06.03.2009
"Des canines enfantines"
Mais il est beau. Il ne présente pas ses petites canines acérées à la première venue. Et vous, vous le trouvez magnifique, quoiqu’il fasse, qu’il dise, ou agisse, même en dépit du bon sens.
On ne peut pas ne plus aimer quelqu’un si vraiment on aime cet autre que soi. Je me souviens que mon ami me reprochait en riant d’être un cœur d’artichaut, et de tomber amoureuse du premier sourire venu. Alors qu’à travers les mille sourires que je croisais, qui sous le feu des rampes à danser, qui sous le soleil des cinq derniers étés, qui sous la pluie réveillant l’ombre d’un espoir, je ne cherchais que la blancheur du sien, l’épaisseur de ses lèvres roses et sensuelles, et la tendresse de ses baisers dont je recherche encore la trace sur mes lèvres, sèches à présent, et closes par la colère.
Il ne se doutait pas que parmi toutes ces mâchoires d’hommes qui pouvaient m’attirer, pas une n’avait le tracé carré de la sienne, ni ne laissait supposer l’odeur ambrée de ces joues tendres vers le cou. Il ne pensait pas que seule, la ressemblance, même infime, jusqu’à un très lointain air de famille que mon imagination recréait, je ne cherchais que lui quand il n’était pas là. Et faute de trouver, je restais à l’attendre et tombais dans le désespoir.
Je demandais trop, et je voulais toute sa présence, à mes côtés parce qu’il fallait qu’il comprenne cet homme là : j’étais tombée ! Je m’étais fait mal et j’en étais ravie !
En effet, il ne s’agissait pas de genoux écorchés, encore moins de coups portés à la hanche, mais de l’Amour, qui m’avait obligée à m’arrêter près de lui. Et à ne plus vouloir que lui, pour maintenant, demain, et tous les autres jours.
Et dès qu’il s’en allait, j’étais comme une enfant morte. Pourquoi ne pouvais-je pas sortir avec lui ? Pourquoi est ce que moi je devais rester chez moi, tandis que lui avait sa vie tout de même ?
Moi je trouvais qu’on était bien ainsi, et de toute façon, quand je manifestais le fait que je me sentais seule, n’osant avouer « seule sans toi ! », mon ami partait quand même. Et moi je ne savais pas sortir seule, je ne trouvais pas que cela se fît de ne pas être avec son amour au dehors.
Je pensais qu’il devinait mes pensées, je pensais qu’il savait à quel point l’amour pour lui avait pris la première place dans ma vie. A chaque minute, à chaque seconde, je n’étais plus moi, j’étais lui. C’en était un scandale.
Mon ami me demandait de l’aimer moins alors. Et le plus souvent, je me reproche de l’avoir trop ceci, trop cela… n’est ce pas bête ? Autant dire que je ne sais pas aimer dans la mesure, autant me dire et c’est ce que je me dis que je ne sais pas aimer tout court.
La plupart du temps, quand je ne saisis plus le sens de la vie, et de ce soleil qui me coule sur les épaules tel un vivant parmi les morts, je m’adresse tous les reproches du monde, je suis celle qui n’a pas su écouter ce qu’il voulait me dire, ou ce qu’il aurait fallu que j’entende et je suis celle qui a trop exigé, trop demandé sans rien attendre en retour, je ne l’ai pas laissé me donner quoi que ce soit parce que je ne sais pas recevoir.
Je ne sais que donner, je ne suis qu’une handicapée de la réception. Il ne faut pas sonner à ma porte pour m’inviter à m’aimer parce que je ne saurais pas quoi dire.
Alors je reste là, seule avec mon amour, et mes cheveux pour cacher ma détresse qui tue mes espoirs. »
asfkt
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Commentaires
je ne sais pas ce que ca veut dire "trop aimer", mais en lisant ton texte, je comprends le sens du mot "humanite"
Ecrit par : yoshitsune | 10.03.2009
oui yoshi...
je ne sais pas non plus ce que veut dire "trop aimer"... et d'ailleurs en psychalanyse, ça n'a aucun sens que de dire "j'aime trop", on me le reproche.
Parfois on s'en persuade qu'on aime trop, on a honte, et on aimerait subir une ablation du trop, comme ça on nous aimerait parce que nous n'aimerions l'autre plus "trop".
ca ne veut rien dire aimer trop.
Ca veut juste dire que l'autre n'aime pas comme nous, alors il dit qu'on l'aime trop, ce qui est très blessant.
Merci pour le sens du mot humanité que tu soulignes et merci pour ta compréhension si sensible de ce texte.
Ecrit par : anne sophie | 10.03.2009
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