09.03.2009
"Plant d'un arbre"
« La méthode est simple : au début on met en terre un semis. On le recouvre de terreau. On lui montre qu’on a décidé de le chérir, de le nourrir, et de l’arroser régulièrement. Viennent de mauvaises herbes, un jour que l’on pensait pluvieux quand on y repense, mais on ne s’attendait pas à ce que celles-ci s’infiltrent parmi le jeune semis. On se penche sur la petite invasion. Et on arrache doucement les herbes qui se sont plantées là. Au départ, elles vivaient autour sans empêcher le semis de lever, mais elles ont transformé en assaut ce qui au départ n’était qu’un commensalisme de bon aloi. Deux organismes vivant l’un avec l’autre, ni au dépens de l’un ni de l’autre, mais en bonne intelligence: il s’agissait bien d’une association de deux organismes d’espèces différentes, mais profitable pour l’un d’eux, et sans bénéfice ni danger pour l’autre.
Le paysagiste arrache d’un coup sec les petites herbes qui commençaient à piétiner et à se nourrir du suc des jeunes pousses. Deux ou trois jours se passent. Et les mauvaises herbes ne sont pas seulement réapparues, mais elles sont venues en nombre, plus fortes, plus épaisses, et se propagent dans le pot nourrissant à toute vitesse. Le paysagiste se dit qu’il aurait dû utiliser un désherbant la fois dernière. Mais il n’en a pas. Les boutiques sont vides. Le commensalisme est répandu, et personne n’a de soucis de ce genre, le semis se sacrifiant toujours et n’étant donc jamais attaqué par son hôte envahissant.
Le jardinier décide donc, chemin faisant jusque la cabane où il range ses outils, de prendre la bonne décision : le semis s’est révolté. Il n’est pas inscrit dans ses composantes de se rebeller ainsi, et c’est parce qu’il a refusé de jouer ce jeu, que les mauvaises herbes se sont mises en guerre.
Il revient donc, armé d’une petite pioche, considère le pot où le semis encore vert et jeune, essaie de pousser tant bien que mal. Une larme coule le long de sa joue de paysagiste. Il n’a pas l’habitude. Il n’est pas un bourreau. Il n’est pas un tyran. Il n’est pas un sélectionneur d’espèces. Alors, à grands coupe de pioche, il ravage la terre, lacère le terreau et ôte la vie au semis. »
ASFKT
21:41 Publié dans Mort | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://diamondogs.blogspirit.com/trackback/1722766
Commentaires
putain!!!
j'ai senti le coup de pioche en lisant ton texte!!!
non seulement je suis impressionne par ton ecriture, mais au fil de tes textes, j'ai le sentiments d'assister a une naissance. dans la douleur, pas une de ces naissances modernes indolores. mais une naissance.
Ecrit par : yoshitsune | 10.03.2009
Coucou yoshi
Ce que tu écris ci dessus, me fait très plaisir: moi qui trouvais ma petite fable pas très bien écrite et plate... je me juge sévrèrement.
Oui je nais dans la douleur, comme si je sortais de moi même, et que mes inhibitions ainsi que mes croyances erronées, ne voulaient pas de cette naissance. Je lutte, je souffre, yoshi.
C'est dur. je pense à toi.
anne sophie
Ecrit par : anne sophie | 10.03.2009
Ecrire un commentaire