19.02.2009
"Il est des femmes qui ne hurlent pas"
Ce temps semble lointain, voir révolu. La révolte gronde toujours et oppose deux prédateurs en cage que je ne tiens à bonne distance que par une force que je ne me connaissais pas: la sérénité.
ps: il semble que les tirets se soient emmêlés... il se trouve qu'un texte une fois écrit, je manque toujours le parapher, non pas à la fin, d'un asfkt, mais d'un: "je ne relis pas!"...
22.06.2008
"Il est des femmes qui ne hurlent pas"
«Ana: -Je crois qu’elle ne dit rien, mais qu’elle est en train de nous écrire.
Nervosia : -Tu crois ? (Faisant un mouvement de côté, comme pour s’assurer que personne n’est en train de les épier.)
Ana: -Oui, au moment même où je te parle et où nous sommes assises côte à côte. Inutile de regarder derrière nous, Nervi, elle n’est pas avec nous. Elle ne nous connaît pas personnellement.
Nervosia : -Bah comment elle peut nous écrire alors? Si elle ne nous connaît pas!?!
Ana (agitant presque hystériquement un pied très menu au bout d’une cheville toute gracile): -Stupide va! Quand je dis qu’elle est en train de nous écrire, je parle par métaphore ! Je veux dire par là qu’elle décrit nos effets, qu’elle parle de nous, enfin sur nous, si tu préfères !
Nervosia (Très vexée, au bord des larmes): -D’accord... Pourquoi tu me parles comme ça ? C’est comme ça que tu parles aux gens de ta famille ? … (d’une voix tremblante). On est sœurs je te rappelle. Tu n’as pas à me parler sur ce ton. Nous dînons chez les mêmes gens, nous partageons le même lit défait, on rit ensemble, on fait des dégâts ensemble, et je suis née avant toi! …(Elle éclate en sanglots)
Ana (très froide, un sourire ironique sur ses lèvres pâles) : -Non mais tu t’es vue ? avec tes vêtements qui font hiver, printemps, été, parce que tu ne peux pas changer de fringues tant tu es bouffie par la souffrance ? (A ces mots, Nervosia redouble de larmes et se jette à ses pieds)…
Nervosia: - Ne dis pas ça, Ana ! Ne me fais pas de mal comme ça ! A chaque fois, depuis que nous avons été découvertes, depuis cent ans que nous sommes ensemble, tu me fais du mal en me rejetant, en m’attaquant sur mon physique. Dis que je suis grosse, oui! mais tu oublies une chose: je suis grosse des crises qu’elles font pour se sauver de toi, de ton emprise, Ana, quand tu les affames ! Sans moi, tu n’existerais plus. A force de les faire toutes crever d’inanition, tu serais seule et tu ne pourrais plus… (elle renifle en se mouchant dans ses jupes. De la morve coule sur la jambe squelettique d’Ana). (Puis d’un ton apeuré)… tu ne serais même plus à la mode tiens!
Ana regarde au loin, cesse de s’agiter. Elle se lève brutalement, laissant Nervosia choir lourdement sur le sol. Elle fait mine de s’en aller.
Nervosia (prise de panique, se met à hurler) : -Ana !! où vas-tu ? reste avec moi ! je t’en prie ! ne t’en vas pas. Ana! Je regrette ce que j’ai dit. Je ne le pensais pas. Je… je t’aime ! (Elle sanglote affreusement et arrive à prononcer ses dernières paroles. Puis, suffoquante): Je.. ne peux… pas vivre sans toi… Ana…
Ana revient lentement sur ses pas. Se penche sur le dos voûté de Nervosia. Repousse ses longs cheveux gras. Puis caresse, comme avec douceur, le cou adipeux de Nervosia. Celle-ci relève la tête, comme électrisée par un choc nerveux, et pose surAna un regard empli de reconnaissance, d’amour et de désarroi. Elles se regardent ainsi quelques minutes, Ana continuant à caresser la baleine dans le cou de Nervosia.
Ana (d’une voix douce) :- Alors ? finalement, c’est toi qui as besoin de moi?
Nervosia : -Oui ! oui c’est moi. (Ana se penche alors et se mouche violemment dans les longs cheveux graisseux de Nervosia, prise de pitié devant ce qu’elle considère comme une tare: une grosse femme hurlant et pleurant comme un gros bébé. Nervosia hurle de nouveau. Elle tente de se sauver, mais tombe, sous son propre poids, humiliée, par-dessus le banc où Ana et elle étaient assises au début).
Ana (triomphante): -Je suis la faim. Je hante les toutes jeunes filles, puis les femmes. Tu n’es que mon complément, tu n’es que la bouffe sur laquelle elles se vengent lorsque je suis trop dure avec elles. (Elle remet son collier de perles de verre en place et secoue lentement ses mèches dorées par le soleil). Tu me fais des simagrées, tu m’en fais bien tout un tohu bohu!! et tout cela parce que tu n’as pas la même renommée que moi sur les podiums. Je suis même dans les publicités qui te fustigent ma grande ! (Elle prend une voix aiguë et tourne sur elle-même en effectuant une danse extravagante, puis s’arrête brusquement, au garde à vous) : «Pour votre santé, évitez les aliments gras, sucrés et salés».
(Elle éclate d’un rire hystérique): -Mais même là, je suis ! Même les directeurs de chaînes, sous l’égide du Ministre de la Santé, me font reine! Me rappelle au bon souvenir des femmes après le film du dimanche soir ! (Elle s’arrête tout d’un coup, de danser et prononce lugubrement) : AH!AH !AH… quel gros benêt ce ministre non ? quelle tanche! Une vraie brêle ! Mais je l’aime bien quand même… oui…
Nervosia, se relève avec peine, et revient s’ asseoit sur le banc.
Ana:-Bien. Tu redeviens gentille maintenant. C’est bien, ça...
(Elle se rasseoit). -Reprenons : je te disais qu’elle est en train de nous écrire là. Elle essaie de me jeter dehors tu vois… Elle a le teint jaune. Ca va mal je crois…
Nervosia (timidement) : -Peut être je peux faire quelque chose pour elle non? La faire manger?... (puis prise d’une soudaine euphorie) : éventuellement, la pousser à aller acheter quatre paquets de gâteaux ! non ? ce serait une bonne idée ça ? (Ana ne répondant pas, Nervosia se gratte la tête et poursuit) : Ou du chocolat ! ah non, c’est mauvais pour le foie (réfléchissant à haute voix) : De la crème de marrons ? des chips ? des glaces ? je les lui fais prendre à la vanille, c’est un peu blanc, elle aura l’impression de ne pas t’avoir quittée totalement, tu sais, ce truc blanc symbole de la pureté, de la légèreté ? … Ou alors une tarte pour dix personnes à la pomme et à la crème fraîche ?
Ana (soupirant d’ennui et regardant toujours au loin, comme si depuis le début, elle cherchait à se rendre compte de l’état de santé de sa malade) :- Non… non, c’est inutile. Elle ne veut pas de toi. Là, elle ne te cèdera pas. Elle m’aime trop on dirait. Elle m’a invitée trop longtemps chez elle, je crois. (Puis Soulevant une fesse maigrichonne du banc et fermant à demi ses beaux yeux verts, noyés dans un regard de myope):- Ouais… mmh… Elle n’aurait pas dû m’inviter de nouveau à sa table je crois…
Nervosia (révoltée) : -Mais arrête ! tu t’es imposée à elle ! elle est victime de toi! Tu es… tu es… dégoûtante ! (Enfin visiblement révoltée, Nervosia se lève, et part à grande vitesse).
Ana (soliloquant) : -Je reste seule. Ce n’est pas grave. Comme d’habitude, Nervosia est trop gentille. Elle va aller appeler le médecin encore une fois, comme elle fait pour celles qui n’en peuvent plus de moi. Je vais la laisser faire de toute façon. Cette particulière là, la bas, mérite un répit, une seconde chance. Elle m’écrit bien. Me décrit bien. Elle me rend humble finalement. Et puis elle est tenace. Ca m’épuise. Mais au moins, elle a la décence, à l’inverse de cette niaise de Nervosia, de ne pas hurler quand la femme, en elle, souffre».
07:16 Publié dans ma maladie: anorexia | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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