18.09.2008
"La régence d'Yvette"
En tous les cas il fallut attendre un beau matin de 1942 pour que la jouvencelle naisse. Les cinquante cinq premières années, rien ne se passa: une famille nombreuse, un mariage, le sien, avec un homme qui lui passa tout, y compris les plats, les courses et il pouvait très bien retourner au supermarché situé à quinze km de son domicile, la bas aux Essarts, finalement très loin de l'Albion d'Yvette, à pieds en plus, pour un pack de yaourts veloutés oublié dans la précipitation des rayons chargés de l'Ile Lacroix.
L'époux, Manu, devint riche d'un moulin, d'un manoir, et d'une très grande maison dont il hérita à la mort de son père, sa mère et son grand oncle. Yvette en fut ravie car cela expliqua du jour au lendemain sa guérison: ayant été dépressive toute sa vie, elle se rendit compte qu'elle broyait du noir à cause de la présence pesante de son beau père. Vingt ans après son mariage, elle allait enfin vivre. Et peut être d'un autre côté cela marquait il la fin de son règne dictotorial sur son époux qui la servait au doigt, à l'oeil, et au lit.
Quà cela ne tienne, elle commença à fréquenter la voisine et pour passer au travers de la corvée de courses, prétendit partir tous les après midi en forêt pour huit km de randonnée boisée avec ladite voisine.
Manu, pour les connaissances du couple, n'en revint pas, et Yvette fut contrainte de tenir promesse: pour marquer le coup, il fallait qu'elle démontre que cela fût vrai. Fini les attentes, masquée par le rideau de velours dans la cave, les baskets aux pieds, le bermuda rentrant dans la railette, assise sur les cageots de pomme empilés, à attendre que son divin serviteur aille les faire, ces courses maudites.
Manu descendait maintenant à la cave, peut être pour vérifier que sa femme était bien partie. En fait, il oubliait très souvent d'aller faire les emplettes, et passait désormais son temps à regarder des films lesbiens à la télévision satellisée, traumatisme laissé par l'emprise de sa femme en son cerveau agité.
IL ne fallait pas qu'Yvette découvre le pot aux roses: cela aurait pu exciter sa verve érotique et le reste, à savoir son corps, ce qui aurait bien ennuyé Manu qui n'était plus fait pour ses choses là. A son âge.
Or, ce jour là, il descendit pour s'assurer que son épouse était bien hors de la maison, et c'est toute essouflée que ladite Yvette, après une remarquable pourdre d'escampette, se retrouva, sonnant et trébuchant, chez la voisine, qui se trouve être aussi par le hasard de l'histoire, ma génitrice.
Dun tourbillon de vestes de laine épaisse en cet hiver 2004, elle ne fit pas de quartier et entraîna ma mère dans des randonnées quotidiennes au travers de presque toutes les forêts normandes. A partir de là, c'était de longues heures d'absence familiale à notre maison, mais nous nous réjouissions, car au retour, nous saisissions toute l'ampleur dramatique de l'histoire personnelle d'Yvette, bien que ma mère ne "voulût pas causer de torts à qui que ce soit", et ne soit extrêmement discrète quant aux aphorismes yvettiens. Il fallait écouter le détour des phrases, et surtout ne pas faire d'investigations spontanées auprès de ma mère, laquelle se tenait au secret, par principe, pour toutes les choses du voisinage qu'on venait lui conter car on savait bien qu'elle serait une tombe du XIV ème siècle helvétique, ce dernier étant le plus solidement charpenté en matière de dernière demeure.
Toutefois, il arriva un jour que ma mère rentra en souriant. Et ne put s'empêcher de me regarder longuement, avant de me demander si le mot "mammogramie" me disait quelque chose.
Je demandais s'il s'agissait là, peut être, d'un nouveau genre de biscuit, de la marque Granny, dédié aux jeunes filles très en forme au niveau du balcon. Mais non. Il s'agissait bien d'un solécisme. Pas n'importe lequel. Celui d'une femme environ très âgée, Yvette, qui ne s'exprimait, je l'appris plus tard, qu'en déformant pratiquement tous les mots.
J'appris ainsi qu'Yvette devait passer cette "mammogrammie", et que le midi même, elle en était tellement angoissée qu'elle n'avait pu avaler "son petit zette de citron".
Je demandais à ma mère quelle technique elle utilisait pour ne pas rire au nez et à la barbe naissante d'Yvette, celle ci ayant en plus des problèmes thyroidiens, qui lui faisait pousser le poil. Ma mère me dit:
"Je n'ai aucune technique. Une fois, je l'ai reprise. Gentiment. Elle m'a répondu:" Moi j'ai toujours dit comme ça, je dis comme ça, et je dirai toujours comme ça!!!" N'étant plus royaliste que le roi, j'écoute et je reste silencieuse, en corrigeant à grands pas, dans ma tête échauffée par tous ces barbarismes, les mots d'Yvette".
J'ai alors entrepris des recherches. Uniquement pour tenter de m'expliquer la déviance langagière de cette femme. Après de longues études poussiéreuses au coeur de son arbre généalogique, je peux dire que de très lointains descendants vikings et leurs laisons sulfureuses avec les anglophones, femmes ou hommes mêlés, démontre, à n'en point douter, qu'il y a là des certitudes: Yvette parle mal le Français, car en sa langue transmise, l'anglais s'est glissé, résurgence répétée d'amourettes plus que troubles tout au long des deux siècles. Yvette en est la preuve encore vivante.
Cette découverte n'a pas interrompu le flot de paroles inénarrable de ladite Yvette. Qui explique qu'il est absolument anormal, pour une femme (ironie du sort et aveuglement personnel ou/et manque de recul) de "vouloir tout régencer", et que de plus son époux qui ne veut pas tout "régencer lui au moins", "fait sa "moëlleuse" quand une jeune femme vient pour lui tirer les vers du nez qu'il a long avec les années passant, afin d'écrire un livre sur la famille. Et ça énerve Yvette.
Car enfin, de son propre aveu à ma mère, il faut que "cette race disparaisse". A la suprise de ma mère, elle n'a pas répondu. Elle a juste dit: "oh oui!!! les A. (patronyme de son époux) sont une race "déviance", parce qu'ils savent pas faire ailleurs qu'embêter les gens gentilles".
Ah oui. On les comprend."
ASFKT
09:45 Publié dans état limite | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
16.09.2008
"Michaël Myers ou le psychokiller au pas inéluctablement lent"
Il se souvient: dans Halloween II, il marche dans le dédale de couloirs de l'hopital général où s'est réfugiée Jamie Lee, sa très jolie demi soeur, afin d'échapper à ses coups de couteau irréfutablement et drôlement bien aiguisés, pour le coup! Il se rappelle...tête penchée un quart vers la fenêtre de sa cellule dont il s'échappera quand tout le monde sera mort s'il ne brise pas, avant, la nuque de Jerry, son geôlier au demeurant fort sympathique (mais un psychokiller vit dans l'instant présent, et n'éprouve aucune empathie, pour qui que ce soit comme on le sait), car oui, Michaël (prononcer à l'américaine: MAÏÏÏKHÔÖÖÖL), est immortel.
Il a tout son temps, celui que vous perdez à tenter de lui échapper!
Michaël se revoit: derrière elle, marchant lentement, et elle, presque courant déjà... mais inutile Sherry!!!!! Tu as beau courir, faire de l'endurance, ou même t'entraîner pour le 200 mètres haies et faire un bon timing à l'entraînement.
Effectivement. L'infirmière se retrouve très vite, ses sabots blancs gigotant vainement dans le vide, 1 mètre au dessus du sol, parce que Mike la suspend au dessus de tout soupçon, par son coutelas gentimenrt planté dans le dos.
Aucun bruit ne sort de la bouche pulpeuse de l'infirmière empallée.
C'est du passé. Hélas. Mais bientôt, il recommencera. Pour quelle raison? il n'en a aucune. C'est ce qui le rend invincible. Incompréhensible, parce qu'imprévisible.
Une mécanique de destruction des masses. Pour le plus grand plaisir du spectateur."
ASFKT
16:45 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
15.09.2008
"Vous serez mignonne..."
Ce matin. Une obligation. La poubelle n'en peut plus de son contenu. Je passe devant. Et fais mine de regarder ailleurs. Par la fenêtre. Blue. Qui est sur son rebord. Et dont les poils argentés s'agitent doucement au gré du vent. Je souris. Je recule. Et je butte sur la tranche. De la poubelle.
Je fais semblant de n'avoir pas compris qu'elle me fait du pied. Et ouvre négligemment le réfrigérateur Old School. Des yaourts immaculés, je le suppose, m'attendent, pêle mêle, à tous les étages, qui de guinguois, qui de côté, qui de trois quarts. Toujours jalousement épris de leur compote. Sans sucres ajoutés pour ne pas effrayer la Dame anorexie en train de s'éloigner doucement.
Ce qui n'est pas le cas de la poubelle. Dont j'entends le choc sourd contre la paroi du réfrigérateur quand j'ouvre ce fameux battant, porte béante sur des délices blancs sans calories.
Peu importe. Avec ou sans, la poubelle est pleine. De trognons de pommes, de peaux de bananes, de petits pots de yaourts ayant subi l'outrage du soulier vengeur qui veut à toute force faire plier ici en quatre pour mieux entasser dans le cube-poubelle.
Du coup. N'ayant plus le choix. Et s'armant d'un foulard en soie pour faire le tour de sa poitrine en passant par la taille et l'essentiel à ne pas montrer à toute la résidence, Anna s'empare du sac, abruptement, voire violemment arraché à son entourage plastique. Dans une parodie de mouvements martiaux, elle coupe le fil rouge qui traîne, cordon ombilical lâchement abandonné au nombril mal situé dans un coin reculé du sac mauve dont elle enserre le cou, et court jusqu'à la porte.
Espérant que personne ne sera dans le couloir. La voir comme ça. Juste vêtue d'un foulard en soie, qui doit faire office de carré contre les frimas de l'hiver. Et pour cacher la nudité d'un corps matinal. Aussi.
Entrouvrant la porte tout de même. A gauche à droite à gauche... non. Personne. Rien. Pas de bruit annonciateur d'une éventuelle sortie bruissant derrière la porte de l'appartement en face.
Sortant alors. Jouant même avec le foulard, d'une main qui imite la tenue d'une traine. Mais là dans l'obscurité. Il y a des valises. Une porte qui baille. Une voix. Et un pied dans l'embrasure. Une femme qui sort. La voisine!
Trop tard pour faire demi tour. Trop tard pour le vide ordures. De toute façon, le sac trop gros.
-Bonjour Madame.
Et allant très vite jusqu'à l'ascenseur qui grésille. Une chance que quelqu'un en ait bloqué l'ouverture. A temps pour s'engouffrer dedans. Sans réfléchir. Et penser que s'il crie bouche ouverte, c'est que la dame l'a bloqué pour y faire entrer toutes ses valises. Une par une. Bien sûr.
La dame regarde Anna. Anna regarde au dessus de la tête aux cheveux blancs. Imagine ce que la permanente est en train de regarder, là. D'une main maladroite tente de s'assurer que tout est bien caché.
La dame ouvre la bouche. C'est dans le champ de vision d'Anna et dans son pressentiment. En plein dans le mille de son sixième sens.
-Vous êtes bronzée, dites donc!!!! vous revenez d'où comme ça? Roger?!? Viens voir comme la petite du 13 est bronzée. Alala dis donc, c'est pas avec ma vieille peau que je pourrais me trimballer comme ça moi.
Les pantoufles s'agitent car Anna, tête baissée, ne voient plujs qu'elles et le sac poubelle protégeant ses parties réservées à l'intimité de l'amour cachées au regard du Roger qui accourt. Evidemment.
-Vous voulez prendre l'ascenceur par exemple non? hein? c'est ça?
-Oui. Monsieur. Exactement.
-Micheline. Laisse passer la jeune fille.
Anna. En son for intérieur: "Roger, espèce de niais, je ne suis pas en fleur, je n'ai pas dix huit ans, ote les sales pattes de ton regard de mon petit corps".
-Oui Roger? Bien sûr! allez y passez mademoiselle!
Anna très vite. Passe. Se bouche les oreilles pour ne pas entendre une parole de plus des sexagénaires. L'un comme l'autre.
-Ah... Et puis, vous serez migonne. Une fois en bas, vous nous renovyez l'ascenseur!!??
-Oui Madame.
Arrivée en bas, Anna enrage. "Vous serez mignonne". "Elle m'a dit cette phrase comme si j'étais une toute petite fille, naive et innocente. Et le pire c'est que j'ai dit: Oui Madame."
Sortant de l'asenceur alors. Hésitante. Trébuchant dans ses sandales usées par l'Eté qui finit. Le doigt près du bouton.
Puis main contre la poitrine et sac par terre.
Et se disant. Non. Quand femme parler ainsi à toi, ascenseur impossible à renvoyer. Quatre étages à descendre. Tant pis. Je ne suis pas mignonne."
ASFKT
20:50 Publié dans beauté | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
12.09.2008
"Des babouches pour toi mon amour?"
"Un soir. On reçoit un appel. De l'homme qu'on aime. Fort. Voyez. Pas l'amourette de passage. Pas la petite aventure, sauf si on considère qu'une histoire de 36 mois porte à croire qu'il ne s'agit là que d'une aventure d'un soir qui se serait étalée, comme de la confiture à la fraise sur une tartine de mie sans pain, oui, de mie uniquement, onctueuse. Non cette histoire entre mon amour et moi même, ici présente et écrivant, est une histoire de tous mes soirs, toutes mes nuits, tous mes matins ensommeillés, depuis trois ans. Ponctuée certes d'orages en interne, de crises, et de deux grosses ruptures. Mais j'aime. Je suis une femme qui aime. Pas les disputes. Pas les séparations. Je déteste. Je suis une femme qui aime. Un homme. Et qui l'aime assez pour tout comprendre ou tout au moins essayer. Je n'aime pas facilement comme on tombe sur une robe du soir qu'on voudrait s'acheter mais dont on n'a pas les moyens. Je n'adore pas comme ça! J'aime, vous dis je. Ca prend du temps, mais je suis très amoureuse de mon ami.
Autant dire que j'aime cet homme là et pas un autre. Parce que c'est lui. Parce que c'est moi. Parce que ça ne peut pas être autrement.
Et pourtant, il arrive un soir comme ce soir, où je rentre des courses, où j'ai mal aux chaussures et où un coup de fil retentit. C'est mon ami qui m'appelle depuis la bas, vous savez, le lointain. C'est le sud, ca pourrait être l'est, le nord, à tout le moins que ce soit à trois mille kilomètres de moi. Ca peut être n'importe lequel de ces points cardinaux, moi, tout ce que je sais est ce que mon coeur me murmure: c'est loin. Et c'est tout.
Ce faisant, ça ne fait rien, car une confiance mutuelle règne. Mais ce soir le téléphone sonne. Et c'est mon amour. Et je lui dis: oui mon ange. Je ne mettrais pas ici de guillemets, car de même que les mots s'enchaînent comme une suite de vocables destinés à s'aimer, de même notre amour coule de source et ourle chacun de mes mots ci dessus. Oui mon ange. C'est toi.
Et alors? et alors l'amour en question est au milieu du désert, oui j'entends les cahots du 4/4. Oui oui j'entends bien. Mais est il bien normal qu'à un tu me manques... de ma part, j'entende ceci, lisez bien, de la part de mon amour, en guise de réponse:
-tu veux des babouches?
...
Non, je demande. Je ne sais pas. Bon. C'est vrai, il fait chaud, les gens doublent à droite et à gauche, tout marche au back chiche, même ma soeur serait incapable de conduire la bas, comment dois je le prendre je ne sais pas, mais en tout cas, moi je me connais, je le prends mal, et aussi est ce que j'aime les tuniques du pays?
ah.
Je ne sais pas.
Et d'un coup monte une colère qui fait eruption au coeur de ma soirée comme l'Etna un jour de pluie.
Mais pourquoi me dit il ça? mais quel rapport cela a t il à voir avec le fait que je lui dise qu'il me manque? mais qu'est ce donc qu'il me dit? mais qu'est ce que la capacité de ma soeur à conduire la bas a à voir avec nous?
et on finit par s'entendre dire dans sa tête, à l'homme qu'on aime pourtant et qu'on continue d'aimer mais qui nous a plombé la soirée: "ET TA SOEUR!!!!!"
mais on ne le dit pas, évidemment.
ET on dit oui bisous. oui je t'aime. oui on en oublie les majuscules. oui.
mais on se dit après avoir rabattu le clapet de son téléphone, lui aussi:
comment se fait il parfois que l'homme qu'on aime fasse preuve d'un manque de tact aussi évident?
comment se fait il que les 3000 kms le rendent à sa condition la plus primaire qui soit?
comment se fait il que d'un coup, on ait envie de lui renverser une casserole de flotte sur sa jolie tête?
et comment se fait il que l'on ait envie de se coucher et qu'on est triste comme ça?
au moins, on est sure de l'aimer, cet homme là.
Mais on aurait peut être dû l'interrompre, faucher à coups de serpe ses paroles et lui dire: ho! Gaston: qu'est ce que tu me fais là? avec tes babouches?
oui peut être que cela aurait il évité à l'auteur d'être triste".
ASFKT
21:34 Publié dans Aimer | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
31.07.2008
"Le bling-bling dans la peau"
Aux oustiders.
Seule une longue lutte contre soi même peut tourner à l’avantage de celui qu’on donnait perdant.
Et tandis que cela me gagne, j’y laisse mes plumes. Heureusement c’est l’été. Quoi ? pourquoi je ferais pas d’humour ? parce que ma situation est désespérée et que je vous désespère? Ouais. Je sais.
Mais quoi ? j’ai plus un rond. Je suis dans un complet marasme. Je nage en pleine réalité excrémentielle. Comme si à chaque fois que je remettais les pieds sur terre, un énorme étron de chien, racé et catégorisé classe « chiens dangeureux », attendait que je lui marche dedans pour confirmer mon appartenance à la race des "sans-fric-et-qui en-dépensent-quand-même!".
Suis-je fou? Pour dépenser l’argent que je n’ai pas? non. Je suis juste en dessous des normes de sécurité de ce qu'on appelle "la vie normale". Moi je dirais: vivable. Autrement dit, de cette vie que vous menez en rêve parce qu'au lieu de la consommer avec délice, vous ne faites que la prévoir, la taxant de "peut mieux faire au prochain tiers du Trésor Public, et en tirant, juste pour qu'elle dure le plus longtemps possible et vous avez bien raison, des plans sur la comète pour le futur de vos arrière petits enfants. Bien sûr, votre maison dont la première pierre devrait déjà être posée si vous aviez eu cette fichue promotion, n'est pas en reste parmi vos projets de vie comme on dit, pas vrai hein ? comme si la vie était un futur et qu'on passait son temps à la préparer, comme si on devait passer un concours d'entrée pour avoir le droit de vivre au présent...
Quoi ? je suis jaloux ? je suis envieux ? U peu que je le suis! Vous vous rendez compte de ce que vous possédez? Vous avez tout. Clefs en mains!
Mais si vous avez tout. Tout ce que je n’ai pas : le sens de la prévoyance, une vraie caisse à vous tout seul, l’instinct prudent, le débordement festif plus que rare, et la crue compulsive, vous ne connaissez pas.
Car ce que vous n’avez pas ou supportez très bien et que j’ai en plein dans le visage dès que me lève, cela se nomme l’ennui. Massif, énorme, qui vous tombe dessus comme un mur qui s’écroule et vous essayez de déblayer les combles mais à chaque fois d’autres pierres s’écroulent et vous recommencez.
Appelez moi Tantale. Je ne vous en voudrais pas. Allez. C’est de bonne grâce.
Je cristallise vos angoisses, celles qui vous font faire vos besoins sous vous quand votre banquier vous appelle pour vous dire que vous avez un découvert. Je suis de celui qui vous fait frissonner lorsque vous voyez des émissions-reportages sur les gens endettés. Ca vous fait peur. Ne vous inquiétez pas: ça me fait peur aussi.
Je voudrais dédicacer ce texte à ceux qui sont devenus mes proches: maisons de crédit, généreux donateurs, philanthropes en tout genre, ou plutôt de ce genre qui s’étalent en sourires financièrement lavés de tout soupçon sur les encarts publicitaires.com… tous ceux-ci auxquels vous pouvez demander de l’argent en donnant le salaire qui vous passe par la tête, qui ne vérifie pas les informations, et qui vous prête de l’argent à un taux de 18% pour les moins rancuniers. Je voudrais leur dire que leurs appels me font toujours plaisir, leurs réprimandes, leurs humiliations permanentes, leur harcèlement moral et téléphonique, leur acharnement, lequel somme toute fait plaisir à voir, quand l'on sait que la France est un ramassis de faionéants qui ne communiquent jamais les informations, qui cloisonne les secteurs et qui se tourne les pouces dans la plupart des métiers à en croire les médias!
Je n’ai, en effet, jamais vu de travailleurs aussi résolument attachés à leur tâche qui semble devenir chez eux un sacerdoce. Et quand votre métier n’est plus un simple métier, mais devient une jouissance à part entière, voire le seul orgasme possible au cours des 24 heures qui nous sont allouées, alors il est bien compréhensible que cette servitude devienne une addiction, la seule qui soit l’envers d’une humanité qui se perd à force de travailler plus pour gagner tout autant, et que je nomme: la barbarie. »
ASFKT
14:10 Publié dans Forces | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
28.06.2008
"Et quand je la tiens dans mes bras"
« Au début, quand elle arrive, le visage rayonnant de maturité inondée de soleil, de cet air verdoyant des femmes qui cultivent un jardin secret, au cœur d’un cottage normand, mon corps se raidit afin de conserver un air distant, ou plutôt d’arborer l’air d’une vraie femme, juste pour afficher, je le pense, cette sentencieuse devise qui parerait à toute tentative de rapprochement infantilisante :
«Je ne suis plus une enfant, tu peux me faire confiance!»
Elle s’assoit. Et moi avec. Nous parlons. Elle me raconte Aïko. Ses cachettes. Ses courses folles de poilue sans peur et sans reproches. Sa gentillesse. Son caractère adorable de Maine Coon. Elle et Blue sont les plus gentils. Enfin, par rapport à Tuesday of Oshawa, qui réside maintenant en Normandie, près du jardin secret, et qui a un sacré caractère. Ce qui est vrai: elle ne se laisse ni prendre dans les bras, ni trop caresser, et elle a de grands yeux étranges qui vous fixent de l’air d’une princesse qui ne vous connaît pas, ne veut pas vous connaître, et vous feriez bien de la laisser tranquille, non qu’elle vous griffera, mais elle vous fait sentir que ce n’est pas vous qui décidez et que là, il est bon que vous alliez voir ailleurs. Elle tapera le couvercle du bol de sa patte gauche, plus tard, après avoir passé la nuit dans votre après midi, pour vous signaler qu'elle a faim.
Je la regarde alors qu’elle contemple les arbres devant ma fenêtre. Ils ont poussé incroyablement vite ! Mais eux aussi sont malades. Ah bon, à quoi voit on cela ? Leurs feuilles sont mangées aux coins, et se ratatinent. Et moi qui les ait tous les jours devant les yeux et qui n’ait même pas daigné leur prêter attention. Moi qui me dit panthéiste. Mais les fleurs meurent en ma présence. Et les arbres, il faut le croire, ont à force de vouloir étendre leurs ramifications afin de caresser ma fenêtre, les mains qui se flétrissent. C’est ce à quoi je songe. Quelle folie. C’est juste que, voyons, ils souffrent de la chaleur et certainement de parasites. Oui, bien sûr. Elle a raison.
Nous devisons encore. Elle est si belle. Sa grâce immarcescible pénètre mon âme. Tous ses propos, même les plus anodins qui pourraient m’agacer sur le coup, parce qu’ils évoquent ma maigreur, et d’ailleurs ce ne sont pas des propos, ce sont des tristesses fulgurantes au gré d’un regard sur mes bras, sur ma poitrine, mais mon visage est un peu moins pointu, moins tendu, alors cela va mieux ? et avec une douceur assurée dans la voix : mais tu vas regrossir un petit peu ma chérie. N’est ce pas ? Oui! Dis-je, et j’en suis persuadée, parce que je ne supporte pas le regard mélancolique de ma mère, à qui ce vocable va mal, tant son allitération est dure, acerbe. Elle n’est pas mère, elle ne l’a jamais été, elle est maman. Pour ceux et celles à qui je veux bien parler, elle est: Maman. Quand je l’évoque je dis : "j’ai appelé Maman, et Maman m’a dit que peut être…" ou bien… "Maman m’inquiète, elle se donne trop à toutes ses activités et dispense trop de largesses du cœur aux voisines qui souffrent". Et quand ce ne sont pas des gens que j’aime, je ne dis rien. Maman n’est dicible que si les gens sont des gens qui m’aiment et me respectent un peu. Car ne pas me respecter, c’est ne pas la respecter elle. Et je tuerai le premier qui me manquerait de respect à cette seule pensée. Et si je laisse de temps en temps "Maman" de côté quand j'en parle, c'est parce que sont des étrangers, et je dis prosaïquement "ma mère", comme tout le monde. Et si ce ne sont pas des étrangers, mais des amis, j'attends un peu avant que de les faire partager ce tendre vocable: "Maman". C'est que je veux que personne ne touche à mon royaume, ne le voit. Je le garde pour moi, en moi.
"Maman" ne se livre que petit à petit, au coin du feu, ou au milieu d'une amitié qui se confirme. Ou alors un amour, sûr, solide, et fait d'albâtre.
Et quand elle s’en va, je la prends dans mes bras, soulagée d’avoir tenu mon rôle de fille, d’avoir su rester moi-même, d’avoir une maman comme elle. Du haut de mes 172 cm avec talons, elle est comme un oiseau au creux de mes grands bras maigres, et je sens sa tempe battre contre mon cœur. Je sens ses cheveux, à la racine juste à côté de ce petit creux, doux et velouté, ourlant la moitié de son regard, et je respire un parfum de menthe, de résine, une fragrance épicée et délicieuse. Mon cœur murmure une certitude: jamais un Nez ne pourra recréer ce parfum lointain. Je ne retrouverai jamais cette vague d’embruns enivrante ailleurs qu’avec elle, elle dans mes bras, moi dans les siens, fille et maman collées l’une à l’autre, le seul lieu, le seul point d’orgue qui réunit toutes les symphonies, le seul endroit où l’amour infini m’entoure, les seuls bras où je me sente bien, rassurée, petite enfant et femme, et ce cou, merveilleux, cette chair douce et créée de mille renoncements… je ne veux plus laisser partir Maman, je me noie en elle, je lui dis mon amour de fille juste pour elle qui est tout pour moi. Non ne pars pas, dis-je en silence. Pour moi-même seulement, parce que j'ai de la pudeur.
Et je lève la tête du cou où j’avais enfoui mon visage, je regarde ailleurs, vers ce buisson la bas, banal et fuyant, et je dis les yeux pleins de larmes :
-Ok Maman. Fais attention. Appelle moi.
Et j’essuie d’un revers de cette tunique de soie qu’elle aime tant, mes larmes vierges de tout maquillage, si ce n’est un fond de teint léger en cette journée où je la vois, aussi naturelle qu’elle est belle.
Et je n’arrive pas à me retourner de suite, et voir la voiture qui fait marche arrière lentement, comme à regret. Et d’un coup, je me retourne, et envoie mille baisers qui me cachent les yeux car mes coudes sont haut portés, ainsi maman ne voit pas que je pleure. Je vois son visage, pur, généreux, où l’amour a creusé son lit année après année, m’envoyer un signe de reconnaissance, un signe entre nous, un lien de soie autour de nos attaches:
Et ses lèvres forment le dessin de chaque lettre que je devine et répète en moi:
«Ma chérie, je t’aime». »
ASFKT
22.06.2008
"Il est des femmes qui ne hurlent pas"
«Ana: -Je crois qu’elle ne dit rien, mais qu’elle est en train de nous écrire.
Nervosia : -Tu crois ? (Faisant un mouvement de côté, comme pour s’assurer que personne n’est en train de les épier.)
Ana : -Oui, au moment même où je te parle et où nous sommes assises côte à côte. Inutile de regarder derrière nous, Nervi, elle n’est pas avec nous. Elle ne nous connaît pas personnellement.
Nervosia : -Bah comment elle peut nous écrire alors? Si elle ne nous connaît pas!?!
Ana (agitant presque hystériquement un pied très menu au bout d’une cheville toute gracile): -Stupide va! Quand je dis qu’elle est en train de nous écrire, je parle par métaphore ! Je veux dire par là qu’elle décrit nos effets, qu’elle parle de nous, enfin sur nous, si tu préfères !
Nervosia (Très vexée, au bord des larmes):-D’accord... Pourquoi tu me parles comme ça ? C’est comme ça que tu parles aux gens de ta famille ? … (d’une voix tremblante). On est sœurs je te rappelle. Tu n’as pas à me parler sur ce ton. Nous dînons chez les mêmes gens, nous partageons le même lit défait, on rit ensemble, on fait des dégâts ensemble, et je suis née avant toi! …(Elle éclate en sanglots)
Ana (très froide, un sourire ironique sur ses lèvres pâles) : -Non mais tu t’es vue ? avec tes vêtements qui font hiver, printemps, été, parce que tu ne peux pas changer de fringues tant tu es bouffie par la souffrance ? (A ces mots, Nervosia redouble de larmes et se jette à ses pieds)…
Nervosia - Ne dis pas ça, Ana ! Ne me fais pas de mal comme ça ! A chaque fois, depuis que nous avons été découvertes, depuis cent ans que nous sommes ensemble, tu me fais du mal en me rejetant, en m’attaquant sur mon physique. Dis que je suis grosse, oui! mais tu oublies une chose: je suis grosse des crises qu’elles font pour se sauver de toi, de ton emprise, Ana, quand tu les affames ! Sans moi, tu n’existerais plus. A force de les faire toutes crever d’inanition, tu serais seule et tu ne pourrais plus… (elle renifle en se mouchant dans ses jupes. De la morve coule sur la jambe squelettique d’Ana). (Puis d’un ton apeuré)… tu ne serais même plus à la mode tiens!
Ana regarde au loin, cesse de s’agiter. Elle se lève brutalement, laissant Nervosia choir lourdement sur le sol. Elle fait mine de s’en aller.
-Nervosia (prise de panique, se met à hurler) : Ana !! où vas-tu ? reste avec moi ! je t’en prie ! ne t’en vas pas. Ana! Je regrette ce que j’ai dit. Je ne le pensais pas. Je… je t’aime ! (Elle sanglote affreusement et arrive à prononcer ses dernières paroles. Puis, suffoquante): Je.. ne peux… pas vivre sans toi… Ana…
Ana revient lentement sur ses pas. Se penche sur le dos voûté de Nervosia. Repousse ses longs cheveux gras. Puis caresse, comme avec douceur, le cou adipeux de Nervosia. Celle-ci relève la tête, comme électrisée par un choc nerveux, et pose surAna un regard empli de reconnaissance, d’amour et de désarroi. Elles se regardent ainsi quelques minutes, Ana continuant à caresser la baleine dans le cou de Nervosia.
Ana (d’une voix douce) :- Alors ? finalement, c’est toi qui as besoin de moi?
Nervosia : -Oui ! oui c’est moi. (Ana se penche alors et se mouche violemment dans les longs cheveux graisseux de Nervosia, prise de pitié devant ce qu’elle considère comme une tare: une grosse femme hurlant et pleurant comme un gros bébé. Nervosia hurle de nouveau. Elle tente de se sauver, mais tombe, sous son propre poids, humiliée, par-dessus le banc où Ana et elle étaient assises au début).
-Ana (triomphante): Je suis la faim. Je hante les toutes jeunes filles, puis les femmes. Tu n’es que mon complément, tu n’es que la bouffe sur laquelle elles se vengent lorsque je suis trop dure avec elles. (Elle remet son collier de perles de verre en place et secoue lentement ses mèches dorées par le soleil). Tu me fais des simagrées, tu m’en fais bien tout un tohu bohu!! et tout cela parce que tu n’as pas la même renommée que moi sur les podiums. Je suis même dans les publicités qui te fustigent ma grande ! (Elle prend une voix aiguë et tourne sur elle-même en effectuant une danse extravagante, puis s’arrête brusquement, au garde à vous) : «Pour votre santé, évitez les aliments gras, sucrés et salés».
(Elle éclate d’un rire hystérique): -Mais même là, je suis ! Même les directeurs de chaînes, sous l’égide du Ministre de la Santé, me font reine! Me rappelle au bon souvenir des femmes après le film du dimanche soir ! (Elle s’arrête tout d’un coup, de danser et prononce lugubrement) : AH!AH !AH… quel gros benêt ce ministre non ? quelle tanche! Une vraie brêle ! Mais je l’aime bien quand même… oui…
Nervosia, se relève avec peine, et revient s’ asseoir sur le banc.
Ana:-Bien. Tu redeviens gentille maintenant. C’est bien ça.
(Elle se rasseoit). -Reprenons : je te disais qu’elle est en train de nous écrire là. Elle essaie de me jeter dehors tu vois… Elle a le teint jaune. Ca va mal je crois…
-Nervosia (timidement) : Peut être je peux faire quelque chose pour elle non? La faire manger?... (puis prise d’une soudaine euphorie) : éventuellement, la pousser à aller acheter quatre paquets de gâteaux ! non ? ce serait une bonne idée ça ? (Ana ne répondant pas, Nervosia se gratte la tête et poursuit) : Ou du chocolat ! ah non, c’est mauvais pour le foie (réfléchissant à haute voix) : De la crème de marrons ? des chips ? des glaces ? je les lui fais prendre à la vanille, c’est un peu blanc, elle aura l’impression de ne pas t’avoir quittée totalement, tu sais, ce truc blanc symbole de la pureté, de la légèreté ? … Ou alors une tarte pour dix personnes à la pomme et à la crème fraîche ?
-Ana (soupirant d’ennui et regardant toujours au loin, comme si depuis le début, elle cherchait à se rendre compte de l’état de santé de sa malade) : Non… non, c’est inutile. Elle ne veut pas de toi. Là, elle ne te cèdera pas. Elle m’aime trop on dirait. Elle m’a invitée trop longtemps chez elle, je crois. (Puis Soulevant une fesse maigrichonne du banc et fermant à demi ses beaux yeux verts, noyés dans un regard de myope):- Ouais… mmh… Elle n’aurait pas dû m’inviter de nouveau à sa table je crois…
-Nervosia (révoltée) : Mais arrête ! tu t’es imposée à elle ! elle est victime de toi! Tu es… tu es… dégoûtante ! (Enfin visiblement révoltée, Nervosia se lève, et part à grande vitesse).
-Ana (soliloquant) : je reste seule. Ce n’est pas grave. Comme d’habitude, Nervosia est trop gentille. Elle va aller appeler le médecin encore une fois, comme elle fait pour celles qui n’en peuvent plus de moi. Je vais la laisser faire de toute façon. Cette particulière là, la bas, mérite un répit, une seconde chance. Elle m’écrit bien. Me décrit bien. Elle me rend humble finalement. Et puis elle est tenace. Ca m’épuise. Mais au moins, elle a la décence, à l’inverse de cette niaise de Nervosia, de ne pas hurler quand la femme, en elle, souffre».
ASFKT
03.06.2008
"Jusqu'à l'épuisement"
A Vulpian.
«Une spirale. Un auteur. Des jours. Entre les jours, il n’y a pas de place pour étendre une natte au soleil de l’écriture, et s’appliquer posément, tracer des lettres d’or aux reflets profonds.
Une spirale. Puis un tourbillon. Puis des tourments. L’auteur a mis délicatement le pied dans la chair tendre et rose de la spirale entrelacée de sucre rose et blanc, à l’image de ces sucettes géantes achetées aux forains lorsqu’elle était enfant. Elle a goûté au délice. Mais les douceurs mêlées de l’écriture la rendent si amoureuse des mots, que lorsqu’elle n’écrit pas, elle danse, chante, rencontre des âmes qui sont sœurs, aime, rit, et oublie de se reposer.
Un tourbillon. Des tourments. Des orages cérébraux. Prise dans ce tourbillon qui n’est autre que la vie, elle s’épuise de joies, n’arrive pas à croire que toutes ces merveilles artistiques, et ces âmes si belles sont aussi là pour elles, comme ça, juste parce que c’est elle et pas une autre. La nature, les jardins, les Tuileries, une chaise où chaque âme assoit un bout de fesse et les regards qui coulent sur les passants, amusés, enchanteurs, ironiques, aimant l’humanité malgré tout ce qu’elle se doit de supporter…
Des orages cérébraux. Elle fonctionne comme une pile. Et puis elle ne tient plus. Les examens, les notes, les ratés de l’Académie, du Rectorat, la pression des uns et des autres, le travail qui n’est qu’un lieu où de petits hamsters professeurs ne s’aperçoivent plus qu’ils tournent dans la même roue depuis des années, sans pitance, sans avance, sans but, sans joie, quelques rires, mais plus d’émerveillement, juste la salle de classe pour se réfugier à l’abri de jeunes esprits vierges d’un système où personne ne sait plus ce qu’il fait, pourquoi il le fait, à part faire du chiffre pour remplir les sections…
En classe, les élèves voient l’auteur fatigué. A leur niveau, et avec leur spontanéité, ils la font rire, malgré eux, ou pour de vrai exprès, juste pour qu’elle s’évade, et font d’innocents jeux de mots, si inusités que l’auteur les note, loin des blagues éculées et grasses de certains de ses collègues et de leur air avachi.
Des orages cérébraux, puis l’auteur est hors de fonctionner en mode machine à créer de l’imaginaire ? En tout cas, hors d’état de nuire à la bureaucratie. Hors d’état de faire partie du système éducatif tel qu’on le conçoit là où elle travaille, comme on la torture avec un tripallium.
Mais avec surprise, l’auteur constate qu’elle est en train d’écrire son monde et de renaître par sa littérature écrite sous les yeux, là, devant elle. Elle n’est soudain plus fourbue, plus rompue aux étroits prêts à penser/porter de là où elle enseigne. Ecrire la libère, écrire émeut son corps, écrire court dans ses veines comme elle parcourait autrefois les bois avec quelques kilos de plus, pour ne pas s’envoler.
Ecrire est sa force. Ecrire n’est pas un projet à court terme. Ecrire et aimer sont les deux faces de la même médaille, qu’elle porte dans son cœur comme l’on porte un chef d’œuvre d’harmonie à recréer la vie entière. » ASFKT
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