28.11.2008

"Langue déliée"

"-Que vous m'aimiez ne change rien. Je crois que vous n'aimez que vous même.

-Et vous, ma chère? vous estimez les autres tellement au dessus de leurs moyens, que vous vous en oubliez vous même, et que penser aux autres revient à ne plus penser à vous, du tout. Et cela depuis que vous êtes disons le... presque tout bébé...d'ailleurs, vous étiez, à ce que j'en sais une adorable petite créature.

-Qu'en savez vous? et que savez vous de l'amour que je porte à autrui?

-Votre attitude face à l'orgie que j'ai déroulée comme un tapis rouge sous vos yeux le prouve. Vous ne pensiez qu'à moi, et plus du tout à vous nourrir. On aurait pu vous vous ôter la nourriture de la bouche que vous auriez dit Amen mon Père, et punissez moi encore d'être en extase devant le Dieu Vorace qui châtie les impies et protège les impurs. Non?

-J'étais juste surprise. C'est tout.

Elle s'assit, en proie à une grande fatigue toujours concomittante chez elle à une grande détresse qui l'abattait quand elle sentait une crise venir. Plus particulèrement de gloutonnerie. Le voir manger dans la plus pure innocence de telles quantités de nourriture et n'en ressentir encore en plus aucun remords lui faisait lui dire: "Et moi? si j'essayais!" C'était aussi le sentiment de ne pouvoir se défendre et d'être soumise à quelqu'un qui n'avait de la maîtrise des arguments que l'apparence. Mais l'apparence la tuait, la mortifiait, le scandalisait qu'elle en oubliait parfois le fond, la profondeur, et tout ce qui faisait qu'il y avait mille raisons d'aimer un être. Le physique n'était pas grand chose, sauf dans la jouissance des moments de corps à corps. Le reste du temps, il ne pouvait rien à celui qui le portait si bien, et ne lui donnait pas plus de spiritualité qu'à une coquille d'oeuf vide.

Cependant, son hôte avait l'air, tout au moins de posséder une certaine répartie.

 

-Dites moi.

-Quoi? répondit elle agacée.

-Dites moi ce qui vous déplaît au quotidien et que vous ne vous autorisez pas à dire.

-C'est supposé me détendre que de dire du mal des gens?

-Vous ne direz pas "du mal" comme vous dites. Quelle jolie expression enfantine! cela vous sied à merveille...

Il sourit.

"Ce sera un peu de culpabilité imaginaire en moins que vous aurez volé à cette société si pesante non? laquelle vous interdit de dire et même de penser "du mal".

-...

-Allez. Faites. Dites. La première chose qui vous vient à l'esprit. Et qui vous déplaît.

D'un coup, elle se sentit submergée par la colère.

-Parfois. Les gens qui travaillent. Parfois. Parfois ils puent. Parfois, ils sentent la vieille dent pourrie, même pas une carie jeune, non... un abcès qui dure depuis longtemps et cela sent le pus, mélangé à l'ail du midi et c'est vraiment ... ça me donne envie de sauter sur les gens et leur mettre du dentifrice plein la bouche. Je suis obligée parfois en disant bonjour, de contracter mes narines, et de souffler par celles ci. Et je n'ai pas envie de dire bonjour, de prêter mes joues frâiches qui sentent la rosée parfumée du matin à ses bouches d'égoût. Oui. D'égoût qui inspirent le mien, de dégoût. Mais je le fais quand même parce que je me dis que peut être ils s'en fichent, ils ne savent pas, ou plutôt ils ne savent plus. Alors je me tais mais cela me fait horreur. C'est sans parler de autres qui dès le matin sentent la transpiration dont le fumet se rapproche de l'urine de chat plein la litière qu'on aurait oublié de changer depuis trois jours, et c'est sans compter non plus ceux qui sentent le gant sale, oublié sur le rebord de la salle de la baignoire depuis ... tout le temps... mêlée à l'odeur de suin qui reste dans le cou, dont l'oreiller garde encore la trace marronnée. Ca me rend malade. Ca rendrait associal n'importe qui, ce genre de chose.

C'est un manque de respect, une sorte de cynisme dont les détenteurs ne savent même pas la signification philosophique. Ils sont cyniques sans le savoir, et je crois que c'est le pire. Si encore ils sentaient le sale et qu'ils le revendiquaient! Mais non, c'est dans leurs moeurs, ils n'y voient pas d'inconvénients. Et en tirent peut être même des avantages.

 

Et maintenant, elle était triste et en colère. Et elle ne parlait plus.

Il ne s'agissait même pas de dire qu'elle n'avait pas le moral. Elle était éteinte.

Il s'en alla, respectant son droit au silence. Ferma la lumière. Juste une veilleuse pour les livres. Au moins, eux respiraient l'intelligence, l'inspiration, la passion, et la vie, tout ce dont elle se privait jusqu'alors".

 

ASFKT

 

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://diamondogs.blogspirit.com/trackback/1672354

Commentaires

Encore un! j'adore. C'est tellement ça!
Enfin moi, s'est un peu pareil...
J'ai hâte de te revoir, et sa fait loin...
On peut pas avançer la dates?

Des bisous à ma ravissante auteur.
Florent

Ecrit par : Florent | 29.11.2008

Bonsoir Florent

Je suis touchée par ton exclusivité mais néanmoins, j'espère que tu as d'autres auteurs, reconnus ceux là, à ton actif et sur ton chevet!
Dis... les erreurs grammaticales, c'est exprès ou c'est pour embêter l'auteure, hum?
bisou

ps: je vais m'arranger pour que nous nous voyons plus tôt. N'oublie pas la bouteille de coca light et l'intégrale de Stendhal (je ris).

Ecrit par : anna | 29.11.2008

Je suis honteux: je n'ai fait aucun effort pour les erreurs de grammaire. Jon venait de m'en faire la remarque. Un dictionnaire, vite.
Pardonne-moi.
Non tu ne feras pas la vaisselle, ni la cuisine, et je ne vais pas t'envahir.
(Je vérifie dans le dictionnaire que j'ai pas fait d'erreurs là).

Je t'invite dans le restaurant de ton choix et tu mangeras ce que tu voudras.

J'ai d'autres auteurs oui. Mais pas aussi jolies.
Bon d'accord, c'est lourd, c'est nul, j'arrête.

On en parle demain soir, si tu veux. Je peux venir seulement si tu le souhaites.
Bisous

florent

Ecrit par : Florent | 29.11.2008

Je te réponds par mail.
Ce sera mieux.

Je t'embrasse.
AS

Ecrit par : anne sophie | 29.11.2008

moi aussi je peux venir?...
et je voulais savoir, enceinte de quoi? d'un bon roman j'espere.
j'aurais voulu (non, pas etre un artiste, laisses moi finir enfin!) pousse le raisonnement jusqu'au bout: je veux dire, si la voie proposee par monsieur glouton revient a se debarasser de tout concept moraux, alors madame (mademoiselle?) enceinte peux exprimer son degout pour le manque d'hygiene de ses voisins les humains, mais pas porter de jugement sur cette etat de fait. mlle enceinte essaie de leur trouver une excuse ("peut etre ils s'en fiche"). les notions d'excuse et de culpabilite sont etroitement liees.
au fait, je sais pas si je te l'ai dit, j'aime ton style (lequel deja?).

Ecrit par : yoshitsune | 01.12.2008

Oui my jay tu peux venir, on t'attend ;)
alors enceinte... eh bien pas encore, mais j'aimerais beaucoup...
oui d'un bon roman je l'espère aussi.

Eh bien oui, pour ce qui est de porter des jugements, car cela voudrait dire que si l'on se prend à en émettre, alors on juge qu'ils existent, ce qui prouve a contrario leur existence et surtout leur importance.
Mais c'est l'avis de l'ogre.
Pas de l'ogresse aux yeux aussi grands que le coeur. Je le dis parce que je vois bien que mon coeur est béant. je l'en remercie.

Oui les notions d'excuse et de sentiment de culpabilité fondée ou infondée, sont vraiment liées. C'est pourquoi je vois maintenant tout ce dont je me suis accusée bêtement, et qui n'était même pas de mon fait.
Mon style... cela me fait penser à une chanson du dernier album de Cantat encore libre (dans sa tête).
Tous mes styles non?
il est certes vrai que mes écrits passent et dansent sur tous les styles, car tous les styles sont miens, en tout cas, c'est ce que je souhaite.
Sans prétention aucune.

Merci pour ton amour (celui de mon style).
Bisous my jay

Ecrit par : anna | 01.12.2008

Ecrire un commentaire