16.06.2009

"Blonde en vie"

 

« Je n’ai pas cette vie-ci en odeur de sainteté

Je n’ai pas appris à l’aimer comme elle le voulait

Soumise, docile, perturbée par ces courants au contraire

De ma volonté, de mon amour, de mes joies

Se sont transformées en solutions amères

 

Je ne suis pas montée au ciel en quatrième vitesse

La crainte de m’y ennuyer ferme m’a retenue parmi les morts

Des bétons armés, et autres grisailles des villes où j’habite en traîtresse

De mes passions, de ma nature première hostile aux habitudes

De l’amour contraint qui accumule tous ses torts

Sans rendre les cœurs amoureux libres et fous

 

Je me voulais des bruyères attachées autour des chevilles

Des cheveux emmêlés jamais coiffés sur les têtes de premiers de la classe

Je me vis enchaînée rompue aux vertiges insensés des corps qui s’enlacent

Fuyant les âmes assoiffées de cette vie qui anime les yeux des amoureuses

Grandes et folles, perdues et damnées, celles des siècles derniers

Qui marchèrent dans les pas de ces inconnus qu’elles croyaient connaître

Et perdirent jusqu’à la prunelle de ce cœur qu’elle tenait en bandoulière

Je me vis vivante, parmi les cruautés ordinaires

Je me vis, disparue, pour mieux épouser l’obscurité 

 

Des lettres, des mots, des penseurs, des mal-aimées

Qui aiment pour toujours des nigauds innocents

Alliant leur soleil aux vents désertiques

De ces unions composites

Où l’or épouse la grève… »

 

ASFKT

08.05.2009

"Invitation"

 

-Est-ce que tu veux mourir ? demanda la vieille femme à la petite fille. C’était plus une très gentille invitation qu’une question effrayante, encore moins un avertissement destiné à la faire changer sa manière de vivre dangereusement.

         Mourir ne semblait pas présenter un quelconque danger pour la petite fille, en tous les cas, à ce moment là. La vieille ouvrait les bras, souriait, son ventre bosselé de plis, de rides et de rebonds accumulés au fil des kilogrammes surajoutés à force de vivre bien finalement, ne faisaient pas particulièrement envie à l’enfant. Si vieillir, c’était ressembler à ça, valait mieux mourir immédiatement. Ca s’imposait. Le ventre de la vieille qui plus est, ne lui faisait même pas envie en tant que petite enfant, qui se serait blotti dans le giron grand maternel.

         La petite fille posa un doigt sur sa bouche, l’air interdit, l’air de réfléchir comme ces enfants qui mûrissent un nouveau jeu. Sauf que le jeu ici était de se jeter du toboggan avec la certitude de tomber dans le vide. Et mourir pour la petite fille, ça signifiait seulement ça. Ca voulait dire ne plus pouvoir rejouer. Jamais.

La vieille femme reposa la question avec plus d’insistance :

-         Tu veux mourir ou bien… ?

La petite fille hésitait. Elle se trouvait quand même un peu jeune non ? Ses parents disaient que c’était dans l’ordre des choses qu’ils meurent avant elle. Mais aussi ça l’obligeait à assister à leur enterrement si elle leur survivait. Ca n’était pas du jeu. Et surtout, c’était des coups à être envoyée dans un orphelinat, elle aurait été une « sans famille » comme Rémi, le garçon de la télévision, et ça la rendait plus triste que lorsqu’elle se faisait mal en tombant. Ca risquait d’être même insupportable de ne plus voir ses parents. Et de rester là, seule, avec sa corde à sauter. Avec des inconnus en guise de nouveaux parents.

Donc, c’était une solution pour quitter ses parents avant qu’ils ne la quittent, que de mourir avant eux. On racontait autour d’elle aussi que lorsque les gens grandissaient, ils souffraient parce qu’ils étaient des adultes désormais, mais ça se résumait à des âmes d’enfants dans des corps trop grands. Et alors, ça leur faisait mal, ils ne savaient pas comment faire, ils commençaient à s’aimer entre eux, puis à se détester, puis ils se quittaient, les enfants eux en faisaient les frais, en plus de ceux des avocats, et même… parfois les adultes tombaient malades, ou avaient des accidents et c’était grave puisqu’on pouvait mourir sans être prévenu de la date ! Par exemple, la mère de sa copine Valérie était ainsi morte aveugle parce qu’elle s’était cognée contre une vitre qu’elle n’avait évidemment pas vu. En fait, son amie lui dit qu’elle avait un cancer incurable, mais elle, elle l’avait vue se cogner contre cette glace, et son élan l’avait emportée sur le sol. Donc pour elle, peu importait que ce soit le cancer qui l’ait rendue aveugle. Le fait était qu’une vitre l’avait tuée. Voilà.

A bien y regarder, grandir, c’était souffrir, voir les gens mourir, ou alors mourir soi même une fois grand.

Au vu de ces déductions rapides, la petite fille donna sa réponse :

-Oui. »

ASFKT

 

 

 

 

15.04.2009

"Ce n'est que du lait"

Sur un paquet de poudre de lait. Du jaune, en forme d’étoile de soleil. Du rouge aussi, sûrement pour la force. Et puis du vert en forme d’accent, certainement, pour évoquer la vitalité… sur un simple carton de lait, en plus de ce mélange trop riche de couleurs pour un breuvage dépourvu de toutes matières grasses, il y a aussi toute une mine d’informations, mais surtout il y a celle-ci comme un rappel à l’ordre, comme un « ce que vous êtes en train de penser ou même d’imaginer est faux » et nous prévenons toute tentative de curiosité personnelle par cette exclamation : « Régal-lait, c’est du lait et rien d’autre ! ». Mais oui, qu’alliez vous vous apprêter à penser ? Là de suite ? Avant même d’acheter notre concept auquel vous vous abreuvez depuis presque 20 ans ? A savoir du lait sans additif, sans exhausteur de goût, sans ajout, sans matières grasses, sans glucides ou presque, sans crème, il n’y a même plus le goût du lait, donc que demandez vous de plus ? Du lait sans lait en fait ! il n’y a rien dedans ! Sauf… l’essentiel du lait, dont même l’eau s’est évaporée : nous y avons veillé dans nos fermes velvétiques, et il n’y a là non plus de saveur, de gourmandise, rien qui suscite l’envie, non… il y a là ce qui vous correspond, à vous, adeptes de la société aseptisée que nous vous vendons… il y a là  l’essentiel du lait en petites granulés. 

Nous pouvons, après cette phrase qui vous réglemente l’envie de tartelettes au chocolat (au lait) plus vite qu’un code du bien manger, histoire d’accompagner la tasse de lait vaporisé, nous permettre de vous interpeller dans un français approximatif sur cette même boîte, mais vous, on vous connaît, vous ne retiendrez que quelques mots : vous êtes un consommateur Lambda au moment où vous achetez, et pas un enseignant, un amoureux des belles lettres.

Vous avez faim ! Vous avez soif !

Donc, on peut vous raconter n’importe quoi. Pourvu que vous reteniez les gros titres en rouge sur la tranche de la boîte … Oui, à ce moment là de votre journée, vous n’êtes pas plus avancé que lorsque vous en étiez au cours élémentaire à apprendre les lettres en couleurs. Nous vous rappelons à cet état, et nous choyons l’enfant en vous, celui là même qui va se précipiter sur les swarties de toutes les couleurs aussi au rayon sucreries, vous savez ?...Reconnaissez que nous avons du mérite tout de même.  Donc Régal-lait vous facilite le lait… Qu’est ce que cela peut bien vouloir dire, vous demandez-vous ? Que le lait est devenu une denrée rare ? que sans la firme Régal’, vous devriez aller traire les vaches vous-mêmes à force de lait bourru dans les veines, et des pailles plein les escarpins, de la bouse collée aux cheveux ? Non ça n’est pas ça. C’est juste que nous vous permettons de cuisiner et de boire chaud. « Mais alors, vous nous rendez la cuisine facile et pas le lait », allez vous objecter. Oui… mais il est plus avantageux pour nous que vous repensiez à votre première interprétation, plus poussée même si erronée : c’est mieux pour nos chiffres de vente.

Après, le consommateur peut s’interroger. Nous avons également prévu l’oisiveté intellectuelle de cette sorte de buveurs de lait sans scrupules qui commenceront à développer une lente paranoïa : « Ces gens sont en fait des facilitateurs logisticiens qui traquent le conservateur qui permet à notre nourriture de ne pas moisir dans nos placards, ils sont intelligents, voire machiavéliques… il n’y a pas de conservateur dans leur poudreuse lactée… où veulent ils en venir exactement ? je bois depuis dix ans une tasse de café assaisonnée de regal-lait et c’est seulement maintenant que je commence à me demander pourquoi je me sens si fatigué ? quels hommes ces gens de regal-lait !  ça m’effraie… mais tout de même que veulent ils dire par là ? … ».

 

C’est tout ce qu’un simple paquet de notre marque peut provoquer comme réactions indésirables : la réflexion, la fantasmagorie, la peur aussi… oui somme toute, rien de bien affolant, puisque c’est dans ce climat que nous vivons et il est bien qu’il en soit ainsi, puisque cela empêche de penser au vrai terrorisme qui est ailleurs…non ? »

 

ASFKT

 

12.04.2009

"Cette bague là"

"Il est devenu très rare que j'écrive sur l'amour, encore moins sur l'amour que je pourrais inspirer. Parfois, je regarde la photo où je porte un débardeur bleu. Je me trouve un air si radieux, si joli, les cheveux au naturel, que si j'étais un monsieur anne sophie, je m'appellerais, d'abord David, et je crois que je tomberais amoureux. Parfois je me dis: "tu mérites de t'aimer Anna, tu es si jolie, et alors toutes ces années à te demander si tu allais décider de vivre, ou alors de mourir... Moi je te trouve belle, ton âme est toute en volutes artistiques, et ces fossettes au creux des joues te vont à ravir. Regarde comme tu es adorable. Et peut être même qu'un jour, tu pourrais t'adorer. D'où vient le fait que quelques fois, par beau temps, tu sors, tu offres ton visage au soleil, mais que brutalement tu quittes les lieux, le banc et que tu te sermonnes, comme si tu n'avais pas le droit d'avoir du plaisir. Tu connais la triste réponse, et tu as de nouveau cette tête d'enfant que tout le monde aime, sauf toi. Capricieuse, certes, mais rebellée, jamais. Révoltée, non.

A cinq ans, tu n'as pas claqué la porte de chez toi, en disant à tes parents: "Anne Sophie part. Je quitte. Au revoir." Même si tu savais lire depuis pas mal de temps, ce qui était un fait pas très ordinaire, conviens-en... mais tu n'as pas prononcé ces mots, et tu n'as pas manifesté une quelconque colère vis à vis de ton père, ni de ta mère. Peut être aurait il fallu le faire. Mais à quatre ans trois quarts, où serais tu allée? pas très loin avec de si petites jambes, et ta collation sous le bras. Tu serais allée au bout de la rue? mais dans quel sens? à droite, c'est une voie sans issue, et à gauche, c'était la grande route. De là à ce qu'un camionneur fou te roule dessus, tes couettes et toi, vous auriez eu l'air fin, toutes coupées en morceaux. Tes parents auraient été furieux, la collation gâchée, l'imperméable rouge tellement détesté, lui par contre, aurait eu sa dose. Il en serait mort et d'ailleurs tu n'aurais pas pu le mettre après tout ça.

Donc finalement, cinq ans, c'était trop tôt. Mais l'aurais tu fait après? l'as tu fait? non. Une fois de plus. Pourquoi? il y avait de quoi pourtant! Ca aurait évité peut être à tout le monde de faire face à tes caprices. Mais dans ta tête, ca n'était pas des caprices, c'était des fugues spirituelles, eh oui tu connaissais déjà Bach à l'époque et son art si précieux... Tu n'étais pas contente, aussi je pense que tu aurais pu t'en aller en Italie, faire un beau voyage, puisque tu y étais déjà lorsque ton père refusait de regarder la jolie bague que tu portais au doigt et que tu lui montrais à trois reprises. Je me demande pourquoi d'ailleurs tu acceptais de lui tenir la main à moins que tu n'aies voulu l'emmener en promenade. Je me demande même la raison pour laquelle il tenait la tienne. Peut être pour que tu ne t'en ailles pas. On sait bien comme tu étais. Comme la fois où tu échappais à ta mère, et que tu courais sur le trottoir, tout près de la route, et que le fameux camionneur fou justement passait. Et ta mère qui criait: "Anne-Sophie, non!" et toi qui courais! Comme si tu avais eu l'intention de te jeter sous les roues du camion!!!Non tu voulais juste prendre un peu le large, comme toute petite fille de trois ans qui se respecte. Ce fameux jour à Rovato, où ton père, une fois de plus t'a ignorée, et n'a pas daigné regarder cette bague que tu lui montrais au bout de ton joli petit annulaire, un bijou de pacotille certes mais tout de même, tu t'es arrachée à ton père, littéralement tu as oté ta main de la sienne et tu es partie dans le sens inverse. Et je pense que tu aurais dû continuer ta route. Six ans c'est jeune, mais je pense que tu aurais pu faire quelques jours de "parents buissonniers", ca ne leur aurait pas fait de mal, et à toi non plus, sauf que tu n'aurais rien eu à manger. Mais ça ne te faisait pas vraiment peur de faire grève à ce moment là. Tout était possible. Et peut être que tu aurais pu leur faire comprendre que tu n'étais pas là que pour l'apparence, la beauté, la joliesse en miniature, le petit bout qui sait tout faire, y compris se taire ou piquer de grosses colères, mais que par dessus tout, tu étais juste en train de dire à mots, tout bas: "aimez moi pour le tout petit être que je suis, et pas pour mes couettes!"

ASFKT

 

11.04.2009

"La vie selon le protanaxavit"

"La méthode est simple. Aussi visite notre site sans plus tarder. Mais votre publicité n'est pas très attrayante. Oui, nous le savons. C'est un fait exprès, c'est pour faire plus médical. Aussi avons-nous choisi comme couleur le vert-algue, comme l'ingrédient majeur du protanaxavit, et c'est un enrobage en plastique. Epais. Aussi, c'est pour tester ta force mentale. Nous ne faisons pas trop de propagande. Le protanaxavit se suffit à lui même. Aussi visite notre site. Et tu en sauras plus. Mais votre bidule dit qu'on va perdre du poids sans s'en rendre compte. Mais si je perds du poids alors que je dors tranquillement et que le protuc agit pendant mes rêves... comment je fais? Justement. C'est cela oui. Nous faisons en sorte que le protanaxavit t'évite tout effort. Tu perds tous ton poids sans avoir à remuer une fesse. C'est l'algue. C'est le principal atout. C'est pour ça. Tu verras, l'algue est dessinée avec tous ses détails. Aussi visite notre site. Sans plus tarder maintenant. Mais une algue, ca n'a pas de corps! pas de détails! Justement, ça n'en a pas. Tu as raison. C'était pour tester ta résistance et ta volonté de maigrir. Tu as gagné le droit de visiter sans plus tarder notre site. Lance toi. Mais si j'ai pas de kilos en trop? Tu en as. Toutes les femmes en ont. Même celles qui ne le savent pas. Ce sont les pires. Et même si ca ne se voit pas sur leurs cuisses ou aux abords de leurs fesses, c'est encore mieux. Les kilos c'est dans la tête. Et toutes les femmes sont à peu près persuadées qu'elles doivent perdre, de ci de là, pour être désirées. Et toi aussi. Donc visite notre site sans tarder. Clique. Dépêche toi parce que le temps que tu passes à hésiter est celui que tu gagnes en kilos. Mais si vraiment, je n'ai objectivement pas de kilos en trop, parce qu'à bien y regarder, je viens d'examiner mes chevilles et même là, j'ai pas trouvé d'embonpoint. Ce n'est pas grave. Le Protanaxavit dans ce cas qui est le tien, te permettra de perdre un os. Tu seras mieux, plus légère, différente des autres, car le protanaxavit dissout tout ce qui lui passe sous la dent. Mais une algue ça n'a pas de dent. Non. C'était pour tester ta motivation et ton esprit critique. Mais on a mis dans le protanaxavit un peu de concentré de testicule atrophié de requin. C'est pour ça. Ca dissout memes les cartilages. Donc tu perdras du poids. Mais je ne veux pas maigrir à ce point. Je ne veux pas finir ma vie à l'envers. Je veux garder mes os, mes formes, mes fesses, mon poids, mon ventre! Qu'est ce que c'est que votre bidule? Ca ne va pas ou quoi? Bien. Tu as réussi cette épreuve à la perfection. Aussi tu as gagné le droit de nous faire de la publicité même mauvaise, car grâce à toi, nous avons réussi à diffuser de fausses informations comme quoi notre algue pondue par les requins aurait des vertus dissolvantes. Merci. Et n'oublie pas de cliquer sur nos encarts et de dire à tes "amis" de le faire aussi..."

 

asfkt

"C'est quoi l'histoire?"



« Ici, dans mes toilettes, il n’y a personne. Les yeux sont restés dans le tiroir de mon bureau. J’ai fermé à clef pour éviter que tes mots ne me sautent au visage. Les boucles de tes « e », les tourments de tes « s » parce qu’un serment d’amour, tu n’as jamais su faire. Il a toujours fallu que tu mettes ça au pluriel. Des « je t’aime » à n’en plus finir, à décompter comme les petits pois parmi les carottes sur le bord d’une assiette au déjeuner.
Ici, dans mon placard, il n’y a pas d’âme en vie. Les ombres m’accompagnent : ça m’aide bien. Notamment à m’aveugler sur mon sort et à oublier l’heure du dîner : l’heure où tu m’appelais, l’heure où tu venais, et dans les dix minutes, nous étions au lit. Au moins, tu ne fumais pas pendant ce temps. Il y avait tout à faire, tout à reconstruire, et tout le plaisir était pour toi et moi. Et moi, pendant ce temps, j’accumulais les raisons d’avoir faim, des bonnes pour une fois.
Ici, dans mon appartement, ça sent la solitude qui se construit doucement, comme un mur, d’une solidité impénétrable. Qui a dit que l’imputrescibilité ne concernait pas la fin des relations intimes ? Je ne sais pas, mais sûrement pas un amant, ou alors je ne me rappelle plus son odeur.
Ici, il commence à faire bon vivre, alors il est temps de se mettre à l’oeuvre. Quand il est trop agréable de vivre bien, on oublierait presque sa tâche, son éternel amour, l’Art, qui nous attend comme un vieil amant qui n’aurait de vieux que le temps qu’il a passé à nous attendre ; mais qui serait beau avec une manière d’éternité ; une cigarette à la main, les cheveux poivre et sel dans les yeux, barrant le regard et l’arrêtant sur nous, sur moi, parce que l’horizon, sans moi, c’est vain, moins bleu, moins beau, moins infini. « Ca ne donne même plus envie qu’il y ait d’océan en dessous » dis tu… Tu as raison. Moi qui ne voulais pas attendre la fin de mon histoire, et toi qui voulais que je reste encore un peu, juste pour voir, pour écrire, on ne sait jamais, si l’envie te reprenait disais tu… L’envie m’a reprise. Alors je suis revenue. Voila l’histoire… »

ASFKT

11.03.2009

"Martyre au soleil"

«Une enfant que le père soustrait à son propre regard, qui jamais ne la regarde, ou alors met à l’index tout ce qu’une petite fille peut avoir comme rondeurs, plis et défauts, ou exigences à son oreille, insupportables, est destinée, malgré elle, à vivre au cœur des ombres qui peuplent les jardins résonnant des pas de ceux qui forment une famille délimitée et unie, même si le soleil venait à décliner.

Elle est comme cet astre qui brille sans le savoir, simplement parce que sa fonction est d’éclairer, de réchauffer sans penser ni à lui, ni à demain. Comme lui, elle ne sait pas que le jour d’après, elle se lèvera, elle aussi. Tout ce que son père ne lui donne pas comme amour bienveillant, elle le prend pour argent comptant. Et  attend encore, pour commencer à vivre, avancer, se tenir debout, aimer même… que son père la reconnaisse.

Jour après jour, elle se maintient dans l’attente d’un baiser, d’une main caressant ses cheveux, d’un compliment, d’un accord sur sa présence, son existence, son importance, mais nuit après nuit, son âme d’enfant compte les promesses jamais faites, les paroles jamais prononcées et elle croit que le néant dont elle est venue, l’appelle de ses vœux, puisque personne, ni même celui qui compte plus que tout pour elle, ne lui dit qu’elle a bien fait de venir, et que son squelette de petite fille est la promesse d’une belle âme en construction, d’un esprit fort et chaleureux et qu’avec elle est née le désir d’être père, et de la chérir pour l’élever au dessus des nuages.

Les après midi, elle les passe sur cette chaise qu’elle place à côté du fauteuil paternel, et joue à lui parler et à se répondre, et quand son père rentre du travail, elle saute du siège, court se jeter dans ses bras, mais ces derniers ne s’ouvrent pas, tout surpris et encombrés par cet amour, et se désencombrent au plus vite de cette fillette… en la remettant gentiment à sa place, à côté, au loin, plus loin, du côté de l’épouse, qui doit aimer, parce que lui, ca ne le concerne pas ces histoires de fillette, de père présent ou pas, il ne sait pas l’amour…

A 37 ans, on garde un air enfantin, comme s’il était toujours possible d’ouvrir les yeux plus grands, et de sourire plus largement, pour qu’enfin le père vieillissant mais à l’image intacte conservée au chaud dans les souvenirs d’Anne, la voit, la reconnaisse, avoue, rattrape, les instants, les moments, les trente années, perdues, oubliées, secrètes, niées, et lui dise quelques mots d’amour… ou de peine de ne pas avoir su l’aimer, mais des mots toujours… quand même…même s’il est tard!

Quoiqu’il se soit passé, la nuit est maintenant tombée. Et Anne retourne à son obscurité, et ce néant où rien n’existe, même pas elle, puisqu’elle n’existe pas dans les bras de son père. Pourtant, exceptionnellement, vient une idée à son âme coupable: il se pourrait que puisque le soleil se lève tous les matins, il s’éveille encore de ses draps tout en or, demain, encore à l’aurore.  Et si lui le peut, peut être qu’Anne pourrait passer un peu de temps à le regarder s’ébrouer de ses multiples lits aux courbes montagneuses.

Vient alors l’aurore. Anne ose; sort, s’assoit, éteint les étoiles dans le ciel, une à une, et voit le soleil s’éveiller comme un amour sort des bras d’une nuit envoûtante. Ses rayons la regardent,  et elle plisse le nez, les yeux… un éternuement produit une petite explosion de joie en ce matin différent des autres, parce que le soleil, pour lui dire qu’elle est aimée, l’a juste chatouillée, et la fait se sentir vivante parmi les dunes, vivante malgré le désamour, vivante malgré la naissance, vivante pour désirer, et commencer d’espérer, de croire, en elle-même. Elle n’est plus une femme soumise à une improbable conquête ; elle n’est plus un témoin, faute de preuves, se dit-elle. Car pour témoigner, il faut avoir vu, senti, entendu, posséder un exemple, un souvenir, et d’amour émanant de son père, il n’existe, à ce jour, aucune trace. »

ASFKT

09.03.2009

"Plant d'un arbre"

   « La méthode est simple : au début on met en terre un semis. On le recouvre de terreau. On lui montre qu’on a décidé de le chérir, de le nourrir, et de l’arroser régulièrement. Viennent de mauvaises herbes, un jour que l’on pensait pluvieux quand on y repense, mais on ne s’attendait pas à ce que celles-ci s’infiltrent parmi le jeune semis. On se penche sur la petite invasion. Et on arrache doucement les herbes qui se sont plantées là. Au départ, elles vivaient autour sans empêcher le semis de lever, mais elles ont transformé en assaut ce qui au départ n’était qu’un commensalisme de bon aloi. Deux organismes vivant l’un avec l’autre, ni au dépens de l’un ni de l’autre, mais en bonne intelligence: il s’agissait bien d’une association de deux organismes d’espèces différentes, mais profitable pour l’un d’eux, et sans bénéfice ni danger pour l’autre.

Le paysagiste arrache d’un coup sec les petites herbes qui commençaient à piétiner et à se nourrir du suc des jeunes pousses. Deux ou trois jours se passent. Et les mauvaises herbes ne sont pas seulement réapparues, mais elles sont venues en nombre, plus fortes, plus épaisses, et se propagent dans le pot nourrissant à toute vitesse. Le paysagiste se dit qu’il aurait dû utiliser un désherbant la fois dernière. Mais il n’en a pas. Les boutiques sont vides. Le commensalisme est répandu, et personne n’a de soucis de ce genre, le semis se sacrifiant toujours et n’étant donc jamais attaqué par son hôte envahissant.

Le jardinier décide donc, chemin faisant jusque la cabane où il range ses outils, de prendre la bonne décision : le semis s’est révolté. Il n’est pas inscrit dans ses composantes de se rebeller ainsi, et c’est parce qu’il a refusé de jouer ce jeu, que les mauvaises herbes se sont mises en guerre.

Il revient donc, armé d’une petite pioche, considère le pot où le semis encore vert et jeune, essaie de pousser tant bien que mal. Une larme coule le long de sa joue de paysagiste. Il n’a pas l’habitude. Il n’est pas un bourreau.  Il n’est pas un tyran. Il n’est pas un sélectionneur d’espèces. Alors, à grands coupe de pioche, il ravage la terre, lacère le terreau et ôte la vie au semis. »

ASFKT