09.03.2009

"Après l'amour"

 

         « La scène se passe dans l’anti chambre des ruines d’une maison qui fût autrefois une très belle demeure. C’est là que la femme se réfugie, refusant d’entrer dans la pièce de couchage, préférant rester à la porte, ramassée sur elle-même, la tête dans les genoux. Ses cheveux dans les yeux rappellent qui elle est. Un homme arrive, habillé en costume de ville, sortant d’une fête, le col défait et l’air intrigué par cette femme. L’alliance qu’il porte à la main gauche porte les mêmes initiales que celle que porte la femme à terre pour unique bijou. Ils sont frère et sœur. L’homme s’assied près de cette femme et il attire la main de celle-ci sur son cœur. Un dialogue s’engage.

 

H : -Votre bienveillance, nourrie de douceur, d’attachement aux principes de l’amour partagé, et votre inquiétude permanente, en quête du bonheur de l’autre, anime votre visage. Tantôt vous étiez vivante, Anne, et vos pommettes ressemblaient à de petits monticules ensoleillés par la chaleur des étés ; ainsi quand vous étiez enfant, et que vous passiez les après midi à courir, à embrasser la nature que vous offriez à vos mains, et participiez à des jeux de cache-cache avec vos meilleurs amis. Les cheveux relevés en queue de cheval vous donnaient un air scandinave échappé des chaleurs de l’Espagne. Vous souvenez vous ?

 

Vos pommettes saillantes attirent les baisers aujourd’hui, et vous les offriez encore hier à qui vous aimiez. Vous enquériez-vous d’avoir la certitude réconfortante que celui qui embrassait vos tempes vous aimait d’un même amour ?

 

Aujourd’hui, vous n’avez plus ces jolies rougeurs, et êtes pâle comme si le sang s’était retiré de vos lèvres. Dans votre âme, il n’y a plus ces questions d’autrefois qui affluaient à votre bouche, et se succédaient jusqu’à ce que les points les suspendent… Je lis dans cette âme ci Anne. Et je vois votre état. Et je sens votre douleur. Vous partez et vous avez raison parce que votre cœur vous murmure les paroles sensées que vous abaissez d’une tonalité pour ne pas les entendre. Il ne s’agit que de chuchotements, et la vérité n’éclate pas souvent au grand jour, mais nait et grandit parfois jusqu’à ce que la falsification des sentiments soit devenue une réalité, insupportable, prégnante, indéniablement présente.

 

On entend, si l’on s’approche de vous, comme je le fais désormais, des sons, des mots et des phrases qui vous accablent de ce qui vous paraîtra comme un bienfait dans quelques temps qui peut être ne seront pas si longs. On écoute, Anne, ce que celui que vous aimez a négligé de saisir lorsque vous souffriez. Ses paroles et les vôtres se mêlent et vos défenses se sont écroulées. Comme si ses injonctions avaient eu plus d’effet, de poids, et de valeur que votre propre bien être.

 

Votre sang vous intime le bonheur, et éclate au visage de n’importe quel sire vous prendrait pour un passe temps, même favori. Votre fierté, altière, et votre combativité se liguent contre un prélat qui fait passer avant toutes choses, vous comprise, ramenée au rang d’objet d’amour inconditionnel, ses activités, ses chasses gardées, ses dépendances, dont vous faites partie. Et votre amour, descendant d’une longue lignée de femmes qui ne confondent pas complaisance et devoir, tente de vous protéger, par un départ qu’il vous faut préparer.

 

Votre main dans la mienne tremble de douleur, et votre gorge si avenante, est aujourd’hui percluse parce que vous n’osez pas vous dire, et déglutir est devenu une épopée, une guerre pour rester en vie. Vous gardez la chambre, et restez seule, et n’avez pu dispenser votre savoir aujourd’hui. Mais vous restez là, à ne savoir que faire, et attendez d’être enfin prise au sérieux, pensez vous, en oubliant que l’amour n’est pas la souffrance.

Je sens votre main qui se serre, se révolte et recherche la plume pour écrire, à vous à qui l’on a dit que vous vous noyiez dans les livres et que vous les rabâchiez. Vous voudriez que j’excuse ses mots contre vous, mais si je dois vous révéler l’exacte appellation de ce genre d’individus, je dirais qu’il s’agit d’un mécréant, qui vous connaît si mal qu’il en vient à nier ce qui vous tient le plus à cœur. Où est l’amour la dedans ? Où est ce respect pour la femme de Lettres que vous êtes ? Etes vous celle qui accepte tout, parangon de tous les sacrifices, et lui idiome de tous les débilitants de ce monde ? Même un ignorant ne vous aurait pas dit ça et votre amour pourrait encore se justifier. Mais, à aucun moment, quelque homme qui vous aime ne vous aurait reproché la noyade dans l'instruction, le désir de comprendre, alors que lui coule dans une situation peu enviable, que vous ne lui reprochez même pas!

Accepter tout et faire de l’amour son Maître, c’est devenir son chien. Erigez un homme qui boîte en Dieu, et vous deviendrez sa béquille, et quand il vous aura usée, vous ne serez plus qu’un bâton et vous vous briserez sur la rocaille d’un amour sec, dur et froid. Cet amour est une injure faite à vos charmes, à votre capacité à donner et à régner sur votre propre cœur.

Dire qu’il ne vous mérite pas est un euphémisme. Vous avez tout donné, y compris vos jours de labeur. Vous partez et dites à celui qui disait vous aimer qu’il n’est plus temps pour lui, que ses instants sont passés et révolus, et qu’une fille de ferme, à la componction grossière, suffira à combler ses attentes. L’amour physique ne résout pas tout, mais est ici un leurre qu’il sait très bien agiter en votre présence. La sensualité que vous connaîtrez dans les bras d’un homme honnête et droit est ce que vous recherchez. Vous êtes ma sœur, mon autre, et je vous vois jour après jour, périr sous les promesses d’un homme qui ne les tiendra pas, mais qui comme l’on dit, en langue vulgaire, joue la montre.

A ces mots la femme, hoche la tête, se tourne vers l’homme… il l’embrasse sur la bouche longuement. Elle en semble soulagée et pose sa tête sur son épaule. Elle ânnone:

F : -Je sais que vous dites vrai. Que ne m’aime t il comme vous, que ne mérité-je pas l’amour dans toute sa passion et sa vertu? Je suis déjà loin. Pourtant, je ne sais plus ce qu’est le vrai, ni le faux, ni ce que peut être un honnête amour, ni même… ni même ce qu’il m’est permis d’espérer. Je n’ai plus d’espoir. Je voudrais qu’on m’en donne un peu, que l’on m’offre cette chance.

H : -Vous êtes l’espoir. Vous n’avez pas besoin d’en quémander, ni même d’en donner à qui ne le mérite sûrement pas. Aimez vous comme je vous aime.

A ces mots, ils se lèvent et partent. Anne se retourne. Regarde quelque chose qui n’est pas visible, jauge la situation, et murmure, quoique fermement,  un "adieu". Elle reprend la main de son frère et s’en va. »

 

ASFKT

 

 

 

        

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Commentaires

Je t'admire. Ce que tu écris a la qualité de ce que Racine écrivait! qui écris encore comme ça aujourd'hui?
J'aimerais te voir, te parler, ou au moins ... te voir.

Ca me semble injuste de souffrir comme ça. J'espère que tu vas aller mieux.
aurel

Ecrit par : Aurelien | 09.03.2009

slt aurel

écris moi et utilise l'adresse mail personnelle que je t'ai donnée.
ce blog sera bientôt privé, il faut que j'en restreigne l'accès, aussi je te passerai le mot de passe.
Pour ce qui est de se voir, on se fixe un jour de cette semaine dans le mail.
as

Ecrit par : anne sophie | 09.03.2009

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