22.12.2008
"Des cadences"
04/12/2008
"Parce qu'en silence
La vie s'avance
Quand on se trompe en y nageant
A contre-courant
Que l'on se ment
En y mêlant
Ses espoirs avec l'âge diminuant
Comme le soleil vient après l'aube
Au couchant
Et éveille les désirs dynosiaques des hommes
Dominant des montures changeantes
Au gré du temps
Dos arqués, croupes arrondies, "Naissances du Monde"
Ou bien toisons découpées par un Art Contemporain aseptisé
Au bon souvenir de Courbet
Ouvertures moins dodues que celles d'antan
Mais toujours où l'un et l'autre ne feront qu'un
Au rythme d'une cadence effrénée
En deux temps
Toujours distincts
Toujours uniformes
Toujours au diapason de ce que nous appelons
"Nos inconciliables différences"".
ASFKT
13:20 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
20.12.2008
"Les adieux Hollywood" (deuxième partie)
A Nath...
"-Adieu. Oui Adieu. Et surtout ne m'écris pas. Ne m'appelle pas. Je ne veux plus jamais de tes nouvelles. (ton colérique, voire plein de rage, voire furieux)."
Pas de réponse. Hollywood s'arrête. Les spots en plein visage aussi. Le maquillage du clown triste aussi. Les larmes sponsorisées par Kleenex aussi. On se détend. On la refait. Elle ne répond pas. Il y a un problème.
-Adieu! Oui. Ta résolution sera. (Sens de la phrase? on a dû se tromper dans le script, c'est pas grave. On continue.) Moi je sortirai de ta vie. Et merci à ta mère pour ce qu'elle a fait, à ta soeur pour ce qu'elle a dit, à ton grand père pour... (ton tragique et tendre, au bord des larmes)
-Mon grand père est mort, Jean Bart. (ton las)
-Ok. Pardon. Un grand merci malgré tout à toute ta famille qui est exceptionnelle. Et surtout, j'ai quelque chose à te dire que je ne t'avais jamais dit. Mais là je DOIS te le dire. (ton grandiloquent)
Pas de réponse. Elle a juste rappelé que son grand père était mort. Bon je continue alors.
-Je voulais te dire quelque chose que JAMAIS je ne t'ai dit (ton sobre et respectueux).
-Adieu? non, c'est pas ça? (ton las)
Elle répond. Ah. Une accroche.
-Non. Voilà. Euh. Merci. Merci pour tout ce que tu as fait et sans lequel je...(ton enjoué)
-Sans quoi. (ton las)
-Pardon. Sans quoi je....Sans quoi? tu es sûre? mais non. Ca ne va pas avec la structure grammaticale de la phrase là. (ton suspicieux)
-C'était pour voir si tu suivais. Tourne ta phrase autrement alors. (ton professionnel)
Elle baîlle, vite une idée. J'y vais allez go go go!!!!
-Si tu n'aurais pas fait tout ce que tu as fait, je ne serais pas là où j'en suis. (ton nerveux)
-Si tu n'avais, Jean Bart, si tu n'avais...(ton las)
-Oui. Pardon. Si tu n'avais pas fait tout ça, tout... je ne serais pas là où j'en suis je le sais très bien. Tu es magnifique, vraiment, tu es superbe, intelligente, j'ai merdé jusque là, mais je t'assure, je fais pas exprès. Je vis des choses très dures. Je peux pas t'expliquer là mais c'est très dur, j'ai beaucoup de soucis. (ton angoissé)
-On vit tous des choses très dures, on a tous des soucis (ton compatissant). On sonne. (ton neutre)
-Quoi on sonne? tu veux dire que notre souffrance résonne c'est ça? tu veux dire que notre souffrance fait écho à celle lointaine, du monde en pleine perdition c'est cela? mais tu sais, avant, j'avais aucune empathie rien, mais là, je découvre, oui. Je me rends compte à quel point tu as souffert, et cette métaphore, je crois pas me tromper quand je dis cela, "on sonne", j'ai bien compris, c'est un jeu de mots, quelque chose qui signifie notre connexion à tout jamais, le fait qu'on est reliés, le fait que finalement on n'arrive pas à communiquer alors on s'envoie des textos qui "sonnent" oui bien sûr! (ton dynamique)
-Non. (ton las)
-Non? (ton suspicieux)
-Non. C'est le facteur qui vient de sonner à ma porte pour les calendriers (ton prosaïque)
-Ah. Je suis con. (ton exaspérant)
-Oui. (ton exaspéré)
-Je suis con? tu le penses vraiment? (ton rageur)
Silence au bout du fil. Là elle réfléchit. C'est un aveu. Elle pense que je suis con. C'est ça. Il faut dire que ma blague sur l'hexaspray pour soigner les entorses de la gorge la fois dernière, c'était merdique. Ouais c'est sûr. Ce que je peux être niais quand même. Ce silence est exaspérant. Autrement dit, elle sâoule mais je vais pas dire cela.
-Allo?
-Ouais. Bon donc tu m'appelais pour me dire quelque chose que tu ne m'avais jamais dit. Et jusque là, tu ne m'as encore rien dit que je n'ai déjà entendu. En attendant, il serait bon que tu viennes chercher tes affaires, Jean. (ton agacé)
Et là commence un scénario bien connu, le scénario du "nous tournons en rond mais j'aurai le dernier mot, je ne te laisserai pas partir, tu ne me laisseras pas partir, on ne se laissera pas partir, je ne te laisserai pas m'oublier et toi non plus". Ca continue comme ça:
Lui: -"Adieu!" (Hollywood (rappel des faits ci dessus))
Elle:-"Les affaires!"
Lui: -"Moi je ne lâcherai pas l'affaire! je te le dis direct! Et continuerai de t'aimer quoiqu'il en soit (sur ma vie, sur ma famille, sur Blue, sur toi, sur moi, sur ton grand père qui est mort, sur tout oui sur tout!!!!)
Elle:- "Ah oui mais qu'est ce que tu fais pour moi, c'est ça m'aimer ?!"
Lui: -"J'te jure je t'aime plus que tout!"
Elle: -"Tu n'es meme pas capable de passer plus de temps avec moi, tu me laisserais partir si tu m'aimais"
Lui: -"Si c'est ce que tu veux je te laisse partir, mais sache que je t'aime",
etc.
Après ce dialogue qui rend fou, conversation en direct, les protagonistes se voient pour "mettre tout ça à plat". Ils ne respectent plus la typographie du dialoque et tout tourne comme dans un manège désanchanté, qui s'emballe à grande vitesse. Et ça donne: "il faut que nous nous voyons", "oui voyons nous", "mais nous nous voyons là", "ah oui c'est vrai". Puis vient l'évocation du passé: "mais tu vis avec le passé, t'arriveras jamais à rien", "mais t'es qu'un pauvre type de me dire ça après tout ce que tu m'as fait. Mais t'es minable. Mais c'est complètement dégoûtant ce que tu dis. Pauv' type va ah oui je l'ai déjà dit. Con de jean bah alors!". Puis, évocation des troubles, des mensonges, des fables, ce qui peut impliquer jet d'assiettes, "roulage" par terre (de l'opprimé à qui on reproche tout alors qu'il est innocent comme l'agneau qui vient de naître), pétage de câble, épuisement ... sapeurs pompiers, gendarmerie...
Et ils finirent, heureux et sans enfants, Dieu soit loué, en cellules, chacun de leur côté, à se disputer un miroir de poche offert l'année passée. Enfin, en cellules... il faut s'entendre, elle en cellule psychiatrique, camisolée de force, juste les doigts qui dépassent pour manger les miettes qui lui rappelleront agréablement ce que son compagnon d'autrefois lui donnait en guise d'amour, complètement usée par tous ces mythes qui lui avaient attaqué le cerveau, et lui, dans une cellule que l'on appelle la vie ordinaire, avec ses potes, son système D comme dédé, ses lissages berlinois, ses blagues à deux francs six sous, et sa fuite perpétuelle hors de la réalité."
Evidemment, tout ceci n'est que pure fiction, et n'arrive pas aux gens qui se respectent entre eux ou dans un couple où l'un n'a pas menti à l'autre dès le départ. Evidemment, j'ai envoyé ce dialogue et ce qui précède à Hollywood. Je pense être une bonne scénariste. Evidemment, là encore, comprendre quelqu'un qui fonctionne complètement différemment de la plupart des gens, normalement, avec douceur veux je dire, respect, courtoisie, élégance, et sans injonctions contradictoires, rend dingue. Mais, écrire est plus fort que tout cela. Car au commencement, était, pour la femme qui écrit ces lignes, avant d'aimer, au commencement, était l'écriture."
ps: Et ce n'est pas pour faire mon adepte de base des Saintes- Ecritures!"
ASFKT
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12 décembre - "Hollywood chez le psy"
NB: A l'origine, cette note a été publiée ici, puis ôtée, afin de ménager une susceptibilité. S'empêcher d'écrire, pour un écrivain, c'est comme s'ôter la vie. Couper ses textes, les écrire, les retirer, par peur de blesser, alors que soi même, on l'a été, plus que de mesure, plus que n'importe qui ne pourrait le supporter, ce n'est plus de la gentillesse, ca s'appelle de la connerie.
L'écrivain ne peut se permettre d'être totalement con, sauf quand l'amour le rend aveugle (comme Gilbert Montagnier) (;) Nath si tu relis ce texte).
"-Mais dites moi ce que je dois faire. Elle m’a laissé. Une fois de plus. Je suis prêt à tout pour elle, je ferais n’importe quoi, très sincèrement. Et d’ailleurs j’ai tout fait, là, enfin cette dernière semaine. Je lui ai dit d’ailleurs: je suis prêt !
-Mais vous étiez prêt aussi en août non ? Enfin c’est ce que vous m’avez dit que vous lui aviez écrit.
-Oui mais là, je ne lui ai pas écrit. Je lui ai dit !! c’est différent !
-Donc quelle est la valeur de votre « je suis prêt » en août par rapport à votre « je suis prêt » de décembre? qu’est ce que cela voulait dire pour vous à cette époque, et qu’est ce que cela veut dire pour vous maintenant?
-Je sais pas moi. Mais ce qui compte, c’est maintenant. Là j’étais VRAIMENT prêt !!
-Prêt à quoi ?
-Bah comme cette semaine, j’avais fait mon lissage berlinois, je ne pouvais donc pas aller à la GRS, parce que ça fait transpirer et donc cela risque de faire friser les cheveux. Donc vu que je n’allais pas à la GRS pour une fois à cause de ça, je pouvais aller la voir trois jours d’affilée!
-Ca vous convient ces trois jours d’affilée ?
-Oui, enfin moi oui, je trouve déjà que c’est un effort de ma part. C’est plus comme avant.
-Et est ce qu’elle ça lui convient ?
-Bah non. Mais elle n’est jamais satisfaite de ce qu’on lui donne de toute façon. Elle ne sait faire que des reproches. J’ai tout le temps l’impression, d’être le pire des pires avec elle.
-Elle ne sait faire que des reproches dites- vous. Elle n’exprime donc jamais des besoins ?
-Si si. Pour elle, il faudrait que je sois toujours avec elle.
-Ne veut-elle pas fonder un couple par hasard ?
-Si. Mais moi je peux pas. Pas pour l’instant. Et puis j’ai une vie moi.
-Quelle a été sa réaction quand vous lui avez dit que finalement vous ne pouviez pas venir suite à votre présence obligatoire à la fête de l’oie sauvage ?
-Elle a rompu. Comme à chaque fois.
-Elle rompt souvent ?
-Oui.
-Pourquoi à votre avis ? Et pourquoi ne la laissez vous pas partir ?
-Parce qu’elle ne croit pas en cette relation d’une. Pas comme moi j’y crois. De deux, parce que moi Jean Bart, je refuse qu’elle, Amelia, me quitte MOI. Et de trois, parce que je sais que je pourrai toujours la récupérer. Je veux qu’elle soit toujours là en fait.
-Et c’est exigible de quelqu’un d’autre que soi ce que vous demandez ?
-Non je sais. Enfin quand on aime, on est prêt à tout. Elle devrait croire en cette relation comme moi j’y crois.
-A-t-elle fait quelque chose de moche de cette relation ?
-Non ! jamais !! c’est quelqu’un de très généreux, de magnifique, de fort, c’est … enfin c’est la femme de ma vie à 90% quoi ! c’est ma moitié !
-Il n’existe pas de pourcentages en termes d’amour. Mais si je résume vos propos, arrêtez moi si je me trompe, vous dites que vous êtes désespéré, enfin malheureux, parce que vous pouviez la voir en raison de votre passage chez le coiffeur qui vous empêchait de faire du sport compte tenu de votre « impermanente » ? Par conséquent, compte tenu de ces paramètres qui vous empêchaient de vivre votre quotidien, vous pouviez la voir de façon exceptionnelle ? est ce cela ?
-Oui. Enfin non…
-Mais comment vivez vous votre amour monsieur ? enfin, je veux dire, comment est il possible de vivre un amour au quotidien en imposant à votre amie de la voir de manière exceptionnelle, après que vous ayiez satisfait vos envies à vous?
-Ecoutez c’est déjà dur pour moi. C’est pas facile. C’est tout ce que je peux faire pour elle. Je suis malade moi aussi. Je suis si désespéré que ces derniers temps, j’ignorais ses messages de mécontentement, tant ils me faisaient mal. Je peux plus, vous comprenez ? dit il dans un sanglot étouffé. Et je peux vous dire qu’une fois je suis allé la voir et là c’était de vraies larmes. Elle l’a bien vu. Je ne peux pas vivre sans elle, c’est impossible.
-Pourquoi ? vous considérez que vous vivez avec elle vraiment ?
-Non ! je vis chez moi, chez mes parents. Et j’allais chez elle, de temps en temps, enfin quand je peux. Je peux pas être tout le temps la bas non plus. J’ai une vie.
-Oui, vous avez une vie.
-Oui c’est ce que je dis ! on dirait une enfant parfois, mon ex amie, incapable de se débrouiller sans moi.
-Ah oui ? et comment a-t-elle fait avant vous ? à votre avis.
-…
-Bon. Reprenons. Vous n’êtes pas si désespéré que cela, puisque vous vous avez une vie de votre propre aveu.
-Mais elle me repousse tout le temps !
-Qui ? votre vie ?
-Non, elle !
-Mais si vous lui dites que vous avez une vie vous, sous entendant qu’elle, elle n’en n’a pas, si vous la traitez d’enfant, si vous lui faites des réflexions comme vous m’avez dit que vous lui en aviez souvent fait, du style (« fais pas ça ! ça t’appartient pas » alors qu’elle ne s’appuyait que contre la paroi d’une voiture… ou si vous lui demandez si elle a bien demandé pardon au monsieur qui l’empêche de passer au cinéma…), comment peut elle « être » avec vous ? comment aimeriez vous qu’elle soit avec vous ? Comment pouvez vous être ensemble ? Vous m’avez dit l’avoir appelée encore dernièrement en lui demandant si vous n’aviez pas oublié « vos clefs chez elle, parce que la clé du casier de votre cousin était dans votre trousseau et que s’il l’avait pas, c’ était très important, grave »… enfin, pourquoi utiliser de tels prétextes ?
-Mais j’avais vraiment perdu ma clef !!! bon peut être pas celle de mon cousin… mais bon, c’était pour établir un contact.
-Comme quand vous lui avez dit « je t’aime », et que vous lui avez dit après que c’était pour établir un contact, est ce cela ?
-Mais c’est du passé !
-C’est du passé pour vous, mais pas pour elle, peut être.
-Mais c’est la faute à mon trouble aussi. Faut pas l’oublier aussi ! je suis victime la dedans. Et puis, parfois, je ne peux pas la voir, parce que j’ai des fêtes de famille moi ! je suis tenu d’y être.
-Ah oui. Donc, c’est soit la faute du sport, soit la faute de votre famille, soit la faute du trouble. Où est votre responsabilité la dedans ?
-Vous ne comprenez pas. Je n’ai pas dit ça. Bon, ce n’est pas grave. De toute façon, je n’ai pas le choix. Il n’y a aucun moyen de dialoguer avec elle.
-Mais peut être qu’après, de votre propre aveu, lui avoir beaucoup menti par le passé qui n’est pas si lointain finalement, elle ne veut plus discuter avec quelqu’un qui lui a tant menti. Vous devez respecter sa décision. Aimer c’est respecter le désir de l’autre, même si celui-ci décide de partir.
-Mais je sais. Mais je souffre quand même dit il d’un ton tragico hollywoodien. »
« Et si la jeune femme en question était là, elle lui dirait qu’elle, a eu la décence de ne pas l’appeler quand elle faisait une crise de boulimie ces derniers temps parce qu’il la traitait comme la cinquième roue de son convoi exceptionnel, qu’elle supportait sans mot dire toutes ces souffrances, qu’elle serrait les dents toutes les fois où il avait falsifié la vérité, et qu’elle ne l’appelait pas sous des prétextes déstabilisants, et que même, ses fameuses crises et les siennes qui abîmaient son corps, ne se valaient pas. Et qu’en rien, il ne l’avait satisfaite, car pour lui, agir consistait à faire des promesses, et non pas à faire quelque chose de tangible dans la relation. Et que s’il était triste, c’était avant tout pour lui-même, et que si sincère, il l’avait été, il aurait cessé de dire à tout bout de champ, « très sincèrement », d’une manière tellement appuyée qu’elle en était "très sincèrement" ridicule. Et que c’était la fin d’une histoire et qu’il ne pourrait rien y changer, à présent.
asfkt
20:11 Publié dans Ecrire | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
03.12.2008
"Ame sensible, s'abstenir"
"Parce que la journée débute par un air léger. Un air si léger que l'on ne sent plus le poids des espoirs, des illusions qui s'en sont enfuies avec l'arrivée massive des réalités quotidiennes. Un air si fluide que l'on n'en est plus à buter sur le simple fait de s'y rendre, la bas, mais on l'espère même un peu cet ailleurs où il est aussi possible d'échanger avec d'autres êtres humains, et l'on parvient même à se dire: alors cours... puis cinéma... puis yoga... puis Blue... puis nuit. Sans cauchemars, sans hallucinations de ventre plein, sans angoisse, sans peur, sans retour du même, sans retour du traumatisme.
Mais dans la journée, personne ne voit à quel point on lutte. Soi. Pour soi. Et pourquoi ce sourire? c'est normal, de sourire, surtout quand l'on est jolie! s'entend on dire.
Et c'est là que tout commence et que l'on récrit les pages que l'on ne voulait plus jamais relire.
Certains, dans leur égoisme profond de mesquinerie solitaire, ne pensent qu'à eux. Comment est ce possible de se laisser autant formater par une bête machine, mais de pinailler pour deux francs six sous, pour de petits riens alors qu'on se tait fermement devant l'énormité de la machine absurde qui broie les autres et soi meme devant soi? Mais cela passe, parce que cela prend la forme de l'habitude, et après tout, cela touche peu, puisque l'on sait ce que l'on en pense et que l'on est sûr de ce formatage ridicule à pleurer. Tant qu'on n'est pas "emmerdé soi même". N'est ce pas?
Puis vient un appel. Puis vient quelqu'un. Puis il dit que puisque demain il n'y aura pas de dîner avec une amie, peu importe le sexe d'ailleurs, alors, il pourra venir. Et nous qu'est ce qu'on en dit de ça? sur le coup, tellement polie et spontanée, on dit: "oui... oui! D'accord!" Et on pense déjà à la jolie robe qu'on pourra mettre!"
Mais après, l'on se dit: est ce que cela va continuer longtemps? est ce que je vais me laisser traiter en seconde main comme ça, comme si j'etais une belle chose, qui excuse tout le temps? et vient la crise. Et la colère. Retournée contre soi. Car de mal contre les autres, on n'en fera jamais. Et mieux vaut pour les autres, car vu la puissance de la crise de boulimie, je crois qu'ils mourraient de douleur de subir cette chose de plein fouet.
Et les blesser m'est impossible.
Alors? qu'est ce donc qu'une crise? hein? comment cela se passe? cela se passe comme l'hypertension, une montée en puissance de tous les spasmes passés, omis, oblitérés, cela se passe comme si l'on ne pouvait plus tenir en place, et acheter tous les aliments possibles et imaginables, et tout se passe comme si pendant qu'on ingurgite comme une oie qu'on force contre son gré à engloutir, tout se passe comme si... on était seule dans un espace vide de toute anxiété, de toute déception, comme si Cuba n'existait plus depuis l'an 2000, avait été rayé de la carte. Première étape du flash qui passe.
Et deuxième étape moindre, comme si l'on n'avait pu dire non aux coups, petite enfant, même s'ils n'ont eu lieu qu'une fois, comme si l'on n'avait été en mesure de se défendre. Comme si on repartait depuis le début, comme si on faisait le chemin à l'envers tandis que le pain et tout ce qui est mou épais gluant et empêche de parler, pouvait se défaire dans l'instant, comme si l'oralité laissait place à la pensée. Comme si l'on pouvait tout recommencer, comme si l'on pouvait dire simplement:
Non quand il le faut. Non quand on profite de ma gentillesse. Non quand on me prend pour un agréable bouche trou.
Non quand on m'aime mal.
Et puis tout se mélange, et puis tout passe dans l'instant qui suit le remplissage, et tout revient comme une claque magnifique sur la joue rouge de honte, de colère, et de désespoir de n'avoir pas été comprise, de n'avoir pas été aimée pour ce que l'on était, et tout se mêle. Et l'on veut être seule pour la vie.
Et l'on veut mourir.
Pour ne plus avoir à vivre cela.
Alors? qui a dit et qui prétend encore que l'on a tout pour être heureuse à partir du moment où l'on est belle, intelligente, et gentille? qui oserait encore me le dire à moi?
Et qui pourrait dire que je ne pense qu'à moi, que je prétends toujours avoir raison, alors que pour mieux écouter les autres, parce que mon histoire fait que je ne supporte pas de savoir les gens malheureux, qui? qui oserait me dire bien en face que je suis une égoïste?
Moi. Je déclare ne pas pouvoir vivre dans ce monde.
Et peut être que je ne suis pas aimée à cause de ma bizarrerie. Et peut être que l'on me prend pour quelqu'un qui passe du rire aux larmes, car de larmes, je frissonne toute la nuit durant, mais que je souris tout le jour pour ne pas les montrer. Mais qui pourrait le deviner? Mais peut être aussi que je suis une auteure, et qu'en tant que tel, je n'ai pas que deux sentiments à mon registre, et que dans le même temps où je ris, je peux aussi éprouver d'autres sentiments.
Et peut être qu'en tant que littératrice, je dois rester, parce qu'il me reste ceci qui n'appartient qu'à moi: les mots"
asfkt
18:47 Publié dans ma maladie: anorexia | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
"Des cercueils pour moins que ça"
-Et on était au cinéma. Le C-GÉRÉ ouais t’as vu. Ouais. Voilà. Exactement. A côté des Délices du Printemps du Tibet à Volonté.
-Mais le Tibet, même au printemps, n’a pas ce genre de restaurant et ce sont les Chinois qui font des Tibétains leurs délices, dirais-je, juste pour faire taire ma conscience bouddhiste. Et la satisfaire en même temps.
-Ecoute Martina, peu importe. Il s’agit d’un restaurant c’est tout. Ne dramatise pas s’il te plaît. Là n’est pas le problème.
Mon ami a ceci de remarquable qu’il peut tout à fait, et selon les gens qu’il fréquente, adopter un langage châtié ou presque, ou un langage uniquement compréhensible des habitants dits de cité, autochtones bien sympathiques si on sait les prendre, et qu’on fait pas sa prétentieuse, autrement dit, qu’on ne «se la pète pas », peu importe l’objet du pet, d’ailleurs. Là encore une fois, n’est pas la question. Mon ami d’ailleurs ne me dit jamais cela par le passé, sans quoi la gifle partait et de toute façon, il n’utilise jamais le terme «péter » en ce sens. Le pet, il l’agit. Malheureusement.
-Bon d’accord. C’était juste une remarque. Où as-tu mis ton t shirt « free tibet » d’ailleurs ?
-Mon ange, s’il te plaît, veux tu bien te taire ? je n’ai pas fini. Il est dans ma valise du mois d’août. Celle d’Espagne. Oui je sais, je n’ai pas encore rangé. Oui je sais, c’est une honte. Mais peu nous chaut n’est ce pas ? laisse moi raconter. S’il te plaît.
Et il me prend la main, très doucement. Et c’est ainsi d’ailleurs qu’il me séduisit il y a fort longtemps : en me prenant la main et juste en la caressant. Le caractère impitoyablement sentimental de notre relation naquit irrémédiablement à ce moment précis.
-Et j’étais avec Jean-Baptisto. On était bien. Tranquilles tu vois. Et je le vois… tout à coup… comme ça… tu sais ce vieux type.
-Non. Attends ! tu veux parler du type qui a dit que TU étais un vieux type. Différence !
-Justement ! seul un vieux type peut dire ce genre de choses!
-Mais rappelle moi son âge, s’il te plaît?
-21 ans.
-Ah oui ! On peut dire que c’est un vieux type. A cet âge là. Oui. Evidemment.
-Non mais on s’en fout. C’est un vieux mec et c’est tout. Et je le vois donc.
-Oui. Tu le vois. Jusque là, tout va bien, à part le fait qu’il avait dit, enfin il s’était autorisé à dire dans un milieu non autorisé car te portant dans son cœur que tu étais un vieux type.
-Exactement! Mais il m’aurait pas regardé, j’aurais rien dit, tu me connais assez bien Martina quand même. Je le vois donc…en train de m’observer ! ouais !!! de me jeter des regards en biais, comme ça làààà....et je sais qu’il parlait sur moi, et qu’il le faisait pas seul en plus ! non ! il parlait de moi en biais, et à ses potes!
-Et?
-Et il aurait jamais dû. J’te l’dis direct : il aurait jaaaaaaaaamais dû.
Mon ami, quand il est énervé, les syllabes et les accents en prennent un sacré coup.
-Tu lui as fait du mal ? Dis moi que tu lui as pas fait de mal. Je ne veux pas entendre ça.
-J’te dis juste ça alors: IL AURAIT JAMAIS DU.
Je garde mon calme et reprend:
-Ok. Il aurait jamais dû. Je crois que j’ai compris. En gros et pour faire court: il aurait mieux fait de se crever les yeux plutôt que de te regarder. En diagonale en plus. Un pauvre type quoi. Parce qu’il regarde les gens en biais.
Mon ami rejette sa chevelure noire et ondulée en arrière. Et sourit.
- Exactement. Je suis allé le voir et je lui ai dit :
« Je crois que l’histoire du Coca est mal passée (le susdit au regard torve lui avait préparé un coca éventé ou frelaté, au choix, en tout cas, c’était une fin de coca et mon ami avait exigé d’en avoir de suite un autre. Un neuf. Maintenant. Tout de go. Et l’autre avait un peu traîné la jambe pour le lui faire et le bras pas assez long pour en attraper un autre. En d’autres termes, ça l’avait pas fait. En outre, le susdit que l’on dira sournois car « il parle dans le dos », avait eu le malheur de parler, le même jour, avec moi. Et ça c’était un crime de lèse majesté. En d’autres termes, le coca au goût d’eau à peine sucrée ajouté au dialogue avec moi, c’en était trop).
En soupirant, je demande, logiquement alors la suite de l’histoire :
-Que lui as-tu dit, s’il te plaît.
-Je lui ai dit : "alors écoute mec… je sais bien que tu parles dans mon dos. Et là tu fais tes malins, mais je sais aussi que tu te fais « victimer » par toute l’équipe du C-GERE. Ouais, je sais que t’es une petite victime. »
Le terme victimer et ses dérivés devraient bientôt apparaître dans le dictionnaire. Je le précise.
-Et qu’a-t-il dit, repris je, la tête plongée dans les mains, me disant que mon ami est plus vindicatif qu’un cerbère qui veut protéger ses terres quand il s’y met.
-Bah il serrait ses petits poings là comme ça (il fait un geste assez drôle mimant le « vieux mec en question », que j’entraperçois entre mes cheveux emmêlés), enfin il se frottait les doigts. Il était tout rouge, et il était très énervé.
Là j’ai le choix. Soit je crie. Soit je dis à mon ami : « tu es cinglé et tu vas arrêter ça tout de suite, les jeux du cirque, veni vidi vici, c’est fini. Ou alors tu arrêtes sans quoi je vais te faire un petit laïus à te faire tourner trois fois dans tes chaussettes bariolées fort jolies cela dit, mais trois fois quand même. Soit je m’en vais et je te laisse raconter ton histoire aux murs. Soit j’écoute la suite parce que c’est tout de même pittoresque ce truc, surtout la manière dont tu racontes, et aussi j’aimerais beaucoup savoir ce que le sournois rouge est devenu. Si tant est qu’il soit devenu quelque chose.
Lasse, je dis alors :
-Et donc?
-Alors il m’a dit : « j'dis c'que j'veux ».
Là, je lui ai dit: "écoute tu dis pas ce que tu veux, tu crois que tu parles à qui là ? D’où tu prononces le nom de mon ex amie ? ou de mon amie ? je suis sérieux là".
Et je ne doute pas qu’il le fût, sérieux, mon ami, parce qu’il est plutôt du genre à ne pas du tout apprécier de ne pas se défendre même quand il n’y a aucun danger.
L’autre n’a rien dit. Ses potes commençaient à avoir le regard fixe, un peu comme celui des gens qui prennent peur, un peu tétanisés par la douleur à venir. Ils ont dû se dire : il est seul avec Jean Baptisto, et à eux deux, ils font 167 kilos, même pas bien répartis, car Jean Baptisto l’emporte de loin sur le pèse personne. Et si l’on prend Jean Baptisto, à lui tout seul, en un instant, on est balayés, bons pour le terrain vague, la Butte Verte, où des chiens goguenards viendront manger nos restes, s’il y en a. Même pas de recyclage en vue. Non. Le Jean Baptisto a beau essayé de le calmer : si on attaque son ami déjà bien énervé, il nous tombe dessus et là, c’est mort. On dirait même qu’on était morts en racontant l’histoire. Si on peut la raconter. Si on s’en sort vivants quoi!
-Je roule en Jaguar. Eh ouais. Et alors. Toi t’es toujours sur ta mobylette avec tes deux sacoches aussi vides que tes petits testicules rabougris, mec. Alors maintenant, t’arrête sinon…
-J’espère que tu n’as pas parlé de ses ancêtres ? n’est ce pas ?
-Ah non ! tu me connais. Je fais pas dans l’irrespect moi. C’est clair, net et précis. Il ne s’agit pas du tout d’impliquer l’appartenance ethnique, moi-même étant de ceux qui ont inventé l’astrolabe et l’arithmétique, et de même, jamais il ne saurait être question de porter atteinte à celle qui porta ce vieux mec maintenant, mais fut un vieux bébé jadis, dans son ventre accueillant. Non non.
Je pousse un soupir de soulagement. Trop tôt, le soupir.
- Non...je lui ai juste dit que j’allais lui niquer sa mère et sa race s’il continuait ainsi. Tout simplement. Et Jean Baptisto a ajouté : "tu sais pas à qui tu parles mec ! ouais…Y EN A QUI SONT PARTIS DANS DES CERCUEILS POUR MOINS QUE CA!"
-De quoi ? dis je.
Et là, je suis obligée de rire.
-Oui. Je ne sais pas pourquoi il a dit cela. Mais il l’a dit.
-Et alors ? vous ne vous êtes pas battus tout de même ? il est vivant ce pauvre garçon ?
-Ah oui. Bien sûr.
-Ah bon.
-Oui oui.
-Vous vous êtes réconciliés ? dis je d’une voix que je reconnais à peine, tout en sachant l’inanité d’une telle question.
-Oui. Une fois décédé, je lui ai serré la main.
…
Effectivement. Mais je vous dis Monsieur le Juge, c’est le côté impulsif de mon ami. Il n’aime pas le coca pas frais. Mais c’est pas sa faute. C’est juste que ce jour là, il avait soif, il avait mal à la tête, l’autre, comme d’un fait d’exprès, ne lui a pas servi le bon truc au bon moment et en plus, il s’est permis de parler de lui, mais dans son dos.
Malgré ses arguments très forts pour défendre mon client, j’ai une crainte: que cela ne fléchisse pas bien au contraire, le jury. »
asfkt
ps: parce que tout n'est pas sombre dans la vie, parce que parfois, je ris, parce que parfois, même lorsque l'on a du mal à s'entendre, à se comprendre, parfois, il existe des histoires que l'on peut raconter, rendre drôles, et même bon enfant.
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