16.06.2009

"Blonde en vie"

 

« Je n’ai pas cette vie-ci en odeur de sainteté

Je n’ai pas appris à l’aimer comme elle le voulait

Soumise, docile, perturbée par ces courants au contraire

De ma volonté, de mon amour, de mes joies

Se sont transformées en solutions amères

 

Je ne suis pas montée au ciel en quatrième vitesse

La crainte de m’y ennuyer ferme m’a retenue parmi les morts

Des bétons armés, et autres grisailles des villes où j’habite en traîtresse

De mes passions, de ma nature première hostile aux habitudes

De l’amour contraint qui accumule tous ses torts

Sans rendre les cœurs amoureux libres et fous

 

Je me voulais des bruyères attachées autour des chevilles

Des cheveux emmêlés jamais coiffés sur les têtes de premiers de la classe

Je me vis enchaînée rompue aux vertiges insensés des corps qui s’enlacent

Fuyant les âmes assoiffées de cette vie qui anime les yeux des amoureuses

Grandes et folles, perdues et damnées, celles des siècles derniers

Qui marchèrent dans les pas de ces inconnus qu’elles croyaient connaître

Et perdirent jusqu’à la prunelle de ce cœur qu’elle tenait en bandoulière

Je me vis vivante, parmi les cruautés ordinaires

Je me vis, disparue, pour mieux épouser l’obscurité 

 

Des lettres, des mots, des penseurs, des mal-aimées

Qui aiment pour toujours des nigauds innocents

Alliant leur soleil aux vents désertiques

De ces unions composites

Où l’or épouse la grève… »

 

ASFKT

12.04.2009

"Cette bague là"

"Il est devenu très rare que j'écrive sur l'amour, encore moins sur l'amour que je pourrais inspirer. Parfois, je regarde la photo où je porte un débardeur bleu. Je me trouve un air si radieux, si joli, les cheveux au naturel, que si j'étais un monsieur anne sophie, je m'appellerais, d'abord David, et je crois que je tomberais amoureux. Parfois je me dis: "tu mérites de t'aimer Anna, tu es si jolie, et alors toutes ces années à te demander si tu allais décider de vivre, ou alors de mourir... Moi je te trouve belle, ton âme est toute en volutes artistiques, et ces fossettes au creux des joues te vont à ravir. Regarde comme tu es adorable. Et peut être même qu'un jour, tu pourrais t'adorer. D'où vient le fait que quelques fois, par beau temps, tu sors, tu offres ton visage au soleil, mais que brutalement tu quittes les lieux, le banc et que tu te sermonnes, comme si tu n'avais pas le droit d'avoir du plaisir. Tu connais la triste réponse, et tu as de nouveau cette tête d'enfant que tout le monde aime, sauf toi. Capricieuse, certes, mais rebellée, jamais. Révoltée, non.

A cinq ans, tu n'as pas claqué la porte de chez toi, en disant à tes parents: "Anne Sophie part. Je quitte. Au revoir." Même si tu savais lire depuis pas mal de temps, ce qui était un fait pas très ordinaire, conviens-en... mais tu n'as pas prononcé ces mots, et tu n'as pas manifesté une quelconque colère vis à vis de ton père, ni de ta mère. Peut être aurait il fallu le faire. Mais à quatre ans trois quarts, où serais tu allée? pas très loin avec de si petites jambes, et ta collation sous le bras. Tu serais allée au bout de la rue? mais dans quel sens? à droite, c'est une voie sans issue, et à gauche, c'était la grande route. De là à ce qu'un camionneur fou te roule dessus, tes couettes et toi, vous auriez eu l'air fin, toutes coupées en morceaux. Tes parents auraient été furieux, la collation gâchée, l'imperméable rouge tellement détesté, lui par contre, aurait eu sa dose. Il en serait mort et d'ailleurs tu n'aurais pas pu le mettre après tout ça.

Donc finalement, cinq ans, c'était trop tôt. Mais l'aurais tu fait après? l'as tu fait? non. Une fois de plus. Pourquoi? il y avait de quoi pourtant! Ca aurait évité peut être à tout le monde de faire face à tes caprices. Mais dans ta tête, ca n'était pas des caprices, c'était des fugues spirituelles, eh oui tu connaissais déjà Bach à l'époque et son art si précieux... Tu n'étais pas contente, aussi je pense que tu aurais pu t'en aller en Italie, faire un beau voyage, puisque tu y étais déjà lorsque ton père refusait de regarder la jolie bague que tu portais au doigt et que tu lui montrais à trois reprises. Je me demande pourquoi d'ailleurs tu acceptais de lui tenir la main à moins que tu n'aies voulu l'emmener en promenade. Je me demande même la raison pour laquelle il tenait la tienne. Peut être pour que tu ne t'en ailles pas. On sait bien comme tu étais. Comme la fois où tu échappais à ta mère, et que tu courais sur le trottoir, tout près de la route, et que le fameux camionneur fou justement passait. Et ta mère qui criait: "Anne-Sophie, non!" et toi qui courais! Comme si tu avais eu l'intention de te jeter sous les roues du camion!!!Non tu voulais juste prendre un peu le large, comme toute petite fille de trois ans qui se respecte. Ce fameux jour à Rovato, où ton père, une fois de plus t'a ignorée, et n'a pas daigné regarder cette bague que tu lui montrais au bout de ton joli petit annulaire, un bijou de pacotille certes mais tout de même, tu t'es arrachée à ton père, littéralement tu as oté ta main de la sienne et tu es partie dans le sens inverse. Et je pense que tu aurais dû continuer ta route. Six ans c'est jeune, mais je pense que tu aurais pu faire quelques jours de "parents buissonniers", ca ne leur aurait pas fait de mal, et à toi non plus, sauf que tu n'aurais rien eu à manger. Mais ça ne te faisait pas vraiment peur de faire grève à ce moment là. Tout était possible. Et peut être que tu aurais pu leur faire comprendre que tu n'étais pas là que pour l'apparence, la beauté, la joliesse en miniature, le petit bout qui sait tout faire, y compris se taire ou piquer de grosses colères, mais que par dessus tout, tu étais juste en train de dire à mots, tout bas: "aimez moi pour le tout petit être que je suis, et pas pour mes couettes!"

ASFKT

 

11.03.2009

"Martyre au soleil"

«Une enfant que le père soustrait à son propre regard, qui jamais ne la regarde, ou alors met à l’index tout ce qu’une petite fille peut avoir comme rondeurs, plis et défauts, ou exigences à son oreille, insupportables, est destinée, malgré elle, à vivre au cœur des ombres qui peuplent les jardins résonnant des pas de ceux qui forment une famille délimitée et unie, même si le soleil venait à décliner.

Elle est comme cet astre qui brille sans le savoir, simplement parce que sa fonction est d’éclairer, de réchauffer sans penser ni à lui, ni à demain. Comme lui, elle ne sait pas que le jour d’après, elle se lèvera, elle aussi. Tout ce que son père ne lui donne pas comme amour bienveillant, elle le prend pour argent comptant. Et  attend encore, pour commencer à vivre, avancer, se tenir debout, aimer même… que son père la reconnaisse.

Jour après jour, elle se maintient dans l’attente d’un baiser, d’une main caressant ses cheveux, d’un compliment, d’un accord sur sa présence, son existence, son importance, mais nuit après nuit, son âme d’enfant compte les promesses jamais faites, les paroles jamais prononcées et elle croit que le néant dont elle est venue, l’appelle de ses vœux, puisque personne, ni même celui qui compte plus que tout pour elle, ne lui dit qu’elle a bien fait de venir, et que son squelette de petite fille est la promesse d’une belle âme en construction, d’un esprit fort et chaleureux et qu’avec elle est née le désir d’être père, et de la chérir pour l’élever au dessus des nuages.

Les après midi, elle les passe sur cette chaise qu’elle place à côté du fauteuil paternel, et joue à lui parler et à se répondre, et quand son père rentre du travail, elle saute du siège, court se jeter dans ses bras, mais ces derniers ne s’ouvrent pas, tout surpris et encombrés par cet amour, et se désencombrent au plus vite de cette fillette… en la remettant gentiment à sa place, à côté, au loin, plus loin, du côté de l’épouse, qui doit aimer, parce que lui, ca ne le concerne pas ces histoires de fillette, de père présent ou pas, il ne sait pas l’amour…

A 37 ans, on garde un air enfantin, comme s’il était toujours possible d’ouvrir les yeux plus grands, et de sourire plus largement, pour qu’enfin le père vieillissant mais à l’image intacte conservée au chaud dans les souvenirs d’Anne, la voit, la reconnaisse, avoue, rattrape, les instants, les moments, les trente années, perdues, oubliées, secrètes, niées, et lui dise quelques mots d’amour… ou de peine de ne pas avoir su l’aimer, mais des mots toujours… quand même…même s’il est tard!

Quoiqu’il se soit passé, la nuit est maintenant tombée. Et Anne retourne à son obscurité, et ce néant où rien n’existe, même pas elle, puisqu’elle n’existe pas dans les bras de son père. Pourtant, exceptionnellement, vient une idée à son âme coupable: il se pourrait que puisque le soleil se lève tous les matins, il s’éveille encore de ses draps tout en or, demain, encore à l’aurore.  Et si lui le peut, peut être qu’Anne pourrait passer un peu de temps à le regarder s’ébrouer de ses multiples lits aux courbes montagneuses.

Vient alors l’aurore. Anne ose; sort, s’assoit, éteint les étoiles dans le ciel, une à une, et voit le soleil s’éveiller comme un amour sort des bras d’une nuit envoûtante. Ses rayons la regardent,  et elle plisse le nez, les yeux… un éternuement produit une petite explosion de joie en ce matin différent des autres, parce que le soleil, pour lui dire qu’elle est aimée, l’a juste chatouillée, et la fait se sentir vivante parmi les dunes, vivante malgré le désamour, vivante malgré la naissance, vivante pour désirer, et commencer d’espérer, de croire, en elle-même. Elle n’est plus une femme soumise à une improbable conquête ; elle n’est plus un témoin, faute de preuves, se dit-elle. Car pour témoigner, il faut avoir vu, senti, entendu, posséder un exemple, un souvenir, et d’amour émanant de son père, il n’existe, à ce jour, aucune trace. »

ASFKT

21.11.2008

"Quelqu'un dans la salle de bain"

Quelqu’un.

 Un homme.

De préférence. Qui serait là, et qui occuperait ma baignoire le temps que je baigne mes espoirs. Le temps que j’imagine son odeur après le bain, le rasage de près, et le parfum embrumant son corps, et qui touchant mes poignets, lui transmettrait comme une fragrance que l’on nommerait «l’amour».

 

                Quelqu’un. Qui ne me proposerait pas de le suivre  à l’Ile Maurice, en partance pour un an, juste pour savoir s’il est assez séduisant pour que mon sourire lui renvoie l’ombre d’un "oui", et qui ne s’habille pas dernier cri, en berline sans retour, juste pour passer une nuit.

 

                Quelqu’un qui soit. C'est-à-dire en pleine possession de lui-même. Et assez fort pour ne pas partir sans cesse, s’abîmer dans un oubli au travail, au sport dans une sorte de fuite perpétuelle devant l’engagement, et pour qui ne je ne représente pas qu’un soulagement de fin de semaine, les bras perpétuellement ouverts et le cœur prêt à entendre, prompt à servir, autant de temps qu’il faut à l’autre que l’amour pour le lui faire.

 

                Quelqu’un qui ne soit pas un simple quelqu’un. Mais dont je puisse dire qu’il est un homme, que je connais bien, et qui use de mes bulles de savon sous la douche parce qu’il va rester, et non pas se volatiliser en courant d’air frais ou chaud, selon la saison.

 

                Quelqu’un qui ne me vante pas à tour de phrases son amour pour moi, ni ne me relate par le menu ma magnificence physique, alliée à mon cœur si bon et à mon intelligence, car le mieux, si cela est vrai, serait plutôt de ne pas me laisser seule face à tout cela, comme une insulte en plein miroir : la possession de tant d’attributs et de grâces s’inverse dans la solitude et l’on en vient à ne plus croire, à sempiternellement maudire ce que l’on est, et à se dire qu’il vaudrait mieux que cela ne soit pas vrai, parce que curieusement, tout cela fait qu’on naît, que l’on devient, et que l’on est, au présent,  éternellement seule.

 

                Un homme de bonne volonté, drôle, curieux, intelligent et droit,  pour qui l’on ne représente pas qu’une étape, ou un souhait, mais un instant qui n’en finit pas. Et cela ferait, peut être,  qu’on ne douterait plus, si mince soit le rai de lumière sous la porte de la salle d’eau, de n’être qu’une parure pour un amour qui se dit, plus qu’il ne se montre ou se concrétise.

 

                Une femme qui ne se récupère plus si on lui montre sa tristesse. Une femme dont la beauté est intacte et qui pourrait faire confiance, autant dire, qui oserait se fier sans se renier, et partager ce qu’elle chérit au plus intime d’elle-même, mais dont la clef reste au feu. »

 

ASFKT (qui n'a pas relu, et qui sort, non pas pour aller au coin mais pour s'aimer soi).

12.09.2008

"Des babouches pour toi mon amour?"

"Un soir. On reçoit un appel. De l'homme qu'on aime. Fort. Voyez. Pas l'amourette de passage. Pas la petite aventure, sauf si on considère qu'une histoire de 36 mois porte à croire qu'il ne s'agit là que d'une aventure d'un soir qui se serait étalée, comme de la confiture à la fraise sur une tartine de mie sans pain, oui, de mie uniquement, onctueuse. Non cette histoire entre mon amour et moi même, ici présente et écrivant, est une histoire de tous mes soirs, toutes mes nuits, tous mes matins ensommeillés, depuis trois ans. Ponctuée certes d'orages en interne, de crises, et de deux grosses ruptures. Mais j'aime. Je suis une femme qui aime. Pas les disputes. Pas les séparations. Je déteste. Je suis une femme qui aime. Un homme. Et qui l'aime assez pour tout comprendre ou tout au moins essayer. Je n'aime pas facilement comme on tombe sur une robe du soir qu'on voudrait s'acheter mais dont on n'a pas les moyens. Je n'adore pas comme ça! J'aime, vous dis je. Ca prend du temps, mais je suis très amoureuse de mon ami.

Autant dire que j'aime cet homme là et pas un autre. Parce que c'est lui. Parce que c'est moi. Parce que ça ne peut pas être autrement.

Et pourtant, il arrive un soir comme ce soir, où je rentre des courses, où j'ai mal aux chaussures et où un coup de fil retentit. C'est mon ami qui m'appelle depuis la bas, vous savez, le lointain. C'est le sud, ca pourrait être l'est, le nord, à tout le moins que ce soit à trois mille kilomètres de moi. Ca peut être n'importe lequel de ces points cardinaux, moi, tout ce que je sais est ce que mon coeur me murmure: c'est loin. Et c'est tout.

Ce faisant, ça ne fait rien, car une confiance mutuelle règne. Mais ce soir le téléphone sonne. Et c'est mon amour. Et je lui dis: oui mon ange. Je ne mettrais pas ici de guillemets, car de même que les mots s'enchaînent comme une suite de vocables destinés à s'aimer, de même notre amour coule de source et ourle chacun de mes mots ci dessus. Oui mon ange. C'est toi.
Et alors? et alors l'amour en question est au milieu du désert, oui j'entends les cahots du 4/4. Oui oui j'entends bien. Mais est il bien normal qu'à un tu me manques... de ma part, j'entende ceci, lisez bien, de la part de mon amour, en guise de réponse:

-tu veux des babouches?

...

Non, je demande. Je ne sais pas. Bon. C'est vrai, il fait chaud, les gens doublent à droite et à gauche, tout marche au back chiche, même ma soeur serait incapable de conduire la bas, comment dois je le prendre je ne sais pas, mais en tout cas, moi je me connais, je le prends mal, et aussi est ce que j'aime les tuniques du pays?

ah.

Je ne sais pas.

Et d'un coup monte une colère qui fait eruption au coeur de ma soirée comme l'Etna un jour de pluie.


Mais pourquoi me dit il ça? mais quel rapport cela a t il à voir avec le fait que je lui dise qu'il me manque? mais qu'est ce donc qu'il me dit? mais qu'est ce que la capacité de ma soeur à conduire la bas a à voir avec nous?

et on finit par s'entendre dire dans sa tête, à l'homme qu'on aime pourtant et qu'on continue d'aimer mais qui nous a plombé la soirée: "ET TA SOEUR!!!!!"

mais on ne le dit pas, évidemment.

ET on dit oui bisous. oui je t'aime. oui on en oublie les majuscules. oui.
mais on se dit après avoir rabattu le clapet de son téléphone, lui aussi:

comment se fait il parfois que l'homme qu'on aime fasse preuve d'un manque de tact aussi évident?
comment se fait il que les 3000 kms le rendent à sa condition la plus primaire qui soit?
comment se fait il que d'un coup, on ait envie de lui renverser une casserole de flotte sur sa jolie tête?
et comment se fait il que l'on ait envie de se coucher et qu'on est triste comme ça?

au moins, on est sure de l'aimer, cet homme là.

Mais on aurait peut être dû l'interrompre, faucher à coups de serpe ses paroles et lui dire: ho! Gaston: qu'est ce que tu me fais là? avec tes babouches?

oui peut être que cela aurait il évité à l'auteur d'être triste".
ASFKT

11.11.2006

"Auprès de celle qui s'estime comme elle m'estime"

         « Mon absence en ces lieux sera à la mesure du besoin que tu ressentiras de ma présence auprès de toi. A toi, Celle qui me comprit plus que je ne le croyais, dont je saisis mieux la manière de penser, la force d’action, le caractère formé à l’étoffe de celles qui souffrirent et s’en sortirent, grandies. Classe naturelle, sans fard, sans cette avidité de briller à tout prix. La Classe ne s'attrappe pas comme la grippe: elle est innée, naturelle et ne peut s'acquérir par mimétisme.

 Nul besoin que je devienne forteresse imprenable, car bastide, multiples pays entrelacés, rue calme et enracinée, tu es déjà tout cela à la fois.

 Je serai là. Maintenant. Dès aujourd’hui. Toi et Moi. Pour des liens encore plus éprouvés qui résistent à l’épreuve du temps. Mère. Fille. Réunies ».

ASFKT

NB: publication en cours de « Portrait de l’homme au chocolat » (Karénine Tom) dans le recueil intitulé « Portraits d’un jour, portraits de toujours », aux éditions Manuscrit.

 

ASF KT