacrer.
De temps en temps, vous tentez de sursauter encore, de trouver des marques d’amour bienveillant et bien distribué dans ce que l’autre vous donne parfois, et qu'il vous rappelle régulièrement comme s'il s'agissait là d'un pont d'or qu'il vous avez fait...de lui, dans l’amour, il ne donne que le mirage, donne le change, illusionne, paraît, agit par mimétisme, puis un jour vous surprenez au cœur même de l’acte d’amour que vous êtes en train de perpétuer avec lui, un regard étrangement vide, éteint, sans sentiments, froid et sans amour aucun dans ces yeux là à côté des vôtres qui jusqu'alors étaient au paradis.
Le pire est qu’à cet instant là, alors que vous devriez faire deux choses: vous jeter hors du lit et le jeter lui, hors de vous, et fin de la scène sensuelle, vous croyez que vous avez mal vu. Il est impossible de surprendre un tel regard, complètement vide! Pas à un moment pareil!
Mais si. Ca n’est pas possible. C’est devenu réel. Il n’y a pas d’amour chez cet être là avec qui vous êtes, et on se demande même ce que vous faites encore là, ca vous fait froid dans le dos…
Et un jour, une fois que le voile d’illusions est tombé, vous partez. Et renoncez. Ce qui veut dire pour vous accepter. Que l’autre n’est pas fait pour vous, et que vous n’êtes absolument pas faite pour lui, enfin vous prenez conscience de votre valeur, il serait peut être temps ! Et de vous demander pourquoi vous l’avez laissé tant de fois revenir, et tant de fois écouter ses minables petites histoires.
Vous vous demandez et savez désormais la réponse qui est pour vous depuis un certain temps la confirmation d’un doute: l’amour est autre chose que la réduction en esclavage, c’est même son contraire, et pour vivre maintenant l’amour, le vrai, celui qui vous respecte, vous vous demandez, pleine de douleurs, de bleus de cette relation passée ce qui a bien pu vous passer par la tête et le corps… »
asfkt
21:07 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
02.03.2009
"EN CAPITALES"
"Tous les textes ici présents sont désormais déposés et visés comme la création exclusive d'Anne Sophie Fuertès, nom d'auteur Karenine Tom."
20:57 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
"Etat de crise"
"Et quand elle se lève, c’est comme si nous la trainions à la lapidation. La place publique, nous dit elle, serait une indigente punition qui honorerait son méfait de bien trop de largesses. Aussi reste t elle dans une constante supplique, auprès de nous, qui ne lui sommes d’aucun secours. Elle souffre d’un mal qui fissure sa légende comme des murs qui se lézardent d’être exposés à la sombre fureur de soleils incendiaires.
Elle est là, figée, alors qu’elle se consume, forêt accablée par la flamme de ces terroristes affamés de reconnaissance.
Sa douleur, elle ne nous la conte jamais. Son visage est un astre sombre et rutilant, asséché par des larmes qu’elle porte au cumul des tourments en refusant obstinément le pardon à cette enfant qu’elle connut, dévastée par le désintérêt d’un père que les sentiments n’avaient jamais effleuré qu’à la naissance.
Elle se pense, se vit, se voit, se sent, se lève, se couche, s’assied, et se juge à l’aune de ce tribunal nourri de violence, de vengeance et évitant toujours de rendre à ce cœur, devenu une salle des pas perdus, une honnête justice. Elle ne fait jamais appel et il n’y a pas de délibéré : elle pèse de tout son poids sur le sort de cette jeune enfant qu’elle fut, et rend une justice expéditive. Il n’y a pas de quartier, les femmes qu’elle ne sera pas, et les enfants qu’elle n’aura pas, ne passent pas avant elle qui ne se nomme plus autrement que « coupable ».
L’aube qui vient est toujours trop jeune pour cette condamnée qui n’attend que le crépuscule suivant pour reprendre son deuil.
Elle ne songe pas à prendre le maquis pour se protéger de sa main meurtrière, ni ne fuit ce sombre centaure jamais très éloigné d’elle à en juger le regard qu’elle jette à ses côtés, tout le temps que je suis avec elle, et me juge moi aussi si je me laisse aller à lui redire mon amour pour elle.
Il ne s’agit alors plus que d’un assaut constant contre elle-même et elle guerroie en terre sainte, foulant aux pieds ses propres troupes, abattant ses remparts et laissant l’écheveau de la dévastation se dévider jusqu’à séparer son propre corps de son esprit.
Elle reste ainsi, les cheveux dans les yeux. Sa figure n’est plus humaine : elle porte désormais la douleur inexprimée de celles qui l’engendrèrent.
Il semble qu’elle ait dû offenser l’Univers Amoureux pour se mettre ainsi au ban de l’humanité. Sa seule vue me glace car ce qui est à l’intérieur et que l’on protège habituellement, ces organes que sont le cœur et ces pneumatiques d’afflux sanguin… tout cela qui nous maintient en vie et que l’on ne regarde pas, faute d’y perdre la vue si l’on apercevait cet immense rouage qu’est notre biologie, est chez elle, écorché à vif, et ses mains ne sont plus que des hématomes de tristesse, où le sang a caillé, et les doigts tordus de douleur, ont pris la forme même de ces prie dieu qui ne demandent qu’à expirer.
La beauté est chez elle cette fatalité qui nous fait détourner la tête parce qu’elle l’a laissée en guise d’adieu à celui qu’elle laissa, et ses airs angéliques qu’elle avait autrefois, ses sourires attirants et fiévreux, s’en sont allés avec celui qu’elle a quitté.
Elle n’est pas l’ombre d’elle-même, elle n’est pas un fantôme implorant l’amour. Elle est le cri, la déchirure originelle de la séparation d’avec l’être avec qui naquit l’amour, elle est les ruines après la guerre, et les morts qu’elle a entrainés dans sa chute l’accompagnent même au sommeil.
Elle n’enlace plus personne et comme privée de cœur, elle s’est enserrée dans l’étau de ses chagrins qu’il nous est impossible, à nous qui la connaissions hier, de rompre.
Ses vis d’un alliage incertain qui soutiennent cette tour de cristal désormais faite d’écrous n’est plus l’objet d’une lutte pour la souveraineté car elle y a décrété sa propre capitulation.
Faute de croire en sa présomption d’innocence, celle que j’aimais et que j’aime encore, s’est ainsi faite prisonnière et se meurt, sourde, aveugle, et dévêtue en un monde car elle a choisi d’y élire, contre ces forces vitales issues de notre union, contractée en des temps si reculés que j’ai oublié à quel âge d’or nous nous tenions serrées l’une contre l’autre, la folie de l’attachement aux enfers. »
asfkt
19:39 Publié dans Manuel de l'amour de soi | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note



