31.10.2008
"15 minutes entre la vie et la mort"
"En 15 minutes, l'amour sauve. Il ne faut jamais plus de temps pour que ceux que vous voulez quittez, s'ils vous aiment vraiment, n'apparaissent en vis à vis sur le reflet de la fenêtre de laquelle vous vouliez sauter, sans ressembler à un ange dans son saut bien connu. Libérée du poids de la beauté. 15 minutes: l''hiver, l'été, l'automne et le printemps se déroulent dans votre âme. Non pas ces saisons passées, mais celles à venir, prémonitions qui iennent à la présence du Juste, c'est-à-dire de l'Amour qui vous sauve l'existence et vous épargane l'achat d'un pot de cendres parce que vous n'aviez plus assez d'argent pour payer l'urne. Et que sa connotation électorale ne vous disait rien qui vaille de toute façon: au pays des défunts, nous sommes tous les premiers.
En 14 minutes, une vie se joue: je vis, je meurs, je reste, je pars. Le désespoir vous tombe dessus comme un jour d'halloween, les enfants sonnent en masse à votre porte. Le "trick or treat" - et d'ailleurs ce n'est plus l'expression mais il y a juste ces sons qui résonnent en même temps que l'attirance vers la fin des maux- n'est pas un jeu. Pour vous, cet "allez-vous en" sera peut être le dernier. Et vous ne riez pas car les bonbons, vous les avez tous finis: trois paquets de 500 grammes et la langue pleine d'aphtes sanguinolents, emplis de sang prêt à jaillir et si vous percez la cloque linguale, vous le voulez répandu, depuis votre corps, jusque sur cette terre que vous n'arrivez pas à fouler.
En 13 minutes, il se joue alors cette scène où tout s'entreprend, s'achève, et se déjoue.
C'est une femme qui ne veut pas se transformer le soir venu. Mais qui ne peut pas y échapper. Tout est simple: elle cède. La tentation l'opresse: c'est l'ogresse qui prendra sa place dans une minute.
Alors ce soir, se dit elle, soit, je serai un ogre. Une bête. Un rapace que la faucheuse guide vers d'exécrables restes, bouillis, et crus. Après les bonbons, à moi les épouvantails dentelés des galettes de riz garnis de pate chocolatée. La grande bouffe qui m'aliène m'attend. Attend sa barbe bleue. Et l'ogre c'est mon corps qui grossit, m'épouvante. Je m'y rends alors, à ces agapes du pauvre, désespérée. Elles ne cesseront plus d'abîmer mon ramage autrefois si brillant, dont on disait l'envergure si lustrée. Son vol si haut dans le ciel, dira le meilleur des orateurs, n'avait de profondeur que de ce qu'elle voulait le rejoindre pour ne plus redescendre, parmi ces autrefois frères humains que la honte empêche désormais d'approcher. Jusqu'à ne plus pouvoir les toucher ajoutera t'elle pour elle, inscrite maintenant au registre des absents. Car juste les toucher... est devenu une impasse emplie de pudeur et de tristesse. En deux minutes, les rebords de la fenêtre sont atteints, les livres à terre, les gâteaux écrasés. Juste avant la mort, il n'y a que ce qui la précède, le pire, le néant. Celui entre la vie que l'on est contrainte de quitter, et la mort à venir, dont on ne sait pas ce dont elle sera faite.
Mais soudain, un léger saut feutré. Un courant d'air que font les elfes en passant dans ses souvenirs d'enfance. Soudain, un conte. Un prince. Qui arrive et la regarde, l'accuse, et l'interroge dans un silence lourd de conséquences. Un conte au quotidien, qui la berce, depuis l'âge de ses trois mois. Il fait froid sur le rebord, vitres ouvertes. Elle voit le conte vêtu de son manteau, tout de fourrure bleue argentée, assis derrière elle, et qui ne sait pas, ne comprend pas, mais sent qu'elle va partir. Alors il la regarde. Elle le regarde sans se retourner, pour ne pas éprouver la tristesse de le quitter. Elle avance un pied. Mais le reflet dans la vitre, emet un son muet, car la bouche s'est entrouverte. Et la vie se joue ici et maintenant. Cette minute notée quinze sur l'échelle de la douleur, déroule tout un flot de pensées en son esprit:
"Et si je ne suis plus ici, où serais-je? Bleu de Velvetie ne chantera plus pour moi. Ses émeraudes envahiront le coeur d'une autre.Du haut de mes cendres, je crèverais encore. De jalousie cette fois. Si Bleu, si beau, se perd sous les bêtes caresses d'une fille qui n'a pas saisi qu'il a outrepassé le règne des félidés, pour lui donner du "oh que tu es chou toi: oh que tu es doux, que tu es joli! quand à moi, il essuyait les larmes d'une patte hésitante, front à front, que ferais je? Mes lèvres pâles de morte ne pourront plus l'appeler. Je mourrais encore, une autre fois, mais cette fois-ci de remords, amère de tant d'ignorance du mal que j'allais causer au roi du Maine."
A Blue Velvet, mon chat, dont les vocalises me rappellent à la vie.
asfkt
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"Une ligne d'écriture perdue...
"... et la vie commençait à dépoindre. Un jour sans écrire, puis deux, puis trois!!! impossible, trop d'amour, trop de passion pour les mots. trop de malheur!"
asfkt heureuse de pouvoir récrire
26.10.2008
portail du livre
http://portaildulivre.com : portail du livre pour écrivains et lecteurs. Dossiers sur le manuscrit, le droit d'auteur, les éditeurs, le pseudonyme. Webauteur : annuaire détaillé des écrivains en ligne. Recherche d'un livre neuf ou d'occasion, d'un livre rare ou d'un manuel scolaire... Tout sur le livre."
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22.10.2008
"Partir"
"La nuit tombe de plus en plus à la précocité du jour qui point. Il n'y a pas de remède. J'ai cherché. J'ai lutté. Et je n'ai pas trouvé. Je n'ai pas vaincu. Il se peut que les gens ne comprennent pas. Il se peut que les gens entendent, après coup. Il se peut que rien ne se passe. Il se peut qu'on oublie vite. Tout se peut, sauf les sommets, même de petits monts, même de petites côtes. Crier ne sert plus à rien, ni dire. Ecrire est de plus en plus difficile. Des traces, sans larmes."
asfkt
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21.10.2008
avant
"Le pire avec l'espoir, c'est qu'il est trop léger pour pouvoir rester. Et s'il nous quitte, on part avec lui."
asfkt
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20.10.2008
"Parce que je ne veux rien"
Car si je voulais quelque chose, il se pourrait que je ne vale rien. Tendre vers l’acquisition d’un objet, qui n’en est même plus un, puisque même plus une fin à atteindre, mais une chose qui encercle la zone-cerveau de mon reptile, et qui le barre en tous sens, jusqu’à le saturer de cette seule et obsessionnelle idée: ne plus souffrir.
Et si l’on ne tend plus vers un objectif, même un seul dans la journée, sauf à agir mécaniquement grâce à des engrenages bien huilés au préalable, l’idée devient fixe. Et à se fixer ainsi, on fige sa liberté et on devient son chien, prêt à tout pour obéir à la loi de la compulsion: je me noierai dans la bouche de l’enfer, j’enterrerai ma terreur sous des monceaux de céréales mélangées à du lait lyophilisé, et j’oublierai le seul amour indispensable: celui des battements de mon cœur qui s’accélère après la dévoration des agapes.
Cette fixation de l’angoisse, d’une mal aimée de soi, qui avait tant à donner, lui tourne le dos et lui dit qu’elle devient elle-même une chose, elle devient ce qu’elle ingère, elle est à 1 euro le kilo. Autant dire qu’elle n’est presque, peut être, une rien du tout.
Happée par l’appropriation de toutes les douleurs, elle ne pense plus: elle imagine, elle se laisse prendre aux chimères du schéma qui détruit ce qu’elle était avant, une femme émancipée.
Alors elle s’imagine, avant l’achat qui lui tourne la tête à force d’être ressassé, elle s’imagine que ce qu’elle va acheter va lui apporter un peu de plaisir dans cette morne journée où les vêtements la serrent, étriqués autour de son âme qu’elle a du mal à contenir, c’est trop petit maintenant… l’anima a besoin de souffle, de vie, mais elle ne peut souffler, ni inspirer, juste retenir sa respiration.
A la fin de la journée, il n’y a plus ni crépuscule ni aurore. Juste une nuit qui n’est pas encore tombée, mais la bouffe immobilise la trotteuse, plonge le temps dans l’indéfini, l’illimité. Il est 17H45 et tout s’achève avec la dernière bouchée qui coule en elle, pâte absurde et dont la sapidité est portée disparue depuis la deuxième bouchée.
Et pourtant, dans son sachet, la céréale abondamment achetée semblait si appétissante, tant gorgée de vie que sûrement elle allait lui transmettre un peu de son bonheur acquis au prix d’un soleil biologiquement contrôlé.
La nuit commence à 18 h pour Anna. La nuit n’est pas rythmée par l’alternance chrono biologique, mais elle n’est sombre que par de ces artifices, voiles jetés sur tous les miroirs, volets clôts, portes double tournées, téléphones coupés, enregistreurs seuls, veuillez ne laisser aucun message, émotions mises à la question, interdites de réponse, assignées à résidence jusqu’au lendemain matin.
Elle ne les laissera pas s’exprimer, elles tourmenteront juste son corps pendant la nuit artificiellement précoce.
L’achat alimentaire, la dévoration des maigres espérances, qui passaient avant acte pour l’unique plaisir de la journée, et maintenant broyée par la machine dévorante que je deviens, mais que je ne suis pas. Car ce que je suis consiste en un être qui ne sait pas quoi faire de ses talents, et que tue l’humilité, qui devient humiliation pour l’écriture qui pousse, qui cherche à sortir de cette bouche qui ne sait pas qu’ingurgiter, mais parler, dire, exprimer, aimer, crier, vivre.
Au terme du terme, je me coucherai, j’oblitérerai tout ce qui m’a fait mal, je jetterai au feu de mes cauchemars tout ceci et tout cela, et dans la torpeur du huis clos, sans toi Anna, je me perdrai pour toujours.
Ne me quitte plus, ne me quitte pas, reste auprès de mes révoltes toute la journée durant. Une chance, une voie, une lutte et tout rejaillira. »
ASFKT
17:30 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
18.10.2008
"Modification du corps"
-Mais que ressentez-vous?
-Je ne sais plus. Je n'arrive plus à comprendre ce que je lis, même des chose simples, des mots ordonnés.
La tête sur le côté, les yeux baissés, le souffle court, le bras sur le ventre, la lèvre du bas serrée comme une soeur contre celle supérieure, l'autre main enserre sa nuque. Je sais qu'il me regarde, phrase qu'elle énonce en elle, qu'elle fait émerger de son désespoir muet, et l'asthénie l'empêche de dire: ceci n'est pas une pose de photographe. Ma main serre ma nuque, docteur, pour vérifier qu'elle est toujours mince, elle que je sens... les deux tendons qui me rappeleront que au dessus de la colonne vertébrale, mes attaches sont fines.
Mais elle ne dit rien. Parce qu'elle va pleurer et c'est sale de pleurer encore et toujours dans le cabinet du médecin. Même les larmes sont détestables pour son regard: les yeux congestionnés, le menton cellulitique qui se tord, et surtout, surtout, après tout, le même schéma de la victime qu'elle ne veut pas être.
Un silence. Deux silences. Je me fous de ce que je suis en train de me dire. Je me fous de ce que le médecin va en penser. Je laisse aller le silence en route vers l'infinie certitude de devoir accepter l'inévitable quotidien.
Et pourtant, le médecin reprend:
-Vous ne prenez pas la pose. Je vois que ça ne va pas du tout. Je sais que vous ne pouvez pas vous arrêter. Mais Anna, vous avez tout pour vous. Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous êtes là.
-Non je ne suis pas là je ne vais plus être là je ne veux pas être là je commence juste à comprendre ce que ca veut dire se donner à soi même avant de donner aux autres, mais maintenant, comme une corde trop étirée, le moindre don me fait mal, avale ma substance, je ne peux plus... je vais mal j'en ai tellement assez je reste pour les élèves ça me fait plaisir oui quand ils me demandent de les prendre en cours parce que les autres cours ou les collègues ou je ne sais pas moi ca leur plaît pas d'aller en atelier ca me fait plaisir de les entendre en début de cours dire oui mademoiselle on a retenu personnification et en plus le schéma actanciel mademoiselle est ce que vous restez et leur spontanéité mais...
Et tout ça sans virgules sans souffle sans rien sans respiration comme si j'allais mourir comme si je voulais mourir comme si ce n'etait rien de mourir tout de suite apres comme si je n'avais plus d'energie comme si je deployais ma dernière énergie encore pour dire que mes élèves sont des coeurs honnêtes, des esprits libres malgré leurs addictions aux marques, aux a priori circulant même là où l'on travaille... et que rien, à part quelques bavardges sauvages, quelques remarques vite excusées par l'émetteur, ils sont ici et maintenant.
-Mais?
Le médecin demande. Alors je réponds que je ne sais pas, que je ne veux pas savoir, que je vais continuer.
Il répète:
-Mais?
-Mais je n'y arrive plus. Mes cours seront toujours faits dans l'extrême professionnalisme, mes cours seront toujours au cordeau, et mes élèves qui participent, et qui s'intéressent aux Lettres, c'est ma récompense. Mais c'est ce qui entoure tout ça. L'enrobage. Le milieu.
Je n'ose plus dire. Je ne peux pas dire.
-Mais vous le pourrez mademoiselle. Car votre écrit est proche et votre libération aussi."
ASFKT
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14.10.2008
"Au nom du fils"
-Si mon fils est comme moi, et je le sais, c'est mon fils, c'est un connard. Alors tire toi, va t'en. Tu es une belle femme.
Elle se dit que les années avaient passé et que belle, elle devait l'être, puisque ce type pas très délicat le lui disait à sa manière, brute de décoffrage. Mais elle pensait que le plus important, c'était quand même ce qu'elle ressentait, disait, donnait. Même aux imbéciles, car contrairement aux t-shirts dégueulasses du même nom, elle savait que parler aux cons, ca ne pouvait que les instruire et peut etre les faire passer de stades de bêtes et mechants à ... seulement bêtes?
Hélas, elle se trompait. Quand le père de son ami lui dit ceci, elle pleura, s'effondra, et le père de son ami alors, lui mit une grande tappe dans le dos en lui disant: "Mais pleure pas, va!". Oui. Il l'avait sûrement prise pour un pote, un peu rustique, voire rustaud, un peu comme lui, quoi!
Non. Elle ne crut pas, ne voulut pas croire qu'elle se trompait sur son amour. Ne s'aime t on pas pour le pire et le meilleur? jusqu'alors elle avait vécu le pire, le meilleur ne pouvait donc que débouler, tel un stock car, à très grande vitesse.
Aujourd'hui, après avoir rompu huit mois auparavant, mais avoir eu la faiblesse de laisser revenir le susdit, plusieurs fois, l'avoir cru, l'avoir aidé, avoir passé des nuits entières sans dormir, pleuré, submergée par l'inquiétude que lui provoquait ses problèmes à lui, oubliant les siens propres, elle remercie dans l'ordre:
-Le père dudit ex ami, car jamais ladite "belle femme" n'a oublié ses mots, certes psychologiquement violents, mais d'une honnêteté imparable. Un Nobel de la lucidité pourrait lui être décerné.
-Le fils, parce qu'il m'a montré ce qu'était la passion amoureuse, au delà de la raison.
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