15.09.2008

"Vous serez mignonne..."

Ce matin. Une obligation. La poubelle n'en peut plus de son contenu. Je passe devant. Et fais mine de regarder ailleurs. Par la fenêtre. Blue. Qui est sur son rebord. Et dont les poils argentés s'agitent doucement au gré du vent. Je souris. Je recule. Et je butte sur la tranche. De la poubelle.

Je fais semblant de n'avoir pas compris qu'elle me fait du pied. Et ouvre négligemment le réfrigérateur Old School. Des yaourts immaculés, je le suppose, m'attendent, pêle mêle, à tous les étages, qui de guinguois, qui de côté, qui de trois quarts. Toujours jalousement épris de leur compote. Sans sucres ajoutés pour ne pas effrayer la Dame anorexie en train de s'éloigner doucement.

Ce qui n'est pas le cas de la poubelle. Dont j'entends le choc sourd contre la paroi du réfrigérateur quand j'ouvre ce fameux battant, porte béante sur des délices blancs sans calories.

Peu importe. Avec ou sans, la poubelle est pleine. De trognons de pommes, de peaux de bananes, de petits pots de yaourts ayant subi l'outrage du soulier vengeur qui veut à toute force faire plier ici en quatre pour mieux entasser dans le cube-poubelle.

Du coup. N'ayant plus le choix. Et s'armant d'un foulard en soie pour faire le tour de sa poitrine en passant par la taille et l'essentiel à ne pas montrer à toute la résidence, Anna s'empare du sac, abruptement, voire violemment arraché à son entourage plastique. Dans une parodie de mouvements martiaux, elle coupe le fil rouge qui traîne, cordon ombilical lâchement abandonné au nombril mal situé dans un coin reculé du sac mauve dont elle enserre le cou, et court jusqu'à la porte.

Espérant que personne ne sera dans le couloir. La voir comme ça. Juste vêtue d'un foulard en soie, qui doit faire office de carré contre les frimas de l'hiver. Et pour cacher la nudité d'un corps matinal. Aussi.

Entrouvrant la porte tout de même. A gauche à droite à gauche... non. Personne. Rien. Pas de bruit annonciateur d'une éventuelle sortie bruissant derrière la porte de l'appartement en face.

Sortant alors. Jouant même avec le foulard, d'une main qui imite la tenue d'une traine. Mais là dans l'obscurité. Il y a des valises. Une porte qui baille. Une voix. Et un pied dans l'embrasure. Une femme qui sort. La voisine!

Trop tard pour faire demi tour. Trop tard pour le vide ordures. De toute façon, le sac trop gros.

-Bonjour Madame.

Et allant très vite jusqu'à l'ascenseur qui grésille. Une chance que quelqu'un en ait bloqué l'ouverture. A temps pour s'engouffrer dedans. Sans réfléchir. Et penser que s'il crie bouche ouverte, c'est que la dame l'a bloqué pour y faire entrer toutes ses valises. Une par une. Bien sûr.

La dame regarde Anna. Anna regarde au dessus de la tête aux cheveux blancs. Imagine ce que la permanente est en train de regarder, là. D'une main maladroite tente de s'assurer que tout est bien caché.
La dame ouvre la bouche. C'est dans le champ de vision d'Anna et dans son pressentiment. En plein dans le mille de son sixième sens.

-Vous êtes bronzée, dites donc!!!! vous revenez d'où comme ça? Roger?!? Viens voir comme la petite du 13 est bronzée. Alala dis donc, c'est pas avec ma vieille peau que je pourrais me trimballer comme ça moi.

Les pantoufles s'agitent car Anna, tête baissée, ne voient plujs qu'elles et le sac poubelle protégeant ses parties réservées à l'intimité de l'amour cachées au regard du Roger qui accourt. Evidemment.

-Vous voulez prendre l'ascenceur par exemple non? hein? c'est ça?

-Oui. Monsieur. Exactement.

-Micheline. Laisse passer la jeune fille.

Anna. En son for intérieur: "Roger, espèce de niais, je ne suis pas en fleur, je n'ai pas dix huit ans, ote les sales pattes de ton regard de mon petit corps".

-Oui Roger? Bien sûr! allez y passez mademoiselle!

Anna très vite. Passe. Se bouche les oreilles pour ne pas entendre une parole de plus des sexagénaires. L'un comme l'autre.

-Ah... Et puis, vous serez migonne. Une fois en bas, vous nous renovyez l'ascenseur!!??

-Oui Madame.

Arrivée en bas, Anna enrage. "Vous serez mignonne". "Elle m'a dit cette phrase comme si j'étais une toute petite fille, naive et innocente. Et le pire c'est que j'ai dit: Oui Madame."

Sortant de l'asenceur alors. Hésitante. Trébuchant dans ses sandales usées par l'Eté qui finit. Le doigt près du bouton.

Puis main contre la poitrine et sac par terre.

Et se disant. Non. Quand femme parler ainsi à toi, ascenseur impossible à  renvoyer. Quatre étages à descendre. Tant pis. Je ne suis pas mignonne."

 

ASFKT

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Commentaires

mdr la fin du texte ! je me marre toute seule, je t'imagine en bas, sortant de l'ascenseur et hop ! tant pis pour la voisine !
Super ton texte, comme d'hab !
Bisous

Ecrit par : sylvie | 19.09.2008

Drôle d'histoire, une situation plutôt délicate à la base qui fini, à mon avis, comme cela devait ce passer. Non mais Ohh, on parle pas comme ça à une jeune fille ;)

Léo, au plaisir de vous lire.


Ps: Content de vous revoir de nouveau, malheureusement, plus en tant que prof.

Ecrit par : Léo | 02.10.2008

Sy, je n'avais pas vu ton commentaire! merci beaucoup je prends toujours comme un apport précieux ton appréciation et la met dans ma boîte à encouragements pour mon travail d'écrivain!

Léo votre commentaire me fait bien plaisir aussi!!! ca faisait longtemps et je ne savais plus si vous lisiez mes textes encore ou pas. Je constate que oui et ca me ravit. Oui je n'ai pas votre section... arf... bon on verra en deuxieme année et je pense que vous allez bien suivre votre chemin durant cette première année: il y a beaucoup de choses à apprendre, à assimiler, en fait, c'est surtout, comme toujours la méthode. Après vous pouvez parler et discuter de manière argumentée dans votre copie, même de manière atypique, si vous possédez et respectez la méthode enseignée.

Oula mais que se passe t il? mais .... je donne un cours ici ou quoi, ahhhhhhhhh nonnnnnnnnn damned, la deformation professionnelle, ah que je sois maudite jusque la septieme generation!!!

portez vous bien Léo.
melle fuertès :)

Ecrit par : karenine | 03.10.2008

Merci des conseils, je vais faire de mon mieux pour être au top du top ^^
En effet... "arf"... A dire franchement je m'attendais à vous avoir à la rentrée, les choses sont ainsi. J'ai quand même un soupçon de tristesse... Vous avez une façon différente de voir les choses, que celle de vôtre collège. Je préfère vôtre façon de voir.

Désolé pour le boulot après le boulot !

A bientôt et au plaisir,

Portez vous bien.

Ecrit par : Léo | 03.10.2008

Bonjour Léo

bon il est très tôt tôt là... et j'écris enfin j'erre sur le papier virtuel, un mot de ci de là...
ah... je ne sais pas la manière de voir de ma collegue mais je suis sûre, au vu des résultats des anciens bts ati, qu'elle est tres professionnelle. Soyez au mieux, "le top du top", comme vous le dites. L'important est ce que vous faites, et les résultats qui vont en découler.
Profitez bien de votre temps libre pour faire un peu de musique! l'écoute du "bluers et du vieux rock" est très formatrice au plan de l'ouïe! :)))
bon week end!

Ecrit par : Anna K. | 04.10.2008

Bonsoir Mademoiselle,


En effet, j'ai toute confiance en vôtre collège. Mais les résultats, vous avez raison, ne peuvent venir que de mon travail.
Je retourne jouer quelques mesures durant ces précieuses minutes de libre, avant que le sommeil ne m'emporte.

Bonne nuit, en attendant de voir "Mademoiselle F." dans toute les librairies.


Léo

Bonne nuit

Ecrit par : Léo | 07.10.2008

je l'espere aussi, et le travail m'attend aussi, en ce sens!
bon week end!

Ecrit par : Anna K. | 10.10.2008

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